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| 3. | Hommage et vassalité contre un fief |
| 1. | Cérémonie contractuelle |
C’est une cérémonie rituelle qui consacre la vassalité, comme c’est aussi le cas pour la chevalerie. Seigneur et vassal sont deux hommes libres qui s’unissent par des liens personnels et privés : le contrat vassalique leur donne des obligations et des droits l’un envers l’autre. Le vassal s’agenouille et place ses mains jointes dans celles de son seigneur qui referme les siennes sur elles. Le vassal exprime la volonté de se donner en disant, comme en France au XIIIe siècle : « Sire, je deviens votre homme ». Puis il prononce un serment de fidélité dans lequel il engage sa foi. Le seigneur redresse alors son vassal en face de lui. La cérémonie se conclut en France par un baiser sur la bouche, qui fait du vassal un « homme de bouche et de mains », une sorte d’égal.
Les deux contractants ont dès lors des droits et devoirs réciproques. Le vassal doit à son seigneur le conseil, qui consiste essentiellement en obligation de participer aux assemblées seigneuriales et, en particulier, de rendre la justice en son nom, et en aide militaire et éventuellement financière. Le vassal doit donc contribuer à l’administration de la justice et à l’armée seigneuriale. En contrepartie, le seigneur doit protection à son vassal.
L’investiture du fief intervient alors aussitôt. La concession du fief au vassal par son seigneur consiste en un geste symbolique, en la remise d’un objet : étendard, motte de terre, fétu de paille, verge, anneau, couteau ou gant. Ce geste caractéristique de la féodalité suit immédiatement l’hommage et la foi et, avant le XIIIe siècle, n’est consigné qu’exceptionnellement par écrit.
Contre le vassal félon, le seigneur peut prononcer des sanctions dont la principale est la confiscation du fief ou « commise ». Inversement, le vassal peut retirer sa foi à un seigneur qui a manqué à ses engagements. C’est le « défi » qui nécessite une proclamation personnelle de renoncement au fief.
Le pôle d’attraction du vassal cesse vite d’être le château seigneurial, où le vassal donne assistance et conseil, pour devenir le fief qu’il reçoit. L’hérédité, pièce essentielle du système féodal, assure l’emprise croissante du vassal sur son fief. Rapidement admise, au XIe siècle en France et au XIIe siècle en Germanie et en Angleterre, celle-ci est un moyen d’assurer la paix entre les guerriers. Elle oblige les seigneurs à résoudre des problèmes de tutelle quand le fief échoit à un enfant mineur ou à une fille incapable d’assurer le service militaire. En imposant à cette dernière un mari, le seigneur risque toujours de heurter des intérêts de lignages concurrents.
| 2. | Hommage lige |
En dehors des cas de rupture, le jeu politique dans le système féodal est rendu possible par la pluralité des engagements d’un même vassal, qui possède en outre ses propres vassaux, jusqu’au terme ultime du vavasseur, c’est-à-dire celui qui n’a pas de vassaux. La faculté de devenir l’homme de plusieurs seigneurs permet aux vassaux d’accorder au plus offrant une fidélité préférentielle. Pour se prémunir contre l’anarchie qui peut en résulter, les seigneurs les plus puissants tentent de se faire prêter par leurs vassaux un hommage prééminent : l’hommage lige. Mais, pour imposer un véritable service et soumettre son vassal à son autorité souveraine, le seigneur doit justifier de sa supériorité, mais cela ne concerne que ce qui relève de la foi jurée. Pour le reste, en cas de dommage, les alliances féodales étant discontinues, et en l’absence d’une puissance capable de rétablir un chevalier dans son droit, un seigneur ne peut avoir recours qu’à la vengeance et à la guerre privée.