clown
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3. Un personnage tragi-comique

Dans la première moitié du XXe siècle, à l'âge d'or du cirque, les frères Fratellini adjoignirent un troisième complice à ce couple devenu classique : tandis que François, le clown blanc tout en finesse, séduisait le public, qu'Albert, l'auguste, accumulait les sottises, Paul posait un personnage placide et corpulent, « une silhouette de notaire à cervelle de hanneton » selon la description qu'en a donnée l'écrivain Pierre Mac Orlan.

À la même époque, aux États-Unis, apparut un nouveau type, celui du vagabond jeté sur les routes par la misère. Né avec la guerre de Sécession, il s'imposa durant la crise de 1929. Emmet Kelly triompha dans ce rôle — muet puisque les clowns américains avaient été réduits au silence par l'invention des trois pistes simultanées en 1880. Kelly errait autour des pistes durant le spectacle, vêtu de guenilles, affublé d'un nez rouge et grignotant un quignon de pain ou un trognon de chou. Il n'interrompait sa pathétique déambulation que pour dévisager tendrement une jeune femme du public.

Le hobo du cirque n'est pas sans rappeler le personnage de Charlot, inventé par Chaplin. Celui-ci inspira également le Russe Karandache, qui campait un petit homme naïf et curieux : chaque jour, l'artiste relevait dans les journaux les événements dont il se servait dans son numéro du soir.

Le clown, dont la vocation première était de distraire les spectateurs entre deux numéros plus prestigieux, accéda à la célébrité : le Russe Popov et le Suisse Grock comptent parmi les clowns passés à la postérité. Le music-hall engagea des clowns ; des réalisateurs portèrent à l'écran le destin de ces artistes, drôles sur la piste, tragiques en ville. Telle est du moins l'image qui prévaut, des Larmes de clown de Victor Sjöström (1924) au film de Jerry Lewis, le Jour où le clown pleura (1972). La poésie cultivée par ces artistes de cirque, sous leurs apparences grotesques, a inspiré Federico Fellini dans les Clowns (1970).