| Bergman, Ingmar | Format lecture | ||||
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| 3. | Le « style Bergman » : métaphysique et épurement |
Avec la Soif (Törst, 1949), Ingmar Bergman sonde pour la première fois les mystères du couple. Puis son cinéma intérieur (le « petit théâtre de Bergman » selon un critique, qui fait notamment référence au théâtre de marionnettes de son enfance) se fait l’écho de ses questions métaphysiques et artistiques : le Septième sceau (Det sjunde inseglet, 1957) est une allégorie philosophique sur la vie ; les Fraises sauvages (Smultronstället, 1957) et Au seuil de la vie (Nära livet, 1958) proposent des variations sur le temps ; la Source (Jungfrukällan, 1960) et le Silence (Tystnaden, 1963) expriment les circonlocutions de l’âme ; Jeux d’été (1951), la Nuit des forains (1953) et l’Œil du Diable (Djävulens öga, 1960) abordent sous l’angle du drame les thèmes de la création artistique et de l’amour.
Ingmar Bergman glisse durant les années 1960 vers une austérité plus prégnante et des huis clos oppressants par leur mise en scène de plus en plus dépouillée et ascétique (plans fixes, absence de son ou de musique) : À travers le miroir (Såsom i en spegel, 1961), les Communiants (Nattvardsgästerna, 1963) et le Silence (1963) constituent une trilogie en forme de réquisitoire contre la religion — la foi, obsessionnelle, est au cœur des thématiques bergmaniennes ; puis l’Heure du loup (Vargtimmen, 1968), la Honte (Skammen, 1968) et Une passion (En passion, 1969) composent une série autour du thème de la création, âpre et violente, teintée de désenchantement ; Persona (Persona, 1966), « sonate pour deux instruments » selon les propres termes d’Ingmar Bergman, scrute l’âme et l’identité de deux femmes, au plus près de leurs visages, de leurs masques.
Le cinéaste trouve au fil de ces réalisations la représentation formelle adéquate pour traduire en images les tourments de la psychologie humaine, et installe parfois un malaise, comme en témoignent la cruauté mêlée de sensualité dans Monika (1953), le viol dans la Source (1960), l’inceste dans les Communiants (1963), la frigidité dans Face-à-face (Ansikte mot ansikte, 1976), le sentimentalisme aride dans Rêves de femmes (1955) ou le sadisme du Silence (1963) et d’Au seuil de la vie (1958).