| Dante | Format lecture | ||||
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| 3. | L'œuvre |
| 1. | La Vita nuova |
La première œuvre littéraire d'envergure de Dante, la Vita nuova, fut rédigée peu après la mort de Beatrice, entre 1291 et 1293. Composé de sonnets et de canzoniere insérés dans un commentaire en prose, ce texte rend compte du cheminement amoureux du poète depuis son rêve prémonitoire annonçant la mort de sa bien-aimée jusqu'à la disparition effective de Beatrice, et se poursuit jusqu'à sa décision d'écrire une œuvre digne de la mémoire de la belle. La Vita nuova révèle expressément l'influence de la poésie courtoise des troubadours et trouvères provençaux, en même temps qu'elle représente l'œuvre la plus accomplie du dolce stil nuovo (littéralement, « nouveau style doux ») caractéristique de la poésie florentine vernaculaire (c'est-à-dire écrite en italien) du XIIIe siècle. Toutefois, cet ouvrage va au-delà de la tradition provençale car le poète ne s'y attache pas seulement à peindre son idéal amoureux, mais il propose de donner une signification spirituelle à l'objet même de son adoration. L'intensité constante des sentiments qui animent la Vita nuova fait de cette œuvre l'un des plus grands et des plus fervents poèmes qui soient.
| 2. | Les œuvres mineures |
C'est durant les premières années de son exil que Dante écrivit un ouvrage en latin, laissé inachevé, le Banquet (v. 1304-1307), et De l'éloquence en langue vulgaire (1304-1305), traité qui souligne les avantages de la langue italienne ; si Dante y défend la langue vernaculaire (c'est-à-dire l'italien), qu'il présente comme un moyen d'expression littéraire, il essaie également d'établir des critères relatifs au bon usage de l'italien écrit. Il conclut son livre avec un chapitre consacré à la critique de la poésie italienne. Quant au Banquet, il était à l'origine prévu en quinze volumes, afin de constituer une synthèse de toutes les connaissances de son temps ; Dante ne parvint pas au-delà du quatrième volume, mais son projet ambitieux montre bien sa passion du savoir, de tous les savoirs.
Parmi les œuvres mineures que Dante écrivit dans la dernière période de sa vie figurent un texte intitulé Question de l'eau et de la terre (1318) et deux églogues. Le premier de ces ouvrages, tous trois rédigés en latin, est un traité cosmologique, sujet qui intéressait vivement les intellectuels de l'époque. Pour Dante, il s'agissait de s'y interroger sur l'existence d'un endroit à la surface de la mer, ou de toute autre étendue d'eau, qui soit plus élevé que la surface de la terre. Quant à ses Églogues (1319), elles doivent beaucoup au poète romain Virgile, dont Dante reconnaissait l'influence, de même que celle d'Horace et d'Ovide.
| 3. | La Divine Comédie |
Probablement commencée aux environs de 1307, pendant l'exil, la Divine Comédie, chef-d'œuvre de Dante, fut achevée peu avant sa mort.
Son titre initial était Comédie ; le choix paradoxal de ce terme pour évoquer le monde des morts vient de ce que le périple raconté ici se termine au paradis, trouvant ainsi une fin heureuse : le parcours atteint son apogée dans la vision de Dieu et dans la dissolution totale de la volonté individuelle. C'est dans l'édition de 1555 qu'on ajouta pour la première fois au titre l'adjectif « divine ».
Ce récit allégorique en vers, empreint d'une grande puissance dramatique, relate le voyage imaginaire qui conduisit le poète en enfer, au purgatoire et au paradis. Ces trois lieux fournissent d'ailleurs la structure de l'ouvrage, puisque celui-ci est divisé en trois parties : « l'Enfer », « le Paradis » et « le Purgatoire ». Dans chacun de ces trois mondes, le poète rencontre des personnages mythologiques, historiques ou des contemporains : chacun symbolise une faute ou une vertu spécifique, religieuse ou politique. Le poète décrit avec minutie les punitions qui sont infligées aux pécheurs et les récompenses décernées aux vertueux. C'est Virgile, symbole ici de la raison, qui guide Dante en enfer et au purgatoire, mais c'est Béatrice, manifestation et instrument de la volonté divine, qui entraîne le poète au paradis. L'univers y est saisi dans sa totalité, de l'infime à l'incommensurable, du naturel parfois trivial au surnaturel souvent stupéfiant : la Divine Comédie est un tout.
Chaque partie de la Divine Comédie comprend trente-trois chants. Dante rédigea chacun d'eux en terza rima, c'est-à-dire en tercets avec un jeu des rimes particulier (où le premier vers rime avec le troisième, tandis que le deuxième fournit les rimes extrêmes du tercet suivant) (voir Versification). Parce qu'il destinait son œuvre à ses contemporains, il n'est pas étonnant que le poète ait choisi d'écrire son chef-d'œuvre en italien plutôt qu'en latin, langue qu'il jugeait passéiste, et en outre réservée aux lettrés.
L'ouvrage fournit un résumé des conceptions politiques, scientifiques et philosophiques de l'époque interprétées par Dante, et peut être lu à quatre niveaux : littéral, allégorique, moral et mystique. Il est vrai aussi que la Divine Comédie demeure extraordinaire parce qu'elle met en scène la théologie chrétienne médiévale, mais sa grandeur réside davantage dans la pluralité de ses significations que dans la dimension magistrale de ses qualités théologiques, poétiques et dramatiques. Dans son interprétation la plus générale, le voyage imaginaire de Dante peut se concevoir comme une allégorie de la purification des âmes, menant à la paix intérieure grâce aux pouvoirs de la raison et de l'amour, qui servent de guides tout au long du cheminement.
Pour une présentation plus détaillée de l'œuvre, voir l'article la Divine Comédie.