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Lang, Fritz
1. Présentation

Lang, Fritz (1890-1976), réalisateur de cinéma allemand d’origine autrichienne, naturalisé américain en 1935.

Né à Vienne (Autriche), Fritz Lang est le fils d'un célèbre architecte viennois. Il suit des cours d'architecture et de peinture à Munich avant de partir voyager en Extrême-Orient. À son retour en Europe, il part pour la Belgique où il découvre le cinéma, puis pour Paris où il gagne difficilement sa vie comme artiste peintre. Contraint de quitter la France au moment de la déclaration de guerre de 1914, il est incorporé dans l'armée autrichienne et hospitalisé à Vienne après avoir été blessé sur le front italien. Il rencontre alors les cinéastes Joe May et Otto Rippert auxquels il propose des scénarios, mais c'est le producteur Erich Pommer qui le fait entrer dans la compagnie de production allemande Decla-Bioscop, puis à la UFA (Universum Film AG) qui lui permet de réaliser ses premiers films.

2. La période muette (1919-1929) : un cinéaste avant-gardiste
1. Un nouveau langage cinématographique

Après deux mélodrames, le Métis (Halbblut, 1919) et le Maître de l'amour (Der Herr der Liebe, 1919), Fritz Lang réalise Harakiri (1919), d'après Madame Butterfly. La même année, il signe son premier succès, les Araignées (Die Spinnen, 1919-1920), un feuilleton d'aventures en deux parties qui annonce son style à venir : un langage esthétique fondé sur un jeu de prises de vues créant à l'arrière-plan de l'action des motifs géométriques qui ne sont pas sans rappeler certaines peintures abstraites de cette époque, un montage des plans en cadence et un travail sur les éclairages qui offrent des contrastes saisissants. En 1920, il tourne Das Wandernde Bild et Vier um die Frau ou Kampfenden Herzen, avant de s'imposer à la critique avec les Trois Lumières (Der müde Tod, 1921), qu'il écrit avec sa femme Thea von Harbou.

2. Metropolis : une esthétique stupéfiante au service d’une thématique universelle

Devenu l’un des plus importants cinéastes du pays, Fritz Lang signe une fresque de mystère et d'aventures qui a pour décor la décadente République de Weimar, le Docteur Mabuse (Doktor Mabuse der Spieler, 1922), puis réalise un diptyque sur les grandes légendes germaniques, les Nibelungen (Die Nibelungen, 1924). Il tourne ensuite un film de science-fiction humaniste, Metropolis (1926), l’œuvre la plus coûteuse de toute l'histoire du cinéma muet allemand. Soutenue par des effets spéciaux spectaculaires et totalement inédits à l’époque,— ils impressionnent aujourd’hui encore, soixante-quinze ans environ après leur réalisation — la vision à bien des égards prémonitoire d’une ville futuriste coupée en deux parties distinctes selon le rang social de ses habitants tient autant de l’expressionnisme alors en vogue — l’aspect formel du film en témoigne — que d’un discours réaliste sur la morale et la place de l’homme dans la société moderne. Il travaille uniquement avec Thea von Harbou et revient au film de mystère et d'espionnage avec les Espions (Spionen, 1928), dont l'esthétique est très volontairement abstraite, puis explore à nouveau la science-fiction avec la Femme sur la Lune (Die Frau im Mond, 1929).

3. Les premiers films parlants et la montée du nazisme (1931-1934)

Son premier film parlant — M. le Maudit (M, 1931) — décrit le calvaire d'un tueur d'enfants pourchassé à la fois par la police et la pègre. Les inventions sonores et graphiques y sont intenses et le film laisse paraître une vision très réaliste de la situation contemporaine allemande. Inquiet de la montée du nazisme, il tourne une nouvelle aventure de Mabuse, le Testament du docteur Mabuse (Das Testament des Doktor Mabuse, 1933) et y attaque indirectement les nazis, dont il sait que son épouse a embrassé la cause. Cependant, quand Adolf Hitler arrive au pouvoir, Joseph Goebbels lui propose de devenir le directeur du cinéma allemand. Pour toute réponse, il quitte tout et s'exile à Paris, où il réalise Liliom (1934) avant de gagner les États-Unis.

4. La période américaine (1936-1956) : une filmographie hétéroclite

À Hollywood, Fritz Lang réalise d'abord une trilogie réaliste et sociale, Furie (Fury, 1936), un pamphlet sur le lynchage et la volonté de puissance, J'ai le droit de vivre (You Live Only Once, 1937), une tragédie sur un couple pourchassé par la police et Casier judiciaire (You and Me, 1939), une fantaisie sur l'inutilité du vol, pour laquelle Kurt Weill écrit une musique. Le producteur Darryl Francis Zanuck lui permet de tourner deux westerns où il intègre son thème favori, la vengeance. Il tourne ainsi le Retour de Frank James (The Return of Frank James, 1940) et les Pionniers de la Western Union (Western Union, 1941). Il enchaîne ensuite plusieurs œuvres combattant le nazisme comme Chasse à l'homme (Man Hunt, 1941), Les bourreaux meurent aussi (Hangmen Also Die, 1943), écrit avec Bertolt Brecht, Espions sur la Tamise (Ministery of Fear, 1944) et Cape et Poignard (Cloak and Dagger, 1945).

Fritz Lang aborde également la psychanalyse dans des films noirs teintés d'onirisme, tels la Femme au portrait (The Woman In The Window, 1944), la Rue rouge (Scarlet Street, 1945), remake de la Chienne de Jean Renoir, le Secret derrière la porte (The Secret beyond the Door, 1948) et House by the River (1950). À l'exception d'un film de guerre, Guérillas (Americain Guerrilla in Philippines, 1950), d'un western romantique avec Marlene Dietrich, l'Ange des maudits (Rancho Notorious, 1952) et d'un chef-d'œuvre du film d'aventures, les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet, 1954), il tourne surtout des mélodrames, des films à suspense et des films noirs : Le démon s'éveille la nuit (Clash By Night, 1952), la Femme au gardénia (The Blue Gardenia, 1953), Règlement de comptes (The Big Heat, 1953), Désirs humains (Human Desire, 1954), d'après la Bête humaine d’Émile Zola, la Cinquième Victime (While The City Sleeps, 1956) et l'Invraisemblable Vérité (Beyond a Reasonable Doubt, 1956).

5. Le retour en Allemagne (1959-1960) : les derniers films

À la fin des années cinquante, Fritz Lang revient en Allemagne pour signer un superbe film d'aventures exotiques en deux parties, le Tigre du Bengale (Der Tiger von Eschnapur, 1959) et le Tombeau hindou (Das indische Grabmal, 1959), puis ressuscite une dernière fois Mabuse pour signer un film sévère, haletant et contestataire sur l'Allemagne contemporaine, le Diabolique docteur Mabuse (Die Tausend Augen von Doktor Mabuse, 1960). Il joue également son propre rôle dans le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard.

L’œuvre de Lang analyse le désir de vengeance, la volonté de puissance, la lutte de l'éthique contre le mal et la fascination pour le vice. Il représente la conscience du cinéma moderne.