Sécession, guerre de
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Sécession, guerre de
2. Les origines du conflit

La guerre de Sécession fut le résultat de quatre décennies de conflits d'intérêts entre le Nord et le Sud sur les plans économique, social et politique. Le Sud, à forte prédominance agricole, vivait des cultures commerciales — coton, tabac et canne à sucre — destinées à l'exportation vers le Nord ou vers l'Europe, mais dépendait du Nord pour tout ce qui était produits manufacturés ainsi que services financiers et commerciaux. Mais surtout, la force de travail dans le Sud reposait sur le système esclavagiste avec près de 4 millions d'esclaves noirs. Ce fut pour défendre le droit de conserver ce système que le Sud fit « sécession » et partit finalement en guerre.

1. La controverse entre le Nord et le Sud

Pour maintenir l'Union, les dirigeants politiques des partis démocrate et whig, préférèrent éluder la question sur l'esclavage. Mais, l'opposition de plus en plus forte des « abolitionnistes », face à l'extension de l'esclavage dans les nouveaux territoires, mena au compromis du Missouri en 1820 : dans le territoire de la Louisiane, nouvellement acquis, l'esclavage était autorisé au sud d'une ligne correspondant à 36° 30’ de latitude nord et interdit au nord de cette ligne. Le Nouveau compromis de 1850 prévoyait l'admission de la Californie au titre d'État libre, c'est-à-dire sans esclaves. Cette admission était compensée par l'organisation de deux nouveaux territoires, l'Utah et le Nouveau-Mexique, sur les terres acquises pendant la guerre contre le Mexique où le principe de souveraineté populaire prévalait. Ses territoires pouvaient ainsi décider de l'adoption de l'esclavage.

2. L'équilibre menacé

Malgré le compromis de 1850, le conflit persista. Le Sud était devenu une fraction minoritaire, aussi ses leaders politiques montrèrent beaucoup d'inquiétude à l'égard des actes du Congrès des États-Unis, sur lequel ils avaient perdu tout contrôle. Le Nord-Est demandait un tarif douanier privilégié pour sa croissance industrielle, des subventions fédérales pour le transport et la modernisation de l'équipement, et un système bancaire et monétaire sain. Le Nord-Ouest se tournait vers le Congrès pour obtenir des parcelles agricoles (homestead) gratuites et une aide fédérale pour ses voies routières et fluviales. Le Sud, toutefois, considérait que de telles mesures étaient discriminatoires et qu'elles favorisaient les intérêts commerciaux du Nord. Par ailleurs, il trouvait intolérable la montée de l'agitation abolitionniste dans le Nord, où de nombreux États avaient adopté des lois sur les libertés individuelles pour déjouer la mise en application de la loi sur les esclaves fugitifs. La rapidité avec laquelle les «  free soilers » (politique du Free-Soil Party — parti du sol libre — qui affirmait qu'aucun autre État esclavagiste ne devait être admis dans l'Union) s'emparaient de charges électives dans le Nord inquiétait aussi les Sudistes.

La question de l'expansion de l'esclavage se posa de nouveau en 1854 lorsque le sénateur Stephen A. Douglas de l'Illinois présenta au Congrès un projet de loi qui établissait deux nouveaux territoires, le Kansas et le Nebraska, dans lesquels le principe de souveraineté populaire serait appliqué. Cette loi, en rendant caduc le compromis du Missouri, souleva une vague de protestations dans le Nord et entraîna, notamment, la création du parti républicain, qui s'opposait à toute expansion de l'esclavage. En 1856, le candidat républicain à la présidence, John C. Frémont, recueillit plus du tiers du vote populaire. Pendant ce temps, dans la lutte pour le contrôle du Kansas, le président démocrate James Buchanan demanda au Congrès d'admettre dans l'Union le Kansas comme État esclavagiste, proposition qui offensa les Nordistes, les mécontentant encore davantage, la Cour suprême des États-Unis déclara le 7 mars 1857 au sujet de l'affaire Dred Scott, esclave fugitif, que la Constitution des États-Unis ne donnait au Congrès aucun pouvoir d'interdire l'esclavage dans les territoires. Deux ans plus tard, d'autres incidents ne firent qu'exacerber les passions au sein de l'Union.

3. La sécession

L'élection présidentielle de 1860 divisa le parti démocrate sur le choix du candidat : John C. Breckinridge du Kentucky représenta l'aile sudiste et Stephen Douglas de l'Illinois, l'aile nordiste. Le parti de l'Union constitutionnelle nouvellement créé, tenant compte du sentiment de compromis toujours fort dans les États frontaliers, préféra le candidat John Bell du Tennessee. Les républicains, quant à eux, se rallièrent à la candidature d'Abraham Lincoln avec un programme qui s'opposait à toute expansion de l'esclavage, qui appuyait un tarif douanier protecteur, des subventions fédérales pour les améliorations intérieures ainsi qu'une loi agraire. La division des démocrates assura l'élection de Lincoln, grand vainqueur dans tous les États du Nord et du Sud, ce qui convainquit le Sud de prendre son indépendance plutôt que d'avoir à faire face à un encerclement politique. En février 1861, peu avant l'investiture de Lincoln, sept États — la Caroline du Sud, le Mississippi, la Floride, l'Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas — fondèrent les États confédérés d'Amérique, dotés d'une constitution, avec à leur tête Jefferson Davis.

Le mois suivant, Lincoln réaffirma, dans son discours inaugural, que la sécession était illégale et déclara qu'il avait l'intention de ne pas renoncer aux possessions fédérales situées dans le Sud. La guerre civile éclata le 12 avril 1861, lorsque des troupes nordistes essayèrent de ravitailler le fort Sumter, installation fédérale située dans la baie de Charleston (Caroline du Sud), les confédérés ouvrirent le feu. Trois jours plus tard, Lincoln demanda aux troupes d'étouffer la rébellion. La Virginie, l'Arkansas, la Caroline du Nord et le Tennessee ripostèrent en rejoignant la Confédération.

4. Les ressources du Nord et du Sud

Ni le Nord ni le Sud n'étaient prêts en 1861 à s'engager dans une guerre. Avec une population de 22 millions d'habitants, le Nord disposait d'un plus grand potentiel militaire. Le Sud ne comptait que 9 millions d'habitants, dont presque 4 millions étaient des esclaves noirs. La loyauté de ceux-ci envers la Confédération était douteuse. Bien qu'à l'origine, ils s'appuyèrent sur le volontariat, la nécessité finit par forcer les deux camps à faire appel à la conscription. Avant la fin de la guerre, le Sud avait enrôlé environ 900 000 hommes et l'Union 2 millions, dont près de la moitié n'avait été recrutée que vers la fin du conflit.

Par ailleurs, le Nord possédait de très nets avantages matériels — en argent et en crédit, en usines, en production alimentaire, en ressources minérales et en transport — qui s'avérèrent décisifs. La capacité du Sud à combattre fut handicapée par un manque chronique de nourriture, de vêtements, de médicaments et d'artillerie lourde, ainsi que par une lassitude de la guerre et une inconnue : la réaction des Noirs.

Cependant, malgré sa supériorité en hommes et en ressources, le Nord ne parvint pas à la rapide victoire qu'il avait escomptée. Lever, entraîner et équiper une force de combat massive à partir de volontaires inexpérimentés et trouver une direction militaire efficace se révélèrent être des tâches considérables demandant beaucoup de temps. Le Sud, doté d'une tradition militaire plus forte, disposait de davantage d'hommes expérimentés dans le maniement des armes et produisit un corps performant d'officiers, notamment Robert E. Lee. Ce n'est qu'à l'épreuve des événements que Lincoln arriva à trouver des chefs militaires comparables, à savoir Ulysses S. Grant et William T. Sherman.