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Dürer, Albrecht
1. Présentation

Dürer, Albrecht (1471-1528), artiste et théoricien de l'art allemand de la Renaissance.

Dürer naquit le 21 Mai 1471, à Nuremberg, une des villes les plus importantes du Saint Empire romain germanique. Au début de sa formation, le jeune Dürer évolua dans un milieu artistique très dominé par la dernière peinture gothique flamande. Les artistes allemands surent adapter sans peine leur propre tradition gothique à celle des artistes flamands Robert Campin, Jan Van Eyck et surtout Rogier Van der Weyden. Ils partageaient la même approche du monde, nordique et empirique, fondée sur l'observation plutôt que sur la théorie. Au cours du XVIe siècle, les contacts avec l'Italie se multiplièrent à l'occasion d'échanges commerciaux et intellectuels, ce qui renouvela la tradition allemande et permit d'élaborer de nouvelles idées artistiques.

Cette fois, les artistes allemands eurent quelque difficulté à concilier leur imagerie médiévale pieuse et l'attachement des artistes italiens pour la culture de l'Antiquité. Dans ses nombreuses lettres, en particulier celles qu'il a adressées à son ami de longue date, l'humaniste et mathématicien Willibald Pirckheimer, ainsi que dans ses écrits, Dürer montra sa prédilection pour la géométrie et les proportions. En 1525, il publia son célèbre traité des Instructions sur la manière de mesurer et en 1527 les Quelques enseignements sur la fortification des villes, châteaux et bourgs. Vers la même époque, il avait également achevé les Quatre Livres sur les proportions humaines que ses amis publièrent après sa mort en 1528.

2. Apprentissage et premier voyage

Après s'être formé auprès de son père, Dürer fit son apprentissage en 1486, à l'âge de quinze ans, auprès du peintre et estampeur Michael Wolgemut. Entre 1488 et 1493, l'atelier de Wolgemut fut chargé de la copieuse production des gravures illustrant les Chroniques de Nuremberg (1493) d'Hartmann Schedel ; Dürer fut alors formé à la technique du dessin pour la gravure sur bois. À l'époque de la Renaissance, l'Allemagne du Sud était un vif foyer d'éditeurs et de peintres-graveurs. À la fin de son apprentissage, Dürer entreprit son voyage de compagnonnage qui dura de 1490 à 1494.

En 1492, il arriva à Colmar, espérant entrer au service du peintre et graveur allemand Martin Schongauer, mais celui-ci était mort en 1491. Les frères de Schongauer conseillèrent à Dürer de tenter sa chance à Bâle, où de nombreux éditeurs employaient des graveurs. À Bâle puis à Strasbourg, il réalisa les illustrations de plusieurs publications dont la Nef des fous (traduit en 1507) de Sébastien Brant en 1494. Pendant cette première période, Dürer démontra la grande maîtrise qu'il avait du dessin et son sens du détail. Ces qualités sont manifestes dans ses premières œuvres, notamment un autoportrait où il se représenta jeune et très sûr de lui (1493, musée du Louvre, Paris).

3. Premier voyage en Italie

Après son mariage avec Agnès Frey, à Nuremberg en 1494, Dürer partit pour l'Italie. Il réalisa de très belles études de paysage à l'aquarelle. Pendant les dix années qu'il passa à Nuremberg, de 1495 à 1505, Dürer réalisa un grand nombre d'œuvres qui contribuèrent à établir sa réputation. Parmi celles-ci figurent notamment la série de l'Apocalypse (1498) et les gravures le Grand Destin (1501-1502) et la Chute de l'homme (1504). Toutes ces œuvres et d'autres de la même période révèlent son extraordinaire maîtrise de la technique de la gravure sur bois et sur cuivre, sa connaissance des proportions humaines fondée sur les textes du romain Vitruve et son habileté à rendre les détails de la nature.

Son Autoportrait au col de fourrure (1500, Alte Pinakothek, Munich), dans lequel il se représente avec un visage de Christ, est un écho de l'Imitatio christi qui se diffusa dans les années précédant la Réforme. Certains auteurs veulent y voir, au contraire, l'image de l'artiste comme un alter Deus ou encore, pour les plus hardis d'entre eux, un alter Apelles. Par ailleurs, dès 1497, il mit au point un réseau commercial assurant la plus large diffusion de ses gravures, lui permettant ainsi d'élargir le cercle de ses commanditaires potentiels de peintures.

4. Second voyage italien

Entre 1505 et 1507, Dürer se rendit de nouveau en Italie. À Venise, il rencontra le grand maître Giovanni Bellini et reçut la commande importante d'une toile, Madone aux couronnes de roses (1506, musée national, Prague), pour le Magasin des marchands allemands.

De retour à Nuremberg en 1507, Dürer connut une seconde période de grande productivité qui le fit réaliser notamment un retable (1508-1509, détruit par le feu en 1729) pour l'église dominicaine de Francfort, le panneau de l'Adoration de la Trinité (1511, Kunsthistorisches Museum, Vienne), des portraits et de nombreuses gravures dont deux éditions de la Passion, des gravures sur bois pour l'Arc de triomphe de Maximilien Ier et une série de gravures sur cuivre dont le Chevalier, la mort et le diable (1513), Saint Jérome à l'étude (1514) et Melencolia I (1514). À partir de la technique linéaire de la gravure sur cuivre, Dürer fut capable de créer des nuances de noir lui permettant de représenter la profondeur.

5. Dernier voyage et dernières œuvres

En 1520, Dürer apprit que Charles V, successeur de Maximilien Ier, devait voyager d'Espagne vers Aix pour y être couronné. Dürer, recevant une rente annuelle de Maximilien, fut soucieux de sa continuité par Charles V. Dürer se rendit à Aix puis aux Pays-Bas entre 1520 et 1521. Son journal fournit un extraordinaire compte rendu de ses voyages, de ses réceptions chez d'autres artistes, notamment à Anvers. Son entretien avec Charles Quint fut couronné de succès.

Dürer adhéra aux idées de Martin Luther en 1520 et s'opposa toujours aux violents iconoclastes réformés. Il consacra même une gravure à un imaginaire monument aux paysans séditieux pour accuser la terrible répression qui suivit le soulèvement général des paysans allemands contre le pouvoir en 1524-1525. Il mourut à Nuremberg le 6 avril 1528. Ses dernières grandes œuvres sont les deux grands panneaux représentant les Quatre Apôtres (v. 1526, Alte Pinakothek), initialement présentés comme son cadeau à la ville de Nuremberg.