fascisme
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fascisme
3. Les traits caractéristiques du fascisme
1. Fondements théoriques

On peut identifier certaines des sources doctrinales du fascisme, et c’est l’inscrire alors dans une mouvance où l’on retrouve aussi bien Friedrich Wilhelm Nietzsche pour le nihilisme que Pierre Joseph Proudhon pour l’exaltation de la communauté de producteurs comme base de l’organisation sociale, Georges Sorel pour la dénonciation du capitalisme, Maurice Barrès pour l’exaltation du nationalisme ou Gabriele D’Annunzio pour l’esthétique individualiste et virile teintée de romantisme, énumération qui souligne bien l’extrême hétérogénéité des fondements du fascisme.

S’opposant à des valeurs telles que l’individualisme, la démocratie (et ses corollaires, le régime parlementaire et le multipartisme), le rationalisme et la laïcité qui procèdent des Lumières, le fascisme est issu d’un courant qui prend globalement le contrepied des idéaux incarnés par la Révolution française. Ainsi, les fascistes italiens répondent-ils au slogan révolutionnaire « Liberté, Égalité, Fraternité » par « Croire ! Obéir ! Combattre ! ». Dans cette logique, le fascisme est nécessairement caractérisé par le rejet des institutions démocratiques, afin de réaliser l’absorption du pouvoir législatif par le pouvoir exécutif. Faisant un large usage d’une rhétorique anticapitaliste soulignant l’aliénation propre à la condition ouvrière, le discours fasciste se rapproche sur ce point du discours marxiste.

Pourtant, les différences entre les deux idéologies sont très marquées. Si l’idéal marxiste correspond à une société sans classes, l’idéal fasciste est celui d’une communauté nationale structurée de manière autoritaire, dans laquelle les classes sont remplacées par les corporations professionnelles, la lutte des classes par la solidarité sociale et l’atomisation de la société par l’exaltation du modèle familial.

Le fascisme induit une organisation verticale du pouvoir, inspirée du système militaire, dans lequel tous les aspects de la vie politique, économique et sociale sont fortement encadrés sous l’autorité d’un État centralisé s’appuyant sur un parti unique (le multipartisme étant considéré comme un facteur d’affaiblissement) et un appareil répressif contrôlant tous les moyens d’expression (devenus inutiles puisque le chef est l’incarnation du corps social).

L’individualisme disparaît au profit du groupe, producteur d’un homme nouveau, incarnation des valeurs de jeunesse, d’héroïsme et de modernité qui constituent l’horizon symbolique du fascisme. Fondamentalement anti-intellectuelle, volontiers empreinte de mystique, l’idéologie fasciste exalte la personne du chef suprême de la nation, combattant visionnaire, et l’image de la guerre, que popularise une esthétique faisant une large place aux symboles guerriers.

L’État fasciste, fondé sur l’idée de supériorité nationale, se donne pour objectif le renforcement de la puissance militaire du pays, avec généralement pour corollaire une politique d’expansion territoriale. La plupart des idéologues fascistes reprennent les principes du darwinisme social, qui postule l’existence d’une compétition interne et externe des États, et de la nécessaire évolution des forts conduisant à l’écrasement des faibles, ces idées impliquant souvent un racisme sous-jacent, orientation loin d’être systématique, comme le montre l’exemple italien.

2. Analyse du phénomène fasciste

Le fascisme a donné lieu à de nombreuses interprétations qui continuent de susciter un débat, preuve, s’il en était besoin, qu’il est impossible de présenter une analyse définitive d’un phénomène aussi complexe.

Un premier angle d’analyse consiste à comparer l’expérience italienne à l’Allemagne nazie, pour mieux isoler les caractéristiques fondamentales de chacun des régimes. Si l’on peut observer que le national-socialisme et le fascisme se sont épanouis dans deux pays qui étaient ressortis frustrés de la Première Guerre mondiale, on doit pourtant remarquer que l’Italie a justifié ses tentatives d’expansion territoriale par la rhétorique de la toute-puissance de l’État, et jamais par l’exaltation d’un espace vital aux contours définis par la « race », comme l’a fait l’Allemagne, empreinte d’une forte tradition pangermaniste, et qu’elle n’a pas fondé son régime sur une politique d’élimination systématique et obsessionnelle des « races » dites « inférieures ». On peut cependant rapprocher les deux modèles dans le cadre d’une analyse du totalitarisme, si l’on reprend les trois critères définis par Hannah Arendt : l’exaltation du sentiment national, le culte du chef, l’organisation de la société sur le modèle militaire.

D’autres interrogations ont porté sur les origines du fascisme. Conçu par certains comme une « monstruosité », un accident de l’histoire sans passé et sans avenir, en contradiction totale avec l’évolution naturelle des nations occidentales vers la démocratie, le fascisme fait également l’objet d’interprétations de nature économique : dans ce cadre, les analystes mettent l’accent sur les conséquences économiques et sociales de la crise de 1929, conduisant à la paupérisation de la classe ouvrière, mais également des classes moyennes, source de recrutement privilégiée des mouvements fascistes. L’analyse marxiste va plus loin, qui voit dans le fascisme une révolution conservatrice sinon inspirée, du moins encouragée par le grand capital pour mieux résister à l’expansion du socialisme.

En parallèle des analyses d’ordre psychologique ou psychanalytique qui expliquent l’adhésion individuelle au fascisme par la peur de l’isolement et le besoin d’appartenir à un groupe, l’histoire des idées politiques met en relief l’aspect synthétique de l’idéologie fasciste, héritière de courants de pensée remontant à la fin du XIXe siècle. Ainsi l’universitaire Zev Sternhell, dont les thèses ont suscité de très vifs débats, a relié le fascisme à des origines spécifiquement françaises, où l’on retrouve les penseurs de l’Action française et ses satellites comme Georges Valois, les élucubrations antisémites d’Édouard Drumont ou les théories sur l’inégalité des races de Joseph Arthur Gobineau. Pour leur part, certains de ses détracteurs l’ont accusé de sous-estimer la dimension nationale des phénomènes fascistes, accentuée par les incidences de la crise économique et du règlement de la Première Guerre mondiale, tout en négligeant l’éclectisme idéologique qui fonde le fascisme.