| Freud, Sigmund | Format lecture | ||||
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| 3. | Les débuts de la psychanalyse |
On peut situer la naissance de la psychanalyse à la date de la publication de l’œuvre commune de Freud et de Josef Breuer, les Études sur l’hystérie. Parues en 1895, elles présentent l’étude d’un cas devenu célèbre, celui d’Anna O. Dans cet ouvrage, les symptômes de l’hystérie sont attribués à des manifestations d’énergie émotionnelle, associée à des traumatismes psychiques oubliés et passés dans l’inconscient depuis l’enfance. La thérapie consiste à user de l’hypnose pour pouvoir amener le patient à rappeler et à réactiver l’expérience traumatique. Elle permet ainsi de libérer, par la catharsis, les émotions à l’origine des symptômes. La publication de cet ouvrage marque le début de la théorie psychanalytique mais suscite également l’hostilité durable de la médecine officielle. La même année, Freud rompt avec Breuer en raison de leur différend sur la question de l’étiologie sexuelle des névroses. En 1896, la mort de son père pousse Freud à faire une autoanalyse au cours de laquelle il découvre chez lui-même ce qu’il voit chez ses patients : la force des souvenirs oubliés et les modifications de l’affectivité. La correspondance qu’il entretient avec son ami, le médecin et biologiste allemand Wilhelm Fliess, témoigne de ses découvertes.
Entre 1895 et 1900, Freud approfondit la plupart des concepts qui constituent le fondement de la pratique et de la doctrine psychanalytiques. Peu après la publication de ses études sur l’hystérie, il abandonne l’hypnose comme méthode cathartique, sous l’impulsion d’une de ses malades, Elisabeth von R. Il lui substitue la technique de la libre association des idées qu’il applique à sa patiente, en lui demandant de ne rien censurer. Cette démarche doit laisser paraître les processus inconscients à l’origine des troubles névrotiques. Grâce à elle, entre autres, Freud découvre l’existence de certains mécanismes psychiques : notamment le refoulement, décrit comme un mécanisme psychologique inconscient par lequel le souvenir d’événements pénibles ou menaçants est maintenu hors du champ de la conscience, et la résistance, définie comme l’opposition inconsciente à la prise de conscience des expériences refoulées afin d’éviter l’angoisse qui en résulterait. Ainsi, en utilisant les libres associations de sa patiente pour la guider dans l’interprétation des rêves et des lapsus, Freud reconstitue le fonctionnement des processus inconscients.
C’est à partir de l’analyse des rêves qu’il élabore sa théorie de la sexualité infantile et crée, en 1897, la notion de complexe d’Œdipe pour décrire l’attachement amoureux et hostile de l’enfant pour le couple parental (haine du père / amour de la mère). C’est aussi à cette époque qu’il conçoit la théorie du transfert, processus par lequel les attitudes affectives établies au départ envers des figures parentales dans l’enfance sont reportées (« transférées ») plus tard sur d’autres êtres qui entourent le sujet. Durant cette période allant de 1897 à 1900, marquée par la parution de l’Interprétation des rêves (1900), l’une de ses œuvres majeures, Freud jette les bases de la majorité de ses futurs ouvrages, notamment la Psychopathologie de la vie quotidienne (1904) et le Mot d'esprit et ses rapports avec l’inconscient (1905). Dans l’Interprétation des rêves, Freud analyse divers rêves faits durant les trois années de l’autoanalyse commencée en 1897. Ce livre définit et fait fonctionner les concepts fondamentaux qui sous-tendent la technique et la doctrine psychanalytiques. Il démontre notamment que grâce à la méthode des associations libres, l’analyste peut découvrir au travers du contenu manifeste du rêve son contenu latent, qui représente la réalisation d’un désir.
La psychanalyse devient alors à la fois une pratique et une théorie. En effet, la transformation du contenu manifeste du rêve en contenu latent, de même que la superposition de deux désirs antagonistes chez l’hystérique, se situe dans une théorie générale de la personnalité, que Freud appelle appareil psychique. On retrouve chez tout être humain un processus au cours duquel s’inscrivent dans sa mémoire des éléments de sa vie, puis ils s’effacent de la conscience sous l’effet du refoulement, qui est la répression imposée notamment par le père à l’indicible ou à l’infaisable, puis le refoulé réapparaît dans le rêve, dans le symptôme. Le premier topique ou mode de représentation du fonctionnement psychique de Freud, dont les instances sont le conscient, le préconscient et l’inconscient, naît au cours de ces années-là.
En 1902, Freud est nommé professeur titulaire à l’université de Vienne. Mais le monde médical continue à considérer son travail avec hostilité. Ses ouvrages suivants, Psychopathologie de la vie quotidienne (1904) et Trois Essais sur la théorie de la sexualité (1905), ne font que creuser le fossé entre lui et la psychiatrie officielle viennoise. Freud continue donc à élaborer seul les concepts de la psychanalyse, entouré cependant de quelques médecins, rejoints plus tard par des « non-médecins » ; pour lui, il suffit en effet d’être formé à la psychanalyse pour assurer des cures, sans qu’il soit nécessaire d’être médecin — au contraire, il convient de « protéger l’analyse contre les médecins » qui n’ont pas eux-mêmes suivi de cure.
Dès 1906, Freud constitue un petit groupe de dix-sept élèves et disciples, qui se réunissent chaque mercredi pour former la « Société psychologique du mercredi ». Parmi eux se trouvent les psychiatres autrichiens William Stekel et Alfred Adler, le psychologue autrichien Otto Rank, et les psychiatres suisses Eugen Bleuler et Carl Gustav Jung. Au nombre des autres associés qui se joignent au cercle en 1908 figurent le psychiatre hongrois Sándor Ferenczi et le psychiatre britannique Ernest Jones.