| livre, industrie du | Format lecture | ||||
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| 2. | Perspectives historiques |
En Grèce, le premier commerce régulier d’œuvres littéraires est celui entrepris par les élèves de Platon, qui louent ou vendent les transcriptions de ses conférences. En 400 av. J.-C., Athènes devient la capitale littéraire de la Grèce ainsi que le centre de production et de commercialisation des manuscrits et des papyrus. Les premiers libraires athéniens confectionnent eux-mêmes leurs rouleaux ; ils engagent ensuite des copistes et complètent leurs activités de location et vente de manuscrits par l’organisation de lectures à voix haute, payantes, que le public vient écouter dans leurs boutiques.
La fondation des grandes bibliothèques, comme celle d’Alexandrie, créée par les deux premiers Ptolémée vers 325-246 av. J.-C., donne une impulsion nouvelle au développement et à la diffusion du livre. Par les ateliers de copistes qu’elles entretiennent, ces bibliothèques contribuent à répandre de nombreux textes dans le monde méditerranéen.
À Rome, le commerce du livre est introduit par des immigrants grecs qui emploient des esclaves pour recopier les classiques athéniens. L’édition proprement dite apparaît à la fin du Ier siècle apr. J.-C., avec le développement de la littérature latine.
En Chine, les premiers supports sont des tablettes de bois reliées par des lanières de cuir ou de soie. Mais l’invention du papier, aux environs du Ier siècle apr. J.-C., donne un élan décisif à l’édition chinoise. Il remplace progressivement le bois, le bambou et la soie. À cette époque, les techniques d’impression existent déjà. Les moines bouddhistes et taoïstes utilisent des sceaux gravés en relief et inversés, pour reproduire des textes en série. Mais ces techniques restent assez confidentielles. Les premiers livres chinois se présentent sous forme de rouleaux. Par la suite, on en vient à coller les feuillets de papier par la tranche pour constituer des livres s’ouvrant comme un paravent, appelés « livres tourbillons ». La Chine a longtemps été célèbre pour son industrie du livre, influente et techniquement avancée.
| 1. | Moyen Âge |
Au début du Moyen Âge, les abbayes sont les principaux centres de la vie intellectuelle. La fabrication de livres est, par conséquent, le monopole des monastères, dont les scriptoria, ou salles d’écriture, sont réservées à la copie et à la décoration des manuscrits, généralement de textes religieux. La connaissance de la lecture et de l’écriture reste le privilège quasi exclusif des ecclésiastiques et d’une noblesse cultivée. Les meilleurs ateliers monastiques, en raison de l’excellence de leur technique calligraphique, jouent un rôle comparable à celui d’une maison d’édition, en tant que fournisseurs attitrés des princes et des rois.
Aux XIIe et XIIIe siècles, une transformation s’effectue dans la fabrication et la diffusion du livre. Avec la renaissance urbaine, la vie intellectuelle regagne les villes. Les métiers du livre s’organisent, étroitement liés à la croissance des universités, en particulier celles qui sont établies à Paris (1150) et à Bologne (1200). Celles-ci supervisent la préparation des manuels scolaires et d’œuvres littéraires, et déterminent également les prix de vente ou de location des livres. Deux nouvelles professions naissent : le libraire, marchand ou dépositaire des livres, et les stationarii qui, garants de l’exactitude des textes, détiennent le manuscrit original et le louent à des copistes. Les stationarii de l’université de Paris ne sont pas seulement les fournisseurs de leur établissement, mais aussi de la plupart des autres universités européennes.
| 2. | La modernisation de l’édition |
La mise en œuvre des techniques d’impression utilisant des caractères typographiques individualisés commence juste après 1440, et marque le début de la modernisation de l’édition. Les Allemands, inventeurs de l’imprimerie, en sont les premiers et les meilleurs propagateurs. À la fin du XVe siècle, un grand nombre d’imprimeurs allemands sont établis dans toute l’Europe. Les principaux centres de production et de diffusion du livre sont les grandes places commerciales : Strasbourg, Venise, Florence, Lyon, Anvers, Paris, Bâle, Cologne et Leipzig. L’un des éditeurs les plus influents sur la littérature et la société de la Renaissance a été Alde Manuce, établi à Venise. Grâce à lui, l’Europe de la fin du XVe siècle découvre les textes poétiques et philosophiques de l’Antiquité latine et grecque. Il restitue notamment le texte original d’Aristote. Parmi les autres éditeurs-libraires de cette période, on distingue Koberger, établi à Nuremberg, qui s’est spécialisé dans l’édition de textes des Pères de l’Église, ainsi que William Caxton, installé à Westminster (Londres) en 1476. Il a été l’un des premiers à imprimer des livres en langue anglaise. Il publie également ses propres traductions d’ouvrages latins, français et hollandais.
Dès le début du XVIe siècle, des humanistes entreprennent d’éditer plusieurs versions de la Bible. Le grand maître en ce domaine a été l’imprimeur parisien Robert Estienne.
Pendant les quatre années qui ont marqué l’éclosion de la Réforme (1518-1521), 800 exemplaires d’une centaine de textes de Martin Luther paraissent en latin, en allemand et dans d’autres langues dans la ville de Wittenberg. À sa mort, en 1546, 3 700 exemplaires de ses ouvrages ont été publiés. Cette entreprise d’édition, au succès commercial limité, exerce une influence considérable sur la société européenne. Au cours du XVIIe siècle, les principaux centres de production se situent dans les États du Nord, regroupés sous le nom de Provinces-Unies. Le climat de relative liberté qui y règne attire beaucoup d’auteurs qui craignent la censure dans leur propre pays. C’est le cas de Descartes dont le Discours de la méthode a été imprimé à Leyde en 1637.
| 3. | Période moderne |
L’édition moderne commence au XVIIIe siècle. Les techniques d’impression ont très peu évolué depuis l’époque de Gutenberg, et la fabrication de livres reste lente. Les innovations de Friedrich Kœnig (1774-1833), telles que la mécanisation et l’encrage automatique, ouvrent l’ère des machines à imprimer modernes. La rotative, conçue dès 1816, où le cliché est fixé sur un cylindre, puis la Linotype (1884) et la Monotype (1887) supplantent la composition manuelle. La fabrication de grandes séries de livres et de magazines permettent de faire baisser le prix unitaire. Dès le milieu du XIXe siècle, les quotidiens et les magazines publient, en supplément, des romans sous la forme de fascicules, puis de séries. Ceux-ci sont ensuite regroupés en volumes, sous la forme de livres brochés. En France, autour de 1900, les jeunes revues se multiplient et plusieurs maisons d’édition s’imposent telles Plon, Flammarion et Hachette. Parmi les tendances majeures du XIXe siècle, on peut noter la séparation entre les fonctions éditoriale et commerciale, cette dernière devenant pour l’essentiel la spécialité de grossistes ou de revendeurs (indépendants ou grandes sociétés commerciales).
| 4. | Le XXe siècle |
Au XXe siècle, l’industrie du livre a poursuivi sa croissance tout en élargissant son périmètre d’activité. Les progrès de l’alphabétisation et le renouvellement des techniques ont favorisé la multiplication des éditions et l’augmentation des tirages. Au XVIe siècle, la production mondiale était de 200 000 livres ; elle atteignait environ 8 millions pour l’ensemble du XIXe siècle, et 5 millions pour le seul premier quart du XXe siècle.
La seconde moitié du XXe siècle est marquée par l’apparition du livre de poche. La formule est perfectionnée par les éditeurs américains pendant la Seconde Guerre mondiale pour fournir des lectures aux milliers de soldats américains dispersés dans le monde. À partir des années 1950, la généralisation des nouvelles techniques favorise la multiplication de publications légères. En 1953, Hachette lance son « Livre de Poche », entièrement fondé sur l’édition-reproduction. Sa réussite pousse les autres maisons d’édition à lancer leur collection de poche, et des textes inédits commencent à paraître. Parallèlement, les éditeurs vont à la rencontre d’acheteurs potentiels en multipliant les points de vente en dehors des librairies traditionnelles.