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| 4. | Le vêtement dans le monde non occidental |
Hors de la sphère d'influence occidentale, les traditions vestimentaires ont davantage perduré. Leurs variations dues aux conquêtes et aux migrations ont souvent été superficielles et n'ont pas modifié profondément l'aspect du costume. Toutefois, là où l'Occident a pris une place prépondérante, les vêtements traditionnels ont été remplacés. Ce fut le cas en Amérique latine où les Espagnols ont imposé leur propre mode de vie. En Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, cependant, de nombreux aspects du vêtement traditionnel ont survécu. Dans ces régions, ce sont les conquêtes musulmanes qui ont influencé l'évolution du costume.
| 1. | En Afrique |
Le vêtement traditionnel en Afrique est plutôt drapé qu'ajusté. Il varie entre le pagne et la robe drapée à motifs élaborés. On peut détecter l'influence du Moyen-Orient en Afrique du Nord, au sud du désert du Sahara et dans l'est de l'Afrique : la robe est alors cousue et on lui ajoute un drapé ou une sur-robe semblable au caftan.
| 2. | Au Proche Orient |
Le vêtement du Moyen-Orient révèle un mélange d'influences venues de l'époque antique. On trouve ainsi une riche variété de traditions vestimentaires adaptées et ajustées aux climats et aux activités locales. Le costume du Moyen-Orient est longtemps resté basé sur la tradition antique, mis à part dans l'usage de la soie introduite au début de l'Empire byzantin. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, le vêtement occidental fabriqué en usine a rapidement remplacé une grande partie des vêtements traditionnels faits à la main dont le coût était plus élevé. Néanmoins, on assiste aujourd'hui à la renaissance des tenues traditionnelles, reflétant la montée du nationalisme et le retour aux valeurs musulmanes fondamentales.
| 3. | En Inde |
Avant les conquêtes musulmanes au XVIe siècle, le vêtement en Inde (pagne et sari) est une continuation de la tradition antique. Les influences du Moyen-Orient arrivèrent avec l'Empire moghol et elles sont manifestes dans le costume princier. Les influences de l'Empire moghol ont été beaucoup plus importantes sur le vêtement traditionnel indien que ne l'a été l'influence occidentale sous l'Empire britannique.
Les musulmans qui conquirent le nord de l'Inde transformèrent radicalement le vêtement indien à partir du XIIe siècle. Ils introduisirent le jamah (manteau à manches longues), l'isar (pantalon large) et le farji (long manteau pour les fonctionnaires et les érudits) pour les hommes. Les restrictions religieuses interdisaient aux hommes de porter de la soie et la plupart des vêtements étaient en coton ou en laine. Ces styles ont été perpétués dans les tenues modernes au Pakistan et au Bangladesh. À l'origine, le costume féminin était composé de pantalons, de longs corsages et de vestes courtes qui furent bientôt remplacés par des jupes (portées avec un sari) et des corsages courts dont l'usage est encore courant aujourd'hui.
Le vêtement en Inde du Sud conserva les formes traditionnelles du dhoti et du sari, avec de longs manteaux pour les hommes (les gilets Nehru) et des jupes pour les femmes. Ces styles sont représentatifs du vêtement indien moderne.
| 4. | En Chine |
Le vêtement chinois conserva la robe traditionnelle comme élément de base. Au sein de l'État, les charges étaient désignées par des couleurs et des motifs distincts élaborés dès le VIIe siècle apr. J.-C. sous la dynastie Tang. Les tableaux des dynasties Song et Tang révèlent l'existence de robes élaborées pour les fonctionnaires et de robes fluides à taille haute pour les femmes. Les villes de ces premières dynasties étaient apparemment des centres dynamiques de la mode, en particulier sous la dynastie Tang, sous laquelle de nouveaux styles furent régulièrement introduits d'Asie centrale et d'ailleurs. Les érudits reconnus comme tels portaient un chapeau noir aux longues oreillettes comme signe de leur statut. Après 1391, la dynastie Ming introduisit les « carrés mandarins », insignes de rangs aux motifs d'oiseaux ou d'animaux, pour les neuf rangs de la cour. Les femmes de cette époque portaient généralement des jupes plissées et de longues vestes.
Les conquérants mandchous, qui établirent la dynastie Qing en 1644, introduisirent les traditions vestimentaires des nomades de la steppe et abandonnèrent les robes de cour de la dynastie précédente. Des robes de cour de toute longueur (chaofu), aux manches longues bordées de fourrure ainsi que des robes moins formelles aux manches amples (jifu) furent mises à la mode à la cour. Leurs motifs et leurs couleurs indiquaient de façon précise le rang de ceux qui les portaient. Une longue robe simple (changfu) composait la tenue quotidienne des hommes comme des femmes de toutes les classes. Les femmes conservèrent certains éléments vestimentaires Ming, mais adoptèrent des robes à long col sans taille marquée. Les paysans portaient des vestes aux cols relevés et des pantalons doublés de plusieurs épaisseurs.
L'élément le plus caractéristique du vêtement chinois moderne, le cheongsam, fut introduit dans les années 1920 comme compromis entre les styles traditionnels et les influences occidentales. Il pouvait être rembourré en hiver. Après la prise de pouvoir des communistes en 1949, le vêtement de type rural fut imposé au peuple chinois et les restrictions furent assouplies dans les années 1960. La mode chinoise moderne a tendance à suivre les styles occidentaux et japonais.
| 5. | En Corée |
La veste, le pantalon et le pardessus furent sans doute portés très tôt en Corée, mais le costume deux-pièces caractéristique apparut probablement vers les premiers siècles av. J.-C., composé de vestes étroites et de pantalons courts, souvent de couleur blanche. La noblesse copia les styles chinois de la dynastie Tang au VIIe siècle av. J.-C., utilisant des robes amples, des manteaux (turumagi) et des pantalons volumineux. Les femmes coréennes commencèrent à adopter des jupes plissées (ch'ima) au XVe siècle. Les paysans continuèrent à porter des vestes et des pantalons. Les hommes adoptèrent les carrés mandarins comme signe de reconnaissance de leur rang et le haut chapeau noir à large bord fait avec du crin. Avec le pantalon noué aux chevilles, ces éléments constituent le style typique des hommes coréens d'un certain âge aujourd'hui, tandis que le vêtement national des femmes conserve la veste courte ou corset et la jupe à taille haute dont la ceinture est faite d'un large ruban.
| 6. | Au Japon |
Les premiers vêtements japonais sont conservés dans les haniwa, statuettes funéraires en poterie datant du IIIe siècle av. J.-C. Le costume était composé de vestes évasées communes aux deux sexes, de pantalons larges (hakama) pour les hommes et de jupes plissées pour les femmes. Pendant la période Nara (710-794), la noblesse adopta des robes de cour longues, d'inspiration chinoise, qui furent à l'origine du kimono. Celui-ci perpétue plus particulièrement la mode féminine de la dynastie chinoise Tang. Le vêtement de la noblesse évolua sous la période Heian (794-1185) vers des costumes élaborés à plusieurs épaisseurs. Les hommes portaient des vestes amples arrivant aux hanches et des pantalons larges, tandis que les femmes étaient vêtues de longues robes à traîne qui dissimulaient entièrement le corps. Les hommes portaient aussi des chapeaux de cour. Les robes des femmes étaient richement décorées de délicats motifs répartis avec soin à travers les multiples couches de leur tenue. Le peuple portait des tuniques courtes ou des vestes avec des pantalons. Le vêtement dans l'économie de troc de l'époque faisait office de substitut commun de l'argent. Les chaussures étaient de simples sandales ou des claques en bois.
Les daimyo et les samouraï, qui dominèrent le Japon après 1185, introduisirent le kamishimo, surveste sans manches comprenant des épaulettes sur lesquelles était porté l'insigne du clan. La tenue standard pour les hommes devint le hakama plissé porté par-dessus un kimono, parfois agrémenté du kamishimo ou manteau court noir haori. Sous les shoguns Ashikaga, les femmes de haut rang commencèrent à utiliser le kimono à manches courtes (kosode) avec une large ceinture (obi), recouvert d'un kimono plus grand. La tenue féminine s'élabora ainsi peu à peu, s'agrémentant d'un kimono furisode aux manches plus longues destiné aux femmes plus jeunes, puis plus tard d'un manteau haori. L'obi devint plus large et plus décoratif, avec son nœud saillant souvent à l'arrière et décoré avec une telle complexité que celle qui le portait ne pouvait s'adosser contre une chaise. Après la restauration de Meiji en 1868, le Japon fut le premier pays d'Asie à adopter officiellement la mode occidentale pour les fonctions de cour et le costume militaire. Tout en conservant le kimono traditionnel, le Japon a su prendre position sur la scène internationale de la haute couture et du prêt-à-porter.
| 7. | En Asie du Sud-Est |
Le vêtement en Asie du Sud-Est utilise le drapé de manière exceptionnelle : ses pantalons ressemblant à ceux de la Perse antique sont associés à un manteau à manches ouvertes ou un gilet sans manches. L'aristocratie et les familles royales portent un vêtement de cérémonie à l'élaboration impressionnante et à la décoration semblable à leur tradition architecturale.