mercantilisme
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mercantilisme
2. Fondements théoriques

Le mercantilisme ne s’est jamais présenté comme une doctrine économique d’ensemble, mais plutôt comme un ensemble de courants, apparus de manière parallèle dans différents pays d’Europe, et qui fondèrent des expériences nationales diversifiées. L’agrarianisme, ou mercantilisme agrarien, était associé aux idées de Sully et d’Olivier de Serres, qui considéraient que l’effort de développement doit porter en priorité sur l’agriculture, activité éminemment productrice de richesses. Le bullionisme, représenté en Espagne et en Italie (notamment par Giovanni Botero), postulant que la seule richesse de l’État et des agents économiques réside dans l’or, prohibait absolument toute sortie de métal précieux et préconisait de payer toute importation en marchandises et non en monnaie.

Un peu plus tard, le fiduciarisme, qui inspira notamment l’expérience menée par John Law en France sous la Régence, reposait sur l’idée que l’émission de monnaie fiduciaire (les billets de banque) est de nature à favoriser le développement économique. Ce système était toutefois fondé sur la confiance de l’ensemble des agents économiques, principale limite d’une telle expérience dans une économie alors peu familiarisée avec la diffusion des signes monétaires.

Les deux courants les plus représentatifs du mercantilisme, ceux qui connurent l’application la plus complète et la plus durable, se rencontrèrent en Angleterre et en France. Le commercialisme, préconisé en Angleterre par des économistes comme Josiah Child, William Petty et Gregory King, mettait l’accent sur le développement du commerce : l’accroissement de la richesse passait par un excédent des exportations, acquittées en monnaie, sur les importations, dont le paiement devait favoriser l’achat de produits anglais. L’État avait en outre pour mission d’assurer l’approvisionnement de l’économie en moyens de paiement afin de permettre la baisse des taux d’intérêt et de favoriser ainsi l’investissement.

L’autre courant principal du mercantilisme est né en France, à partir des travaux de Jean Bodin, et fut marqué par les apports d’Antoine de Montchrestien, auteur du Traité d’économie politique (1615) et de Barthélemy de Laffemas. Insistant moins sur le développement du commerce que sur l’accroissement et la qualité de l’offre, ce courant prônait la transformation directe des matières premières dans le cadre exclusif de la nation, la protection des manufactures et des industries nationales par des droits de douane, le développement des importations de matières premières et des exportations de produits manufacturés. Mis en pratique sous le règne de Louis XIV, ce type de mercantilisme peut être qualifié d’industrialiste.

Entre tous ces courants, qui sans jamais s’opposer partent souvent de postulats différents, il est cependant possible de dégager certains points communs. Tous partagent l’analyse selon laquelle la richesse nationale, qui fonde la puissance d’un pays, réside dans sa capacité à attirer sur son territoire les métaux précieux (ceux-ci affluaient en Europe depuis la découverte des Amériques) ; l’objectif principal de la politique économique devient alors de produire plus dans le cadre national pour conquérir de nouveaux marchés à l’extérieur, de manière à accumuler des excédents et parvenir ainsi à un solde positif de la balance commerciale.