Comédie-Française
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Comédie-Française
2. Histoire de la Maison de Molière

Également appelée le Théâtre-Français (le Français) ou la Maison de Molière, la Comédie-Française, née de la réunion de trois grandes compagnies du théâtre parisien, est le plus ancien théâtre national au monde.

1. Les débuts de la Comédie-Française

En 1673, après la mort de Molière, sa compagnie de l’Illustre Théâtre s’associe avec une troupe rivale, le Théâtre du Marais, et commence à se produire sous le nom de Théâtre du Guénégaud. En 1680, en vertu d’un édit du roi Louis XIV, le Guénégaud fusionne avec la plus ancienne troupe de Paris, celle de l’Hôtel de Bourgogne (où Racine a monté ses propres pièces). La compagnie unifiée se voit octroyer le monopole de toutes les nouvelles représentations de pièces françaises. Elle donne sa première représentation commune le 25 août 1680. Le mois suivant, le roi consacre la troupe unique, composée de 27 comédiens et comédiennes qu’il choisit sur leur talent exceptionnel pour « rendre les représentations des comédies plus parfaites ». En 1682, les comédiens bénéficient d’une pension de tutelle, mais se trouvent par là-même assujettis aux caprices du souverain. La troupe prend le nom de Comédie-Française pour se distinguer de sa rivale la Comédie-Italienne, troupe vouée à la commedia dell’arte ; celle-ci reprend l’Hôtel de Bourgogne abandonné.

La Comédie-Française fait ses débuts au Guénégaud, puis, en 1689, doit déménager dans ce qui va devenir la rue de l’Ancienne-Comédie. Les nouveaux auteurs de la Comédie-Française sont Marivaux et Beaumarchais (qui lui préfèrent cependant le jeu de la Comédie-Italienne) et surtout Voltaire qui leur confie quelque trente pièces. On y applaudit alors l’actrice Adrienne Lecouvreur ou les comédiens Brizard et Dazincourt. Peu à peu, la troupe s’affirme et devient de plus en plus indépendante par rapport aux Premiers gentilshommes de la Chambre. De nouveaux genres, comme la comédie larmoyante ou le drame bourgeois, entrent au répertoire. En 1770, la troupe se déplace aux Tuileries, et en 1789, on construit pour elle le Théâtre de l’Odéon qui est inauguré avec le Mariage de Figaro.

2. La Comédie-Française sous la Révolution

Lors de la Révolution française, la compagnie — qui prend le nom de Théâtre de la Nation — reprend les droits civils dont ses comédiens sont historiquement privés, mais perd sa pension royale. Des décrets de 1790 et 1791 abolissent par ailleurs son monopole sur le répertoire français. La troupe se scinde en deux camps, la faction libérale, menée par François-Joseph Talma, émigrant vers le siège actuel de la compagnie (rue de Richelieu), dans le Théâtre de la République. En 1793, les Comédiens-Français restés au Théâtre de la Nation sont arrêtés et condamnés à la guillotine, avant d’être sauvés in extremis. Sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur et membre du Directoire, François de Neufchâteau, les Comédiens-Français sont réunis et s’installent rue Richelieu, où la nouvelle Comédie-Française est créée le 11 prairial an VII (30 mai 1799). Par un décret de Napoléon Ier, en 1803, ils obtiennent la protection impériale — Talma est d’ailleurs le comédien favori de Napoléon. En 1816, une compagnie rivale s’installe dans l’Odéon reconstruit après son incendie en 1799 : elle en fait le deuxième théâtre de France.

3. La Comédie-Française au xixe siècle

Au xixe siècle, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny ou Victor Hugo entrent au répertoire, Mademoiselle Mars triomphe sur scène, dans le rôle de Doña Sol, tandis qu’éclate la bataille d’Hernani. Première comédienne du Théâtre français, Mademoiselle Rachel est la plus grande tragédienne du début du xixe siècle. Le prince Louis Napoléon nomme, en 1849, un administrateur général dépendant du ministère de la Culture, pour gérer les fonctions administratives et financières du théâtre ; il rétablit par ailleurs la censure. En 1871, la troupe organise une tournée à Londres, renflouant ainsi ses caisses. Sous l’administration du metteur en scène Émile Perrin (1871-1885), le Français se dote de vedettes telles Sarah Bernhardt, Mounet-Sully ou Benoît Constant Coquelin. Émile Perrin inaugure par ailleurs le système d’abonnements. La troupe connaît de nombreuses crises financières et les comédiens s’associent aux premiers pas du cinématographe et de la radiophonie.

4. La Comédie-Française au xxe siècle

Le xxe siècle voit la Comédie-Française privilégier la mise en scène, avec notamment de grands noms (Louis Jouvet, Gaston Baty, Jacques Copeau, Pierre Dux ou Jean-Louis Barrault) et le répertoire s’enrichit de textes contemporains français mais aussi étrangers. Sous l’administration de Maurice Escande (1960-1970) le Français ouvre ses portes à de nouveaux comédiens et à des metteurs en scènes extérieurs. Sous le mandat de Jacques Lassalle (1990-1993), le théâtre du Vieux-Colombier est réouvert et attribué à la Comédie-Française.

En 1994, une grande exposition des trésors (costumes, maquettes, tableaux, etc.) du Français est organisée à l’occasion de travaux de modernisation du théâtre. L’année suivante, le théâtre devient un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) sous la tutelle du ministère de la Culture. En 1996, la Comédie-Française bénéficie d’un nouvel espace, le Studio-Théâtre, au Carrousel du Louvre ainsi que de la création d’une théâtrothèque et de salons littéraires.