Louis XV le Bien-Aimé
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Louis XV le Bien-Aimé
3. Le discrédit
1. La crise parlementaire

À partir des années 1750, les parlements commencèrent à pratiquer une politique d’obstruction systématique à l’encontre de toutes les mesures royales, tandis que le roi, affaibli par des difficultés financières, ne trouvait pas l’énergie pour mener les réformes qui s’imposaient. Ainsi, le projet de réforme fiscale de Machault d’Arnouville, contrôleur général des Finances, qui proposait d’instituer un impôt frappant tous les revenus, quels qu’en fussent les détenteurs, provoqua en 1754 sa mutation au ministère de la Marine.

Certes, en 1756, le roi réussit à faire enregistrer par les parlements des édits restreignant une partie de leurs pouvoirs, mais l’attentat de Damiens, perpétré l’année suivante contre la personne du roi, donna un coup d’arrêt à ses ardeurs réformatrices. Le supplice de Damiens, lentement écartelé en place de Grève, ne fit d’ailleurs que renforcer la fronde parlementaire, qui ne manqua pas de souligner le caractère disproportionné de cette peine.

2. Le problème des grains

Dans le domaine économique, une mesure audacieuse, inspirée des physiocrates, fut prise en 1763 ; elle visait à instaurer la libre circulation des grains, mais fut mal accueillie par la population qui soupçonna ce « pacte de famine », ainsi qu’on l’appela, d’encourager les spéculateurs et les monopoles. Les mauvaises récoltes de 1767 provoquèrent une hausse des prix qui, elle aussi, fut imputée à la liberté de circulation, supprimée d’ailleurs, de son propre chef, par le parlement de Rouen, bientôt imité par les parlements de Paris et de Dijon.

3. La politique de Choiseul

Après les premiers déboires de la guerre de Sept Ans, qui virent la défaite des Français devant les Britanniques à Québec et à Montréal (1759-1760), et la perte de Pondichéry en Inde (1761), la politique énergique de Choiseul, qui négocia en 1761 le pacte de Famille, permit pourtant de reprendre l’offensive, même si le traité de Paris (1763) consacrait pour la France la disparition presque totale de son empire colonial.

Le gouvernement de ce ministre, qui devait rester au pouvoir jusqu’en 1770, correspondit de plus à une relative embellie. Lié avec les philosophes, protecteur de l’Encyclopédie, assez bien considéré par les milieux parlementaires, Choiseul s’attacha à mener une série de réformes d’envergure, notamment au sein de la marine et de l’armée, et fit acheter la Corse par la France, même s’il ne sut pas empêcher le second partage de la Pologne.

Assez ambigu dans ses choix, Choiseul laissa cependant se développer la fronde contre le pouvoir royal et sa bienveillance à l’égard de parlementaires (il cautionna en 1767 le bannissement des jésuites du royaume de France) finit par accroître de façon démesurée l’arrogance de ce véritable contre-pouvoir. Lors du départ de Choiseul, congédié en 1770, en partie pour avoir déplu à la nouvelle maîtresse du roi, Mme du Barry, la crise parlementaire était plus que jamais d’actualité.

4. La dernière contre-attaque

Pendant les dernières années de son règne, Louis XV s’efforça de mettre un terme définitif à la crise parlementaire, tout en remettant en chantier la politique de réforme fiscale. Maupeou fut nommé chancelier, Terray contrôleur des Finances et le duc d’Aiguillon aux Affaires étrangères, formant ainsi le triumvirat.

En grève depuis 1770, le Parlement de Paris fut promptement expulsé par Maupeou, qui dès 1771 mit en œuvre une réforme conduisant à la suppression de la vénalité des offices et à l’instauration de la gratuité de la justice, tandis que des mesures étaient prises afin d’imposer les revenus de la noblesse et du clergé, jadis exempts de taxes. Ces réformes, qui devaient être annulées immédiatement après l’avènement de Louis XVI, augmentèrent encore l’impopularité du roi qui, miné par la petite vérole, s’éteignit à Versailles et fut enterré clandestinement à Saint-Denis.