| Poe, Edgar Allan | Format lecture | ||||
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| 3. | Une poétique de la concaténation |
Ennemi des facilités offertes par les conventions autant que de celles supposées par l’improvisation, répugnant aux effusions lyriques comme aux expressions négligées — ce qui explique la virulence de la plupart de ses prises de position en matière de critique littéraire —, Poe fait reposer toutes les recherches de sa poétique sur la question de l’effet à viser et à produire dans les limites d’un texte donné. Valable en poésie, où elle suppose calculs minutieux, maîtrise des formes courtes, autonomie assumée du poème par rapport au sens, cette orientation prévaut encore dans la prose, le conte devant assurer avant toute chose l’unité indestructible de sa trame narrative.
Le choc qu’a représenté pour Baudelaire la découverte de la vie et de l’œuvre de Poe dépasse dans ces conditions largement les étranges effets d’échos qu’il a pu percevoir entre leurs vies respectives : c’est bien cette place éminente conférée dans le processus artistique à la concentration cérébrale qui l’a fasciné, antidote à la « vaporisation » exténuante du moi et condition même du génie poétique. D’où la légende qui a entouré un poème comme le Corbeau, où la mélancolie et les présages de la mort, qui submergent la conscience, ne le font qu’au prix d’une envoûtante construction, d’une exceptionnelle maîtrise prosodique et d’expérimentations métriques inouïes.
Assurément ancrée par sa thématique dans un fonds romantique, qui fait la part belle à Shelley, Coleridge ou encore Byron, la poésie rare de Poe n’a fait que s’en écarter toujours davantage, à la recherche de ressources renouvelées de l’évocation sonore ou rythmique, comme dans les Cloches (The Bells) ou dans Annabel Lee (1849).