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| 2. | Les migrations internationales |
| 1. | Les routes migratoires |
Le choix des routes migratoires a longtemps été influencé par la tendance des migrants à rechercher un environnement semblable à celui qu’ils quittaient ; l’existence de barrières naturelles difficilement franchissables (déserts, montagnes, mers et océans) a joué un rôle important, par exemple le Sahara qui a longtemps coupé l’Afrique en deux, mais également la chaîne himalayenne isolant la Chine du sous-continent indien. D’autres régions à l’inverse ont pu constituer en raison de leur emplacement géographique ou de conditions naturelles favorables des points de passages privilégiés, comme la péninsule du Sinaï entre l’Afrique et l’Asie et la région du Bosphore entre l’Europe et l’Asie. D’une façon générale, et jusqu’à une époque récente, l’orientation d’un grand nombre de migrations était transversale (d’est en ouest), les mouvements d’une zone tropicale vers les zones tempérées ou l’inverse (mouvements sud-nord ou nord-sud) ayant été relativement rares. Il a fallu attendre la maîtrise progressive par l’homme de l’espace maritime et aérien, ainsi que l’évolution des moyens de communication, pour voir la tendance s’équilibrer puis s’inverser.
| 2. | Les migrations anciennes |
Le principe migratoire n’est pas simplement lié aux concepts de nation et de frontière, de création assez récente à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Les individus se sont en effet toujours déplacés hors de leurs foyers d’origine. Le premier grand mouvement migratoire remonterait selon les paléontologues à quelque dix millions d’années et résulterait de la fracture de la vallée du Rift en Afrique orientale, qui aurait contraint les primates supérieurs à partir vers l’est tandis que restaient à l’ouest les australopithèques. Par la suite, l’Homo habilis, apparu il y a deux millions d’années, puis l’Homo erectus, auraient peu à peu colonisé l’ensemble de la planète.
Le bassin méditerranéen a longtemps constitué un centre vers lequel ont convergé les principaux flux migratoires : les peuples indo-européens s’installent en Grèce et dans les îles avoisinantes au IIIe millénaire avant notre ère, suivis à l’âge du bronze ancien (2 000 av. J.-C. à 1 500 av. J.-C.) par des peuples venus du Nord tels les Hellènes (Achéens, Ioniens et Éoliens), qui donnent naissance à une civilisation originale, la civilisation mycénienne. Cette dernière disparaît pourtant quatre siècles plus tard, ébranlée par les invasions doriennes. À la même époque, de l’autre côté de la Méditerranée, l’invasion du pays de Canaan par les tribus hébraïques entre le xxe et le xve siècle avant notre ère contraint, pour la première fois de l’histoire, un peuple à abandonner le polythéisme au profit du monothéisme.
La colonisation entre les viie et vie siècles av. J.-C. des côtes de la mer Noire et de la partie occidentale du bassin méditerranéen constitue la dernière migration du monde hellénique. De nombreuses cités envoient alors des petits groupes d’émigrants fonder des comptoirs sur les côtes encore libres. C’est ainsi que naissent les cités de Massalia (Marseille), Agrigente ou Syracuse.
| 3. | Les invasions barbares et médiévales |
Les mouvements des peuples germaniques (Völkerwanderungen) qui, entre le iiie et le vie siècle apr. J.-C., se sont installés en Occident et en Afrique du Nord, sont quant à eux le produit du déplacement des peuples nomades d’Asie centrale, en l’occurrence les Huns, qui précipite la chute de l’Empire romain (voir Grandes Invasions).
Les invasions arabes du viie et viiie siècles sont d’une autre nature, puisque leurs motivations sont liées à des préoccupations avant tout religieuses. Unies sous la bannière de l’islam, les tribus arabes se répandent de l’est de la Perse jusqu’au Turkestan chinois, et de l’ouest de l’Égypte jusqu’à l’Espagne. Au xie siècle, le flambeau de l’expansion islamique est repris par les Turcs seljoukides ; chassé d’Asie centrale par les Chinois, ce peuple nomade converti à l’islam s’installe en Asie Mineure, en Arménie et en Syrie.
Enfin, au xiiie siècle, les tribus mongoles, placées sous le commandement du célèbre Gengis Khan, quittent les steppes désertiques d’Asie centrale avant d’étendre leur empire de la Chine à l’Asie Mineure, et s’emparent également de certaines parties de l’Europe orientale.
Quelle que soit leur spécificité, les migrations anciennes sont avant tout le produit d’un déplacement d’un groupe ethnique important, dans le cadre de régimes autoritaires, et sont souvent le fait de populations nomades ou sédentaires repoussées par des peuples plus forts.
| 4. | Les migrations modernes |
À partir du xve siècle, l’expansion européenne et la constitution d’empires coloniaux bouleversent les univers culturels jusque-là relativement isolés et de nouvelles formes de migrations apparaissent, s’exprimant par des volontés individuelles ou de groupes d’individus en quête de mieux-vivre, de liberté. Les exceptions à ce modèle « idéal » sont néanmoins nombreuses, comme en témoignent les 20 millions d’Africains transportés de force en Amérique, les populations déportées ou déplacées, les réfugiés…
Jusqu’au début du xxe siècle, ces migrations sont avant tout transocéaniques, emmenant des millions de personnes vers les Caraïbes, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Australasie à partir de l’Europe occidentale puis de l’Europe méditerranéenne et orientale. Ce flux, essentiellement composé d’émigrants d’origine rurale sans qualification particulière, correspond à l’occupation et à la mise en valeur des pays neufs. À partir de 1930, ces grands mouvements transocéaniques déclinent ou cessent, du fait de la récession économique et d’une politique plus restrictive des pays d’accueil, notamment les États-Unis.
Dans l’immédiat après-guerre, on observe trois types principaux de migrations (impliquant environ 30 millions de personnes ayant quitté ou retrouvé leur foyer) : le rapatriement des prisonniers, des déportés et des travailleurs réquisitionnés ; les déplacements de populations consécutifs aux modifications territoriales (transferts de Polonais, de Russes et d’Allemands) ; enfin l’exode volontaire de populations hostiles aux nouveaux régimes communistes en Chine, en Europe centrale et orientale.
Avec la décolonisation, de nouvelles vagues de migrations affectant parfois des masses humaines considérables se mettent en place. La partition des Indes britanniques contraint ainsi près de 7 millions de musulmans à quitter l’Inde pour le Pakistan et 6 millions d’hindous à refluer vers l’Inde. En Algérie, les accords d’Évian de 1962 précipitent le rapatriement en France de plusieurs centaines de milliers de personnes. Dans le même temps, les anciens courants dirigés vers les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine sont partiellement rétablis, tandis que, phénomène nouveau, les pays industrialisés européens qui connaissent une forte croissance se révèlent à leur tour d’importants « demandeurs » d’immigrés.
| 5. | Évolution actuelle des migrations internationales |
De 82 millions en 1970, le nombre de migrants internationaux est passé à 175 millions en 2000. Cette évolution s’accélère (près de 200 millions en 2005) et se caractérise par une forte hausse du nombre d’immigrés clandestins. On estime ainsi qu’entre 10 p. 100 et 15 p. 100 des 56 millions d’immigrés en Europe sont des clandestins et qu’environ 500 000 immigrés sans papiers entrent chaque année dans l’Union européenne. Cette immigration irrégulière est liée aux conditions économiques dans les pays de départ, ainsi qu’aux problèmes de mauvaise gouvernance et de violation des droits de l’homme. Dans les pays d’arrivée, elle est entretenue non seulement par une demande en main d’œuvre flexible et bon marché, mais aussi par le manque d’opportunités de migration régulière, dans un contexte international marqué par un durcissement du contrôle de l’immigration. Face à la nécessité de freiner les flux migratoires, les pays d’arrivée intensifient leur lutte contre l’immigration illégale, le contrôle de leurs frontières ainsi que le rapatriement des clandestins dans leur pays d’origine. Outre ces mesures, dont l’efficacité est incertaine face à la résolution de candidats à l’immigration souvent mus par le désespoir, les experts préconisent aussi, d’une part, de faciliter l’immigration légale dans les pays d’arrivée et, d’autre part, de contribuer davantage au développement économique des pays de départ (en particulier en Afrique subsaharienne).
En chiffres absolus, les États-Unis sont le pays où l’on trouve le plus grand nombre de migrants : plus de 35 millions, et près de 10 millions de clandestins (Mexicains et Centre-Américains notamment). Toutefois, le poids de la population immigrée est proportionnellement supérieur dans quelques pays d’Europe occidentale qui ont attiré pendant la période de croissance industrielle rapide des dizaines de millions de travailleurs venus d’Europe du Sud, des pays d’Afrique et d’Asie et depuis la chute des régimes communistes, d’Europe de l’Est. Depuis le début des années 1970, cette immigration motivée essentiellement par la recherche d’un travail est devenue pour une large part une migration d’établissement, pour autant que cette transformation ait été rendue possible par les législations nationales concernées.
Les autres grandes régions mondiales d’immigration sont le Canada, l’Australie, les pays du Golfe et la Libye — dans ces deux derniers cas, le phénomène de déplacement est lié aux possibilités d’emploi offertes par les économies pétrolières. Les principaux pays d’origine sont la Chine, l’Inde et les Philippines. En Europe, la majorité des immigrés proviennent dans les années 2000 de l’Afrique subsaharienne.
| 6. | Statut juridique des migrants et causes des départs |
Il est possible de distinguer quatre types de migrants internationaux, et autant de motifs de départ, à partir de critères juridiques : les personnes déplacées, chassées de leur pays d’origine ou de résidence à la suite de décisions politiques (déportés juifs ou tsiganes, populations germanophones déplacées d’Europe de l’Est en 1945) ; les réfugiés (par exemple, Kosovars ou Rwandais) qui fuient leur pays en raison de conflits ou de persécutions ; les émigrants économiques, qui souhaitent changer de pays afin d’améliorer leur situation ou pour des raisons purement professionnelles (ingénieurs, chercheurs scientifiques et ouvriers qualifiés) ; enfin les étudiants, généralement en provenance du tiers-monde, venant poursuivre une formation dans les universités occidentales.
| 7. | Caractéristiques des migrants internationaux |
Un certain nombre de traits communs aux divers « champs migratoires » étudiés dans le monde ont été établis. Dans sa première phase, la migration est souvent composée pour une large part d’hommes jeunes, célibataires et à faible qualification ; la répartition spatiale des migrants montre clairement les liens qui les attachent aux activités industrielles lourdes ou à certaines activités de services pénibles; en Allemagne, les communautés immigrées les plus importantes se trouvent ainsi à Munich, Stuttgart ou Francfort, villes les plus industrialisées du pays. Aux États-Unis, les migrants du Mexique et des Caraïbes fournissent de gros contingents de main-d’œuvre à l’économie agricole et aux secteurs industriels et des services dans les grandes métropoles comme New York, Chicago et Los Angeles. Souvent placés en marge de la société du pays qui est censé les accueillir, ils vivent à moindre frais dans des hôtels meublés et des appartements peu confortables afin de pouvoir envoyer l’argent économisé dans leur pays. Vient ensuite une deuxième phase qui correspond au regroupement familial, encouragé par l’Organisation internationale du travail (OIT), les associations humanitaires et les pouvoirs publics dans certains cas (pour des raisons de sécurité). La troisième phase, enfin, correspond à l’apparition de la « deuxième génération » des migrants, souvent nés dans l’émigration, dont l’intégration dans la société d’accueil ou au contraire le retour dans la patrie d’origine, dépend de nombreux facteurs économiques, sociaux ou culturels. (voir immigration)
À l’intérieur d’un même pays, la situation des groupes de migrants varie néanmoins beaucoup selon leur origine nationale, leur statut, la durée de leur séjour et l’ancienneté d’établissement du courant migratoire. Les populations immigrées ne sont pas à l’abri de manifestations de racisme, exacerbées pendant les phases de décélération ou de crise économique, ou par l’afflux de personnes sans papiers.
En outre, depuis les années 1960, des personnes disposant d’une haute qualification migrent non seulement des pays en voie de développement vers les pays industriels, mais également et surtout des pays développés vers d’autres pays développés leur offrant de meilleures conditions de travail et des salaires plus élevés. Les États-Unis sont les principaux bénéficiaires de cette « fuite des cerveaux » (brain drain) ; l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Suède ou la France perdent chaque année plusieurs milliers de spécialistes et de scientifiques.
| 8. | Les effets des migrations internationales |
Du fait de leur caractère sélectif, les migrations ont des effets complexes. Dans les régions d’émigration, elles contribuent parfois à soulager la pression démographique, mais ont des conséquences souvent néfastes : l’effet des sommes d’argent envoyées par les migrants à leur famille n’est certes pas négligeable ; toutefois celles-ci ne sont pas toujours employées dans des investissements productifs et suscitent par ailleurs des besoins nouveaux qui sont l’apanage d’une société industrielle (consommation somptuaire par effet de « démonstration »). Les qualifications professionnelles acquises à l’extérieur sont quant à elles souvent limitées et rarement réutilisables sur place.
Dans les pays d’accueil (ou pays d’immigration), les avantages dépassent de loin les inconvénients : les salaires plus bas comparés à ceux des habitants du pays d’accueil permettent de réduire d’autant les coûts salariaux ; les coûts sociaux d’éducation et de santé à la charge du pays d’arrivée sont réduits, en comparaison des avantages fournis ; enfin, l’argent expédié vers l’extérieur provoque des effets anti-inflationnistes — en 2004, les fonds transférés officiellement représentent 150 milliards de dollars, soit trois fois plus que l’aide internationale au développement.