Valéry, Paul
Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer.
Valéry, Paul
4. Publications poétiques

Bien qu’ayant renoncé à la création poétique, Valéry ne s’était pas coupé des milieux littéraires parisiens : il continua à fréquenter le cercle réuni autour de Mallarmé — dont il devint un proche — jusqu’à la mort de celui-ci en 1898 ; en outre, il voyait régulièrement Pierre Louÿs, André Gide et Heredia. C’est sous l’influence de ses amis, et en particulier de Gide, qu’il accepta de remanier ses poèmes de jeunesse (écrits entre 1890 et 1892) pour les publier en un recueil, l’Album de vers anciens (1920). Valéry voulut y ajouter un poème qui serait un « exercice » : ce fut la Jeune Parque, qui donna lieu à un travail acharné de 1913 à 1917.

1. La Jeune Parque

Ce long poème en alexandrins présente la vie intérieure d’une jeune femme qui, assise sur un rivage, se trouve partagée entre l’appel de ses désirs voluptueux et une innocence que seule la mort lui permettrait de préserver. Cette allégorie traite en réalité de l’opposition entre la conscience et l’inconscience, ou, si l’on préfère, de la lutte entre l’absolu de l’intelligence lucide, d’une part, et l’instinct et la sensualité, d’autre part. Poème philosophique — qui aurait pu se dévoyer dans l’abstraction —, la Jeune Parque repose sur un jeu très concerté d’images et de sonorités, et constitue ainsi une véritable « composition musicale à plusieurs parties ».

Dès sa publication (1917), le poème eut un important succès et apporta à Valéry une renommée qui devait être confortée quelques années plus tard avec le recueil de ses nouveaux poèmes, Charmes (1922), qui allie préciosité et néoclassicisme et où figure le célèbre Cimetière marin.

2. Charmes

Les vingt et un poèmes composant ce recueil se voulaient, selon les termes de Valéry lui-même, une tragédie de l’esprit. Affirmant que « la vie de l’intelligence constitue un univers lyrique incomparable, un drame complet où ne manquent ni l’aventure, ni les passions, ni le comique, ni rien d’humain » (Discours sur Descartes), Valéry retrace dans Charmes un drame de l’intelligence où chaque poème pourrait constituer une étape dans l’aventure de la connaissance. Ici, comme dans la Jeune Parque, la dimension intellectuelle de la poésie n’empêche pas son extrême sensualité, ni sa dimension suggestive, mystérieuse et magique, qu’atteste le titre incantatoire de Charmes (carmen en latin signifie « parole magique », « enchantement »).

3. Un idéal de poésie pure

Poursuivant un idéal de « poésie pure », Valéry ne cessa de mener conjointement son activité poétique et sa réflexion sur la poésie. Le langage poétique, selon lui, ne saurait être seulement une des espèces du langage, mais un moyen de transmettre « l’état poétique qui engage tout l’être sentant », par le son, par le rythme, par les « rapprochements physiques de mots, leurs effets d’induction ou leurs influences mutuelles qui dominent, aux dépens de leur propriété de se consommer en un sens défini et certain » (Commentaire de « Charmes »). Ainsi, la poétique de Valéry vise-t-elle à faire advenir un « langage dans le langage ».