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Œuvre |
Les compositions wagnériennes sont l’ultime témoignage d’une vision du monde qui se veut héritière aussi bien du théâtre grec antique que de Shakespeare et du théâtre romantique allemand. Elles expriment également la volonté de nous faire écouter un langage musical nouveau qui s’intègre parfaitement aux autres arts. Wagner ne se contente pas, en effet, de composer de la musique dont la puissance du chromatisme mélodique et harmonique atteint un tel paroxysme : il réalise des œuvres d’art totales (en allemand, Gesamtkunstwerk), c’est à dire des œuvres où l’harmonie, la poésie, la sculpture, la peinture, le théâtre et la danse sont d’égale importance. C’est la raison pour laquelle « cet esprit sans paix » (Nietzsche), à qui on a reproché son orgueil délirant et son phénoménal égocentrisme, met un point d’honneur à s’occuper de tout à l’occasion des concerts qu’il fait donner : il choisit les décors et les costumes, veille à ce que les instrumentistes jouent avec justesse, fait répéter les chanteurs pour être sûr qu’ils connaissent parfaitement son livret, ou encore règle les détails de sa mise en scène. Avant lui, l’opéra se découpait en airs et en récitatifs. Avec lui, nous n’avons plus ce découpage qui nuit à l’efficacité dramatique, mais un flot musical continu, constitué d’accords qui se chevauchent et qui nous envoûtent par leurs tonalités inhabituelles. Un sentiment, un personnage ou l’annonce d’une action, symbolisés par un leitmotiv, créent, pour l’auditeur, une émotion profonde tout au long du drame, et ces nouvelles couleurs de l’orchestre inaugurent un système chromatique qui influencera bon nombre de compositeurs occidentaux modernes, au point de donner naissance à une musique totalement atonale. Ce que pratiqueront, par exemple, les membres de l’École de Vienne (Mahler, Berg, Schoenberg, Webern) ou encore Richard Strauss.
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