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| 2. | Origines de la Réforme protestante |
Dès avant la Réforme proprement dite au xvie siècle, des mouvements dissidents au sein de l’Église médiévale se sont élevés contre la corruption des clercs et ont critiqué plusieurs des enseignements catholiques fondamentaux : au xiie siècle, les vaudois pratiquent un christianisme simple et non corrompu, inspiré de l’Église primitive (essentiellement en France et en Italie) ; vers 1380, en Angleterre, les lollards (mouvement inspiré par le théologien John Wycliffe) rejettent l’autorité des prélats corrompus, ainsi que divers enseignements catholiques traditionnels ; au début du xve siècle, Jan Hus et les hussites réforment l’Église de Bohême.
D’une manière générale, depuis le xiiie siècle, la papauté s’est affaiblie en raison de l’avidité, de l’immoralité et de l’ignorance de beaucoup d’ecclésiastiques à tous les niveaux de la hiérarchie. Le vaste domaine foncier de l’Église — exempt d’impôt et représentant entre un cinquième et un tiers des terres européennes — suscite convoitise et colère des paysans. L’installation provisoire des papes en Avignon au xive siècle, puis le Grand Schisme d’Occident divisant la communauté des fidèles entre partisans de l’un ou l’autre pape, ont aussi porté un coup sévère à l’autorité de l’Église. Le clergé reconnaît alors la nécessité d’une réforme. Au concile de Constance (1414-1418), qui met un terme au Grand Schisme, des programmes ambitieux de réorganisation de toute l’Église sont débattus, mais aucun n’obtient le soutien d’une majorité des évêques, de sorte qu’aucun changement radical ne peut être mis en œuvre.
Parallèlement, l’humanisme, le renouveau des études classiques et le développement de la recherche amorcés par la Renaissance italienne au xve siècle ôtent à la scolastique sa place éminente dans la philosophie européenne, et aux chefs de l’Église leur monopole sur l’enseignement. Des laïcs entreprennent l’étude des textes anciens ; des humanistes érudits, comme l’Italien Lorenzo Valla, livrent une critique savante des traductions de la Bible et de tous les textes fondant les dogmes et les traditions de l’Église. La mise au point de l’imprimerie permet de considérablement développer la circulation des livres, et contribue à répandre les idées nouvelles dans toute l’Europe. Hors d’Italie, des humanistes — comme Érasme aux Pays-Bas, Thomas More en Angleterre, Johannes Reuchlin en Allemagne ou Jacques Lefèvre d’Étaples en France — utilisent cette érudition nouvelle pour évaluer la pratique des clercs et parvenir à une connaissance plus précise des Écritures saintes. Leurs recherches savantes jettent ainsi les bases sur lesquelles Martin Luther, puis Jean Calvin et d’autres réformateurs vont s’appuyer pour affirmer que la Bible (et non l’Église) est la source unique de toute autorité religieuse.