| Colette | Format lecture | ||||
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| 3. | Les intermittences du corps |
Ce parcours singulier qui caractérise la vie de Colette (la traversée en un demi-siècle de tout l’espace qui sépare le scandale de la gloire) n’aide pas nécessairement à une juste appréciation de son œuvre. Il est cependant la marque d’une recherche obstinée de la vérité dont l’écrivain s’est fait un mot d’ordre intransigeant à usage personnel en même temps qu’un motif romanesque. Ses romans sont des tableaux de mœurs qui, parce qu’ils empruntent largement à la vie de l’auteur, s’avèrent une observation implacable, à la fois crue et émue, des faiblesses des êtres.
Colette donne à la Belle Époque, puis, au-delà, au siècle des femmes, le plus précis et le plus inventif état de ses équivoques. Si les Claudine relèvent encore pour partie des émois sexuels de l’adolescence, la suite de l’œuvre plonge loin et profond dans les troubles de l’amour multiple et dans le dédale de l’identité féminine, de l’Ingénue libertine (1909) à Gigi (1943), en passant par Mitsou (1919), le Blé en herbe (1923) et encore le Pur et l’Impur (publié en 1932 sous le titre original Ces plaisirs).
Envisageant avec subtilité la littérature du point de vue de la femme, et retournant la logique du roman à la française, roman de formation et d’analyse, Colette exprime dans Chéri et la Fin de Chéri (1920 et 1926), selon une voie originale, l’insatisfaction de la relation sentimentale entre sexes, et dégage les contours d’une retraite qui ne serait pas une déroute mais un moyen de faire la paix avec le monde.