| Poe, Edgar Allan | Format lecture | ||||
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| 2. | « La race irritable des poètes » |
Né à Boston (Massachusetts), fils de parents comédiens perdus dès ses deux ans, Edgar Poe est recueilli par un riche négociant de Virginie, John Allan. Il reçoit une éducation traditionnelle, en Angleterre (de 1815 à 1820) puis à Richmond. Après une querelle avec celui qu’on pourrait appeler son « père adoptif » (à ceci près qu’il ne l’adopta jamais), qui lui reproche une vie « dissolue », Poe s’enfuit à Boston, où il publie à compte d’auteur son premier recueil de vers, Tamerlan et autres poèmes (Tamerlan and Other Poems, 1827), avant de s’engager dans l’armée. Renvoyé de West Point, rompant définitivement avec John Allan au moment de son remariage, il trouve refuge à Baltimore chez une tante sans fortune, Maria Clemm, dont il épousera la fille, Virginia, en 1836, à ses quatorze ans.
Après l’insuccès d’un second recueil, Al Aaraaf (Al Aaraaf Tamerlane and Minor Poems, 1929), le Manuscrit trouvé dans une bouteille (MS. Found in a Bottle, 1833) le fait suffisamment connaître pour lui valoir une recommandation auprès du Southern Literary Messenger de Richmond, où il s’installe et développe une double activité éditoriale : contes marqués par l’étrange (dont Morella et Bérénice [Berenice]) et critiques littéraires véhémentes. Son intransigeance lui fait rompre cette collaboration en 1837 pour tenter sa chance en terre ennemie, à New York, ajournant son projet de collection de ses textes narratifs sous le titre de Contes du club de l’in-folio (The Tales of the Folio Club), mais réussissant à faire paraître en volume les Aventures d’Arthur Gordon Pym (The Narrative of Arthur Gordon Pym, 1838), interrompues à Richmond sous leur forme précédente de feuilleton.
C’est à Philadelphie, à partir de 1838, que ses contributions au Burton’s Gentleman’s, puis Graham’s Magazine, en dépit de relations perpétuellement difficiles avec les directeurs-propriétaires successifs de la revue, imposent sa notoriété. Nouveaux contes — dont la Chute de la maison Usher (The Fall of the House of Usher, 1839), le Masque de la mort rouge (The Masque of the Red Death, 1842), le Cœur révélateur (The Tell-Tale Heart), le Chat noir (The Black Cat), le Scarabée d’or (The Gold Bug, 1843) —, récits à énigme — Double Assassinat dans la rue Morgue (The Murders of the Rue Morgue, 1841) — ou dialogues philosophiques — Colloque entre Monos et Una (The Colloquy of Monos and Una) — distinguent un indiscutable écrivain, dont la cérébralité aiguë peut susciter le malaise.
Mais la virulence des comptes rendus de Poe n’aide pas à lui ouvrir le chemin de New York, où l’hostilité des puissants rédacteurs maîtres de l’establishment littéraire fait obstacle à la reconnaissance de son génie, sans aller jusqu’à empêcher, en 1845, le triomphe qui salue la publication du poème le Corbeau (The Raven). La faillite du Broadway Journal (1846) le ramène à une retraite misérable, accompagnée d’une baisse sensible de sa production. S’il réussit à faire paraître une sélection de ses Contes (Tales, 1845), rattrapant ainsi l’échec de sa première tentative de 1840, ses créations se font rares, en dépit de ce chef-d’œuvre qu’est la Barrique d’amontillado (The Cask of Amontillado), et le commentaire tend à prendre de plus en plus de place (la célèbre et discutée Genèse d’un poème).
La mort de Virginia en 1847, les symptômes d’un déclin autant moral que physique, les abus de toutes sortes, des liaisons multiples, confuses, inabouties, à demi rêvées, marquent un irrésistible épuisement — qui rend d’autant plus remarquables le mystérieux poème Ulalume (1847), le grand essai Eurêka (Eureka, 1848) et le fameux Principe poétique (Poetic Principle, publication posthume). Retrouvé inconscient dans une rue de Baltimore, Poe meurt, sans doute d’une crise de delirium tremens ; pour ce gentleman fascinant, orgueilleux et rebelle, une fin quasi allégorique, comme si, frappé dans l’essence même de son génie, sa puissance intellectuelle, il rejoignait par là la légende des poètes damnés.