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Sternberg, Josef von

Sternberg, Josef von (1894-1969), réalisateur américain d'origine autrichienne.

Né à Vienne, Jonas Sternberg, dit Josef von Sternberg, connaît une enfance pauvre et difficile entre sa ville natale et New York où travaille son père. Ayant abandonné ses études à quinze ans, il est employé en 1912 au nettoyage et à la restauration de copies de films. Son intérêt pour le septième art le conduit ensuite à faire divers métiers dans l’industrie du cinéma, notamment ceux de monteur, de titreur, de scénariste, de décorateur et d’opérateur de prises de vues.

De 1918 à 1924, il voyage en Europe, devient acteur et assistant-réalisateur de plusieurs metteurs en scène français, allemands, anglais et tchèques.

Installé à Hollywood, il réalise un premier film indépendant, les Chasseurs de salut (Salvation Hunters, 1925). L'œuvre impressionne les dirigeants de la firme United Artists qui l'achètent immédiatement. La MGM l'engage aussitôt : il réalise pour elle Escape (1925) et The Masked Bride (1925), qui sont considérablement retouchés par les producteurs. Mécontent, von Sternberg rompt son contrat et c’est Charles Chaplin qui produit son film suivant, la Mouette (The Seagull, 1926). Cependant, pour des raisons obscures, Chaplin n’exploitera jamais ce film.

Sternberg met alors en scène un film de gangsters, les Nuits de Chicago (Underworld, 1927), qui remporte un grand succès. Il dirige ensuite Emil Jannings dans Crépuscule de gloire (The Last Command, 1928), puis réalise un mélodrame, les Damnés de l'océan (The Docks of New York, 1928) avant de revenir au film policier avec la Rafle (The Dragnet, 1928). Dans ces films produits par la Paramount, von Sternberg explore toutes les possibilités du montage et de la prise de vues, crée un style original et hautement sophistiqué et fait preuve de qualités exceptionnelles comme directeur d'acteurs. Il devient vite l’un des réalisateurs les plus importants de Hollywood.

Après le Calvaire de Léna Smith (The Case of Lena Smith, 1929) et l'Assommeur (Thunderbolt, 1929), il réalise à Berlin le premier film parlant allemand, ainsi que sa version américaine, l'Ange bleu (Der Blaue Engel, 1930). Le film lance la comédienne Marlene Dietrich, que von Sternberg ramène avec lui aux États-Unis.

En dehors d’une adaptation du roman de Theodore Dreiser Une tragédie américaine (An American Tragedy, 1931), von Sternberg collabore désormais exclusivement avec Dietrich qui est pour lui davantage qu’une actrice : une muse, un médium parfait. Elle lui inspire une série de films remarquables, tels Cœurs brûlés (Morocco, 1930), Agent X 27 (Dishonored, 1931), Shanghai Express (1932), et Blonde Vénus (1932). L'Impératrice rouge (The Scarlet Empress, 1934) marque sans doute l’apogée de leur association. Le perfectionnisme de von Sternberg, son sens extatique de l’image, la profondeur de sa vision artistique fusionnent avec la présence ravageuse, l’humour contenu, l’élégance ironique et décontractée de Dietrich dans ce film fiévreux, outré, qui pourrait résumer à lui seul tout le faste et la magie de Hollywood. Le merveilleux tandem Sternberg-Dietrich se sépare après l’échec commercial de la Femme et le Pantin (The Devil is a Woman, 1935), et le cinéaste se voit contraint de signer des œuvres de commande comme Remords (Crime and Punisment, 1935), d'après Crime et châtiment de Dostoïevski, avec Peter Lorre dans le personnage de Raskolnikov, Sa Majesté est de sortie (The King Steps out, 1936) et Au service de la loi (Sergeant Madden, 1939).

Son I Claudius (1937), avec Charles Laughton, reste inachevé, mais il redevient lui-même avec l'admirable Shanghai (Shanghai Gesture, 1940), avant d'entamer une traversée du désert de dix ans, au cours de laquelle il signe seulement un court métrage expérimental, la Ville (The Town, 1943-1944).

En 1950, le producteur Howard Hugues le ramène dans les studios pour les Espions s'amusent (Jet Pilot) qui ne sort qu'en 1957, puis pour le Paradis des mauvais garçons (Macao, 1952) qui sera terminé par Nicholas Ray. C’est grâce à un financement japonais imprévu que Josef von Sternberg signe son ultime chef-d’œuvre et l’un des plus beaux films du monde, Fièvre sur Anatahan (The Saga of Anatahan, 1953), avant de se voir définitivement écarté des studios.

Sternberg a publié une excellente autobiographie, Souvenirs d'un montreur d'ombres (Fun in a Chinese Laundry, 1965).