| Louis XI | Format lecture | ||||
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| 3. | « L’Universelle Araigne » |
Monté sur le trône de France en juillet 1461, Louis XI est sacré à Reims le 15 août de la même année. À peine a-t-il fait son entrée dans Paris (fin août) qu’il disgracie les conseillers de son père. Il les remplace par des proches, anciens compagnons d’exil — dont Jean Bourré, qui l’a secondé dans le Dauphiné —, seigneurs de grande naissance — comme Pierre de Beaujeu (son futur gendre) et Georges de La Trémoille — et fidèles issus du peuple ou de la bourgeoisie : le prévôt des marchands Tristan Lhermite, son barbier Olivier le Daim, les médecins Jean Choisnet et Pierre Coitier.
| 1. | La lutte contre les Grands |
Si la féodalité classique a disparu lors de l’avènement de Louis XI, la coutume de donner des apanages aux fils cadets des rois a créé une nouvelle forme de féodalité, celle des branches royales cadettes. Il est alors d’usage que les grands du royaume se soumettent au souverain en lui prêtant hommage. Or, la puissance acquise par ces derniers leur donne la tentation de résister à une soumission de fait. Dans son combat pour asseoir son autorité, Louis XI a pour principaux adversaires son propre frère, Charles (duc de Berry), Charles le Téméraire (héritier du duché de Bourgogne), ainsi que François II (duc de Bretagne) et Jean II (duc d’Alençon).
| 1.1. | Les premières conquêtes |
Louis XI, soucieux d’étendre les frontières de son royaume, lance dès 1462 une campagne en Catalogne contre Jean II d’Aragon, auquel il réussit à arracher le Roussillon et la Cerdagne. Dans le même temps, il manifeste son intérêt pour les villes de la Somme, que son père a cédées à Philippe III de Bourgogne ; il les rachète à ce dernier, au grand mécontentement du fils du duc Philippe, Charles le Téméraire.
| 1.2. | La révolte de la ligue du Bien public |
Ne cessant par ses initiatives de menacer les privilèges de l’aristocratie, Louis XI suscite contre lui la formation d’un premier complot, associant grands féodaux et son propre frère, Charles, duc de Berry. Cette conspiration échoue, mais ses membres reçoivent, au mois d’août 1464, le soutien de Charles, héritier de la Bourgogne. Celui-ci prend la tête de la ligue du Bien public en mars 1465, et fomente une véritable rébellion contre l’autorité royale. Après la bataille de Montlhéry, dont personne ne sort réellement vainqueur (juillet 1465), le roi signe les traités de Conflans et de Saint-Maur : le souverain accepte tous les desiderata des ligueurs (villes de la Somme pour Charles le Téméraire, Normandie pour son frère Charles, etc.), bien qu’il soit secrètement résolu à ne tenir aucune promesse.
| 1.3. | La deuxième ligue |
La Normandie étant une province trop stratégique (située entre la Bretagne de François II et la Somme du duc de Bourgogne, et également à proximité de l’Angleterre), Louis XI la reprend à son frère dès 1466. Mais en 1467, Charles le Téméraire monte à la tête du duché de Bourgogne et réunit une nouvelle coalition contre le roi de France, rassemblant notamment Charles de Berry, le roi Édouard IV d’Angleterre et le duc François II de Bretagne. À ce dernier, Louis XI parvient à imposer le traité d’Ancenis (septembre 1468), l’obligeant à rompre son alliance avec le Téméraire.
Assuré de sa réussite prochaine, Louis XI rencontre le duc de Bourgogne à Péronne en octobre 1468, tandis qu’il provoque en sous-main le soulèvement des villes bourguignonnes de Liège et de Gand. Informé de cette perfidie, Charles le Téméraire, furieux, retient le roi prisonnier pendant quelques jours. Il ne le libère qu’en échange de la cession de la Champagne à son allié Charles de Berry, tout en le contraignant à assister à la répression qui écrase Liège.
Une fois libéré, Louis XI fait emprisonner le cardinal La Balue pour trahison, l’accusant d’être responsable du désastre de Péronne. Il annule les concessions faites sous la menace et parvient, en 1469, à convaincre son frère d’accepter la Guyenne au lieu de la Champagne.
| 1.4. | La troisième ligue |
En 1471, une nouvelle coalition se forme contre le roi de France, regroupant Charles de Berry, Jean V d’Armagnac, Jean II d’Aragon, François II de Bretagne, Jean II d’Alençon, ainsi que le Téméraire et le roi Édouard IV d’Angleterre — contre lequel Louis XI vient de conclure une alliance avec le comte de Warwick (l’Angleterre est alors en pleine guerre des Deux-Roses).
Charles de Berry, pour lequel les ligueurs pensent à la Couronne, meurt au début des hostilités, en juin 1472. Charles le Téméraire rentre alors en Picardie mais est défait devant Beauvais — où se distingue l’héroïne Jeanne Hachette —, Rouen et Dieppe. C’est un triomphe total pour Louis XI, sauf dans le Roussillon où Jean II d’Aragon s’empare des territoires acquis par le roi en 1462.
| 2. | Les acquisitions territoriales de Louis XI |
| 2.1. | Le démembrement des États bourguignons |
Les nouvelles ambitions territoriales de Charles le Téméraire (étendre son domaine à la Provence, au Dauphiné, à la Suisse, la Lorraine et l’Alsace) permettent à Louis XI de repousser aisément une invasion anglaise d’Édouard IV. Par le traité de Picquigny (août 1475), Louis XI met définitivement un terme à la guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre. Tout en s’employant à réduire la puissance des grands féodaux (il rattache l’Armagnac à la France après la mort de Jean V d’Armagnac et se fait livrer le comte de Saint-Pol, exécuté pour trahison), Louis XI encourage la révolte des Suisses contre Charles le Téméraire, qui essuie deux échecs consécutifs, à Grandson et Morat (1476).
Lorsque Charles le Téméraire meurt devant Nancy en janvier 1477, Louis XI s’empresse d’occuper les territoires bourguignons. Mais Marie de Bourgogne, fille du défunt, fait défendre son héritage par son époux Maximilien d’Autriche et, au terme d’une guerre contre Louis XI, obtient les Pays-Bas (traité d'Arras de 1482). Louis XI se voit par la même occasion entériner la possession de la Bourgogne et des villes de la Somme, l’Artois et la Franche-Comté. La puissance bourguignonne est définitivement vaincue.
| 2.2. | La France, un royaume d’un seul tenant |
Parallèlement à ses conquêtes bourguignonnes, Louis XI obtient l’Anjou, le Maine et la Provence, qu’il hérite de son oncle René Ier le Bon en 1480. Le royaume de France — qui s’étend alors des Alpes aux Pyrénées et s’approche à l’est et au nord des frontières actuelles — est désormais d’un seul tenant.
| 3. | La politique intérieure de Louis XI |
| 3.1. | Un roi austère et politicien |
Simple jusqu’à l’excès, profondément superstitieux, avare et méfiant, passionné uniquement de chasse et de politique, Louis XI entretient de manière inédite une réelle proximité avec le peuple, comme l’illustre le choix des conseillers dont il s’entoure lorsqu’il monte sur le trône. Cependant, il a côtoyé les grands féodaux dans sa jeunesse et a appris à les connaître. Dans son combat contre eux, il se présente comme un fin diplomate et un homme rusé — ce qui lui vaut le surnom de « l’Universelle Araigne ». Également roi assoiffé de vengeance, Louis XI fait subir à ses ennemis et aux traîtres de terribles châtiments (ses « fillettes », des cages de fer, sont devenues légendaires).
| 3.2. | Un administrateur avisé |
Tout au long de son règne, Louis XI se préoccupe de promouvoir l’essor économique de la France et favorise le relèvement de l’agriculture dans les régions qui supportent encore les conséquences de la guerre de Cent Ans ; l’octroi d’exemptions fiscales, de subventions directes, l’appel à des populations venues d’Espagne et d’Italie stimulent la mise en culture des terres laissées en friche.
S’appuyant sur la bourgeoisie des villes — à laquelle il accorde de nombreux avantages, permettant une expansion de l’industrie et du commerce —, Louis XI encourage les industries de luxe (notamment par la création de soieries, à Lyon puis à Tours), institue des réglementations dans l’industrie drapière et dans l’industrie minière, développe l’imprimerie, les grandes foires (notamment celle de Lyon, qui dépasse sa rivale Genève), se préoccupe de l’amélioration du réseau routier, des voies navigables et des ports.
Dans le domaine militaire, Louis XI poursuit l’œuvre commencée par son père, et multiplie la création des compagnies d’ordonnance et des corps de francs-archers, tout en instituant un service de voltigeurs, embryon d’un véritable service postal (1464). Le retour de la prospérité lui permet de lever de lourds impôts, qui le rendent de plus en plus impopulaire.
Louis XI meurt dans son manoir de Plessis-lez-Tours au mois d’août 1483. Son fils Charles VIII, âgé de treize ans, est placé sous la régence de sa sœur Anne de France et de l’époux de cette dernière, Pierre de Beaujeu. Une autre des filles du roi, Jeanne de France (dite l’Estropiée car difforme et stérile), est la première épouse du futur roi Louis XII.