Montesquieu, Charles de Secondat, baron de
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Montesquieu, Charles de Secondat, baron de
3. Une œuvre politique
1. Les Lettres persanes
1.1. Un roman épistolaire

Les Lettres persanes relatent, sous la forme épistolaire, le voyage à Paris de deux Persans, Usbek et Rica : leur séjour, qui dure huit années, leur fournit le loisir d’observer la société et le mode de vie des Français, leurs coutumes, leurs traditions religieuses ou politiques, et d’en faire le rapport à leurs interlocuteurs restés en Perse. Parallèlement, Usbek et Rica reçoivent des nouvelles de Perse, qui renseignent le lecteur sur les mœurs de ce pays.

La forme épistolaire n’est plus tout à fait une nouveauté en 1721, mais elle trouve ici une expression aboutie, car Montesquieu sait tirer parti de toutes les ressources qu’offre le genre, notamment en soulignant la relativité des points de vue : si les Perses sont étranges aux yeux des Parisiens, la réciproque est aussi vraie. Montesquieu parvient de surcroît à lier étroitement les thèmes les plus divers et à embrasser une grande variété de sujets sans nulle part donner quelque impression que ce soit de monotonie ou de décousu.

1.2. La vogue de l’exotisme

Quant à la dimension orientale des Lettres persanes, elle s’inscrit dans une vogue de l’exotisme, dont l’abondante production de récits de voyages et la publication des Mille et Une Nuits par Antoine Galland (1704-1717) sont les signes les plus manifestes. De fait, le roman abonde en notations pittoresques, comme les dates, qui renvoient au calendrier musulman. Mais la confrontation entre les modes de vie persan et français, en particulier entre l’islam et le christianisme, ou entre le despotisme oriental et la monarchie française, est chargée par Montesquieu d’une intention satirique et critique.

1.3. Une satire politique et sociale

Tous les travers et le ridicule de la société française de l’époque sont ainsi épinglés. Mais Montesquieu va plus loin : les grandes questions qui seront celles des philosophes tout au long du siècle des Lumières se trouvent déjà amorcées dans les Lettres persanes : la réflexion sur le bonheur, présenté comme une revendication légitime, le combat pour la liberté et la tolérance, en particulier en matière religieuse, la critique des formes autoritaires du pouvoir, despotisme ou absolutisme. Enfin, et c’est peut-être là le fait capital, les Lettres persanes sont un manifeste du pouvoir de l’ironie. Par leur fausse naïveté, les Persans réussissent à déjouer les pièges de l’hypocrisie sociale et à faire apparaître en pleine lumière la vérité cachée de la société occidentale.

Pour une présentation plus détaillée de l’œuvre, voir l’article spécialement consacré aux Lettres persanes.

2. De l'esprit des lois
2.1. Une méthode expérimentale

Comme les Lettres persanes à certains égards, De l’esprit des lois, véritable somme d’histoire politique comparée, s’appuie sur le principe de la relativité des mœurs, des sociétés et de leurs lois. Ce travail se fonde sur différents types de sources : les observations directes que Montesquieu a recueillies lors de ses voyages auprès de la monarchie constitutionnelle anglaise ou auprès de la république de Venise ; les témoignages rapportés par des voyageurs venus de tous les pays du monde ; enfin, une abondante matière livresque (la bibliothèque du château de La Brède comporte plus de trois mille volumes).

Sa méthode est donc plus expérimentale qu’abstraite : il s’agit d’abord de saisir les circonstances variées dans lesquelles les lois de chaque nation trouvent leur origine ou leur explication.

2.2. Trois types de gouvernement

Distinguant trois types de gouvernement, le monarchique, le despotique et le républicain, Montesquieu s’attache d’abord à définir les principes fondamentaux sur lesquels se fondent ces systèmes : l’honneur, pour le monarchique ; la crainte, pour le despotique ; la vertu, pour le républicain. Puis il cherche à définir les liens constitutifs qui existent entre les différents types de gouvernement, leurs lois et les pays qui les ont établis. Douze des trente et un chapitres de l’ouvrage sont ainsi consacrés aux rapports des lois avec le climat, la géographie, le commerce, la monnaie, la démographie ou la religion.

2.3. Pour une monarchie modérée

Cette objectivité véritablement scientifique de l’observation n’empêche pas Montesquieu d’exprimer sa préférence pour le système monarchique, prônant une monarchie tempérée et une séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire). Par ailleurs, le ton de l’ouvrage s’élève parfois jusqu’à l’indignation, pour condamner l’esclavage, par exemple, ou la torture.

Avec cet ouvrage, Montesquieu apparaît comme le premier des « philosophes » du XVIIIe siècle : sa démarche d’observation rationnelle ouvre la voie à l’esprit des Lumières, fondé sur la raison et la tolérance, même si son (relatif) conservatisme contrebalance parfois la dimension profondément novatrice de sa pensée politique. Certains des principes qu’il a développés dans De l’esprit des lois ont inspiré la Constitution américaine, ainsi que la Constitution de 1791.

Pour une présentation plus détaillée de l’œuvre, voir l’article De l'esprit des lois.