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Renoir, Jean
1. Présentation

Renoir, Jean (1894-1979), réalisateur, producteur, scénariste et metteur en scène français à l’inspiration très éclectique et au style mariant la fantaisie et l’insolence au réalisme le plus familier.

Son œuvre, longtemps incomprise et mésestimée, apparaît aujourd’hui comme l’une des plus admirables du cinéma français.

2. Les premières années

Né à Montmartre, Jean Renoir est le second fils du peintre impressionniste Pierre-Auguste Renoir. Après des études médiocres, il s’engagea dans le corps des dragons en 1912. Soldat en 1914, il servit dans l’aviation à partir de 1916. Il rapporta de la guerre une blessure à la jambe qui le fit boiter toute sa vie. En 1920, il épousa l’un des modèles de son père, Andrée Heuchling, et s’installa comme céramiste. La sortie, en 1921, du film d’Erich von Stroheim Folies de femmes (Foolish Wives) décida de la suite de sa carrière.

Son premier long métrage, la Fille de l’eau (1924), était une fable bucolique à l’esthétique impressionniste, dans lequel jouaient sa jeune épouse — qui avait pris le pseudonyme de Catherine Hessling — et son frère aîné, Pierre Renoir. L’accueil mitigé réservé au film ne découragea cependant pas le cinéaste, qui se lança peu après dans une production coûteuse, Nana (d’après Émile Zola, 1926), puis dans une série de réalisations aux inspirations très diverses (la Petite Marchande d’allumettes, d’après Andersen, 1928 ; Tire-au-flanc, comédie militaire, 1928 ; On purge Bébé, d’après Feydeau, 1931) qui ne surent pas toujours convaincre le public.

3. La période réaliste

La Chienne (1931) marqua un tournant dans l’œuvre de Jean Renoir. Film parlant, adapté d’un roman de Georges de La Fouchardière, la Chienne offrait à Michel Simon l’un de ses plus beaux rôles — celui d’un petit-bourgeois jaloux, assassin et veule.

Après la Nuit du carrefour (d’après Simenon, 1932), dans lequel Pierre Renoir interprète le commissaire Maigret, le réalisateur tourna une série impressionnante de chefs-d’œuvre : Boudu sauvé des eaux (avec, de nouveau, Michel Simon, 1932), le Crime de M. Lange (avec Jules Berry, 1935), Une partie de campagne (1936, sorti en 1946) dont son neveu, Claude Renoir, signa la photographie, et les Bas-fonds (avec Louis Jouvet, 1936).

Puisant son inspiration dans les romans de Gorki ou dans les nouvelles de Maupassant, Jean Renoir fit preuve d’un sens aigu du réel, qu’il mit au service d’un véritable naturalisme poétique. Lié au groupe Octobre, il fit peu à peu appel à des collaborateurs (Jacques Prévert, Roger Blin) qui donnèrent à sa production une dimension ouvertement politique, marquée par les idées du Front populaire (La vie est à nous, 1936 ; le Crime de M. Lange, la Marseillaise, 1936) et qui allait ouvrir la voie au néoréalisme italien.

Avant la Seconde Guerre mondiale, Jean Renoir essaya, avec la Grande Illusion (1937), de promouvoir un message de paix, faisant tourner, en manière d’hommage, son père spirituel Erich von Stroheim aux côtés de Jean Gabin. Dans la Bête humaine (1937), il s’efforça de mettre en scène les enjeux sociaux de l’époque. Dans son chef-d’œuvre, la Règle du jeu (1939), il prévoyait l’effondrement des valeurs humanistes et brossait un tableau sans complaisance des mœurs de la société française. L’œuvre témoigne d’une nouvelle appréhension de l’espace cinématographique, aussi bien dans le découpage de l’espace que dans le montage discontinu du temps de l’action.

4. La période américaine et les dernières œuvres

Exilé aux États-Unis en 1940 (laissant inachevée une adaptation de la Tosca par Victorien Sardou, qui sera finalement tournée par Carl Koch), Jean Renoir prit la nationalité américaine. S’il s’adapta difficilement au système hollywoodien, il réalisa néanmoins plusieurs œuvres de commande, notamment des films de propagande (Vivre libre / This Land is Mine, avec Charles Laughton, 1943 ; Salut à la France / A Salute to France, 1944) et des adaptations littéraires (le Journal d’une femme de chambre / The Diary of a Chambermaid, d’après Octave Mirbeau, 1946), avant de partir en Inde tourner le Fleuve (The River, 1951), film en couleurs, contemplatif et serein, d’un humanisme parfois désenchanté. L’œuvre eut une influence durable sur le cinéma indien lui-même.

De retour en Europe au début des années 1950, Jean Renoir tourna encore le Carrosse d’or (d’après Prosper Mérimée, 1952), French Cancan (avec Jean Gabin et Françoise Arnoul, 1955), Elena et les Hommes (avec Ingrid Bergman et Jean Marais, 1956) et le Caporal épinglé (d’après Jacques Perret, 1962). Rencontrant des difficultés de plus en plus importantes à produire ses films, il se tourna vers la télévision (le Petit Théâtre de Jean Renoir, 1969-1971) et se consacra plus largement à l’écriture : il publia un livre sur son père, Renoir, mon père (1962), son autobiographie, Ma vie et mes films (1974), un essai (Écrits 1926-1971, 1974), quelques pièces de théâtre (Orvet, 1955) ainsi que plusieurs romans (les Cahiers du capitaine Georges, 1966 ; le Crime de l’Anglais, 1979). En 1970, il prit sa retraite à Beverly Hills, où il mourut en 1979.