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Delaunay, Sonia
1. Présentation

Delaunay, Sonia (1885-1979), peintre et décoratrice française d’origine russe, épouse du peintre Robert Delaunay.

2. En route vers Paris et vers l’abstraction

Née à Gradizhsk (près d’Odessa en Ukraine) dans une famille juive pauvre, Sonia Terk est adoptée à l’âge de cinq ans par un oncle, avocat célèbre à Saint-Pétersbourg. De celui-ci, elle reçoit une éducation cosmopolite, est initiée à la littérature et aux arts et voyage beaucoup en Europe. En 1903, elle part étudier le dessin à Karlsruhe (en Allemagne), puis s’installe en 1905 à Paris, où elle découvre la peinture de Vincent van Gogh, de Paul Gauguin et des fauves. Elle y rencontre le galeriste et critique Wilhelm Uhde (1874-1947), chez qui elle expose en 1908 et qu’elle épouse en 1909 afin de régulariser sa situation en France. Grâce à lui, elle côtoie les pionniers de l’art moderne, de Georges Braque à Pablo Picasso, de Maurice de Vlaminck au Douanier Rousseau. La même année, Wilhem Uhde la présente à un jeune peintre, Robert Delaunay, « un poète qui n’écrit pas avec la parole mais avec les couleurs », qui devient son époux en 1910 après l’officialisation du divorce de Sonia. De leur union naît un engagement commun dans l’aventure abstraite et ils forment un couple tant à la ville que dans leur démarche artistique. En 1911, elle réalise pour son fils Charles qui vient de naître une couverture formée d’un assemblage de tissus de formes géométriques, de matières et de coloris divers : c’est sa première œuvre abstraite.

3. Des couleurs instinctives et des contrastes simultanés

Quelles que soient les expériences picturales — fauves, abstraites —, quel que soit le médium choisi — peinture ou divers arts décoratifs — Sonia Delaunay reste fidèle à un traitement et à un usage de la couleur qu’elle veut toujours pure, instinctive et exaltée, jouant des « contrastes simultanés » — c’est Robert qui s’initie le premier à la loi des contrastes simultanés théorisés par Eugène Chevreul —, c’est-à-dire le débordement optique d’une couleur sur la couleur opposée que Sonia définit ainsi : « les couleurs pures devenant plans et s’opposant par contrastes simultanés créent pour la première fois la forme nouvelle construite non par le clair-obscur mais par la profondeur des rapports de couleurs mêmes ». Pour ce couple d’artistes devenus indissociables, la couleur, matériau et sujet, se place au centre de leurs préoccupations artistiques.

4. Géométrie et simultanéité

Dessinatrice de formation, Sonia Terk-Delaunay s’inspire des formes géométriques du cubisme, des couleurs vives et saturées et des aplats de Paul Gauguin. Parallèlement à sa démarche picturale, elle œuvre dans le domaine des arts appliqués, la décoration, la mode, pour lesquels elle répond toujours à la même exigence artistique. Elle crée des tissus et des vêtements, réalise des collages, des reliures, des abat-jour, des illustrations de livres-poèmes. Son style, appliqué aux arts décoratifs (textile, tapis, vaisselle, mosaïque, reliure) ou au tableau, est toujours en quête de contrastes simultanés, de juxtaposition de couleurs et de formes géométriques. En 1912, elle inaugure ses Contrastes simultanés qui expriment « la lumière, la richesse et la force des couleurs ». En 1913, elle se lie d’amitié avec Blaise Cendrars et invente avec lui le premier « livre simultané » : la Prose du Transsibérien. Ils y mêlent et entrelacent leurs écritures dans une imbrication parfaite du texte et de la couleur — c’est le premier ouvrage à composition abstraite publié en France. Quand la Première Guerre mondiale éclate, Robert est réformé et la famille s’installe au Portugal, où Sonia fait de la poterie et se passionne pour la danse et le mouvement. En 1917, ils partent pour Madrid. Ayant rencontré Serge de Diaghilev, Sonia découvre le milieu de la mode et, en 1918, dessine pour lui les costumes du ballet Cléopâtre. Elle crée des vêtements et ouvre une boutique de mode et de décoration, la Casa Sonia. Son succès aboutit à la création de deux autres boutiques, à Bilbao et à Barcelone. De retour à Paris en 1921, le couple Delaunay fréquente les surréalistes et Sonia crée les premières robes-poèmes avec Tristan Tzara. Elle fonde « l’Atelier simultané » (1923-1934) pour créer et éditer des tissus, produire des vêtements, costumes et accessoires, etc. Si la plupart des motifs sont géométriques, ils dégagent cependant une grande sensibilité poétique grâce à leurs formes éclatantes, lumineuses et au « chant sensuel de la couleur ».

En 1937, Sonia Delaunay réalise des panneaux muraux pour l’Exposition internationale des arts et techniques qui se tient à Paris. Après la mort de Robert Delaunay, en 1941, elle continue de promouvoir le travail de son époux et l’art abstrait, sans jamais abandonner les arts décoratifs, dont elle explore toutes les facettes. Jusqu’à sa mort, Sonia Delaunay, dans sa volonté d’art total, poursuit la série des Rythmes colorés (assemblages de disques de couleur et de formes géométriques pures).

Sonia Delaunay a reçu la légion d’honneur en 1975 et fait don de son œuvre graphique au Musée national d’Art moderne en 1976.