naturalisme (littérature)
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naturalisme (littérature)
3. La doctrine et l'écriture naturalistes

Balzac déjà avait représenté la ville comme une jungle et mis le réalisme sous le signe des sciences naturelles (voir à ce propos la dédicace du Père Goriot à Geoffroy Saint-Hilaire, où il dit vouloir appliquer les notions zoologiques de « milieu » et d'« espèce » à la société humaine), mais ses romans restaient des romans de l'« âme ». Zola, lui, légitime son entreprise littéraire par une référence systématique aux sciences de la nature : lutte pour la vie et sélection naturelle (Darwin, De l'origine des espèces, 1859), lois de l'hérédité (Lucas, Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle, 1850), démarche expérimentale et médicale (Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, 1865).

Du point de vue de l'écriture, le naturalisme hérite des réalistes d'après 1850 tels que Champfleury ou Duranty, mais aussi du réalisme subjectif de Flaubert et surtout du souci documentaire et pourtant « artiste » des Goncourt, qui se disaient « à la fois des physiologistes et des poètes ». Pour se documenter, Zola fit un nombre important de lectures, mais il mena également de nombreuses enquêtes sur le terrain (les Carnets de ces enquêtes ont été publiés) : cette méthode lui a valu d'incarner à jamais le stéréotype du romancier « observateur », qui se répandra bien au-delà du naturalisme.

Selon Roland Barthes, le style naturaliste mélange les « signes formels de la littérature (passé simple, style indirect libre, rythme écrit) et des signes non moins formels de réalisme (pièces rapportées du langage populaire, mots forts, dialectaux, etc.) », au point de constituer certains « tics » d'écriture : plages descriptives nourries de documentation mais intégrées grâce à une amorce de point de vue subjectif (« Ils s'arrêtèrent en face de la plage, à regarder. Des voiles, blanches comme des ailes d'oiseau », etc.).

Le naturalisme de Maupassant est plus particulièrement marqué par l'héritage de son parrain, Flaubert : utilisation subtile des variations de points de vue, brouillage de l'image du narrateur (qui ne dit pas « je » mais s'exprime par divers biais : style indirect libre, ironie, ambiguïté du « on »).