| Scorsese, Martin | Format lecture | ||||
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| 3. | Une filmographie cohérente et intense |
| 1. | Une rencontre décisive : Robert De Niro |
Mean Streets (1973) est présenté à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes ; œuvre poétique, dure et fébrile, thriller chorégraphique dans lequel religion et érotisme se télescopent dans un style oscillant entre opéra filmé et documentaire (associations thématique et stylistique récurrentes dans l’œuvre de Martin Scorsese), le film est un succès immédiat et constitue la première collaboration entre Martin Scorsese et Robert De Niro. L’acteur apparaît en effet également dans Taxi Driver (1976), palme d’or au festival de Cannes ; le film décrit la descente en enfer d’un vétéran du Viêt Nam, devenu chauffeur de taxi et jouant les anges exterminateurs dans la pègre de New York. Martin Scorsese choisit à nouveau Robert De Niro aux côtés de Liza Minnelli pour une comédie musicale aux consonances de film noir (New York, New York en 1977), puis il tourne une biographie « religieuse » du boxeur Jack LaMotta (Raging Bull en 1980), qui rapporte l’oscar du meilleur acteur à Robert De Niro. Son regard ironique et caustique sur le monde du spectacle s’exprime dans la Valse des pantins (The King Of Comedy, 1983) ; Jerry Lewis y donne la réplique à Robert De Niro.
| 2. | Un cinéaste controversé : entre film noir et réflexion chrétienne |
Martin Scorsese ose une œuvre expérimentale, After Hours (1985), qui déconcerte son public et une bonne partie de la critique. Son admiration pour l’Arnaqueur (The Hustler, 1961) de Robert Rossen, d’après le roman écrit par Walter Tevis en 1959, le pousse à tourner une suite, la Couleur de l’argent (The Color of Money, 1986), en faisant rejouer son rôle à Paul Newman. La Dernière Tentation du Christ (The Last Temptation of Christ, 1988), écrit par Paul Schrader, d’après le roman de l’écrivain grec Nikos Kazantzakis, provoque le scandale : les catholiques intégristes, qui reprochent au film de montrer un Christ humain, en proie au doute et sensible aux pulsions sexuelles, en viennent même à incendier un cinéma parisien qui programme ce film.
Martin Scorsese revient au film noir avec les Affranchis (Goodfellas, 1990), pour lequel il retrouve Robert De Niro, et qui lui apporte plusieurs nominations aux oscars. En 1991, il tourne, sous le même titre, le remake du film de J. Lee Thompson, Cape Fear (les Nerfs à vif, 1962), dont la violence excessive et le sadisme surprennent. À l’occasion de Casino (1995), il réunit Joe Pesci, Sharon Stone et Robert De Niro autour de ses thèmes de prédilection : argent, luttes claniques autour du pouvoir, corruption, amitié et fidélité.
Martin Scorsese peut toutefois évoluer dans un registre différent du « film mafieux », comme en témoigne le Temps de l’innocence (The Age of Innocence, 1993), mélodrame en costumes d’après le roman d’Edith Wharton dans lequel les personnages (notamment interprétés par Daniel Day-Lewis et Michelle Pfeiffer) privilégient les non-dits et les subtilités psychologiques. Kundun (1997) est une biographie du dalaï-lama évoquant les années de formation et d’exil du chef spirituel du Tibet à la fin des années 1950. À tombeau ouvert (Bringing Out the Dead, 1999), est une vision christique, dénaturée, selon certains critiques, par une surcharge d’effets spéciaux inutiles, de la tentative de rédemption d’un ambulancier surmené (Nicolas Cage) endossant le rôle du « bon samaritain » plongé au cœur de la misère et de la folie urbaines.
| 3. | Une vision personnelle de l’Amérique |
Adaptation longuement mûrie — le projet est en gestation depuis 1980 — du roman éponyme de Herbert J. Asbury, Gangs of New York (2002) évoque un chapitre méconnu de l’histoire américaine, à savoir les sanglantes luttes d’influences entre immigrés récents — les Irlandais catholiques, représentés par Priest Vallon (Liam Neeson) et son fils (Leonardo DiCaprio) — et anciens — les Natives protestants, soit les Américains de « souche », menés par William « Bill the Butcher » Cutting (Daniel Day-Lewis) — à New York au milieu du xixe siècle. Ambitieuse autant dans la forme que le budget (100 millions de dollars environ), reposant sur une mise en scène ample et lyrique, la fresque historique dresse le portrait pour partie imaginaire d’un pays en pleine construction où racisme, corruption et sauvagerie règnent en maître. De même, Aviator (2004) s’attache au destin paradoxal de Howard Hugues (incarné par Leonardo DiCaprio), aviateur et producteur de cinéma intrépide, excentrique et fougueux, mais également poursuivi par ses démons intérieurs (paranoïa et phobies diverses) et par l’échec, qui viennent briser le rêve américain.
Si les Infiltrés (The Departed, 2006) dresse un nouveau portrait de la mafia (ici implantée en Nouvelle-Angleterre, berceau du pays), le film est également un drame shakespearien cruel et pathétique opposant deux policiers de Boston infiltrés, l’un au sein de la police pour le compte du parrain de la pègre irlandaise et l’autre au sein du milieu ; entre mensonges et code d’honneur, anonymat forcé, climat de peur permanent et traque sans merci, les deux personnages incarnés par Matt Damon et Leonardo DiCaprio (dirigé pour la troisième fois consécutivement par Martin Scorsese) se livrent un combat tragique « orchestré » par Jack Nicholson dans le rôle du parrain.