| Indépendance américaine, guerre de l' | Format lecture | ||||
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| 2. | Aux origines du conflit |
| 1. | Treize colonies britanniques en Amérique |
La fin de la guerre de Sept Ans (1756-1763) — commencée en Amérique du Nord en 1754, et connue en Amérique sous le nom de guerre française et indienne — dépossède la France de la majorité de ses territoires du continent nord-américain et d’Inde, au profit de l’Empire britannique. Ainsi, le Royaume-Uni, devenu la puissance prédominante en Occident, connaît un fabuleux développement de son commerce maritime. Le roi George III (qui monte sur le trône en 1760) est déterminé à exercer son autorité sur tous ses territoires. Cependant, sa maladresse provoque une instabilité politique et un manque de fermeté dans la conduite des affaires intérieures, au moment où apparaissent les premières tensions avec les colonies américaines.
| 1.1. | Le Stamp Act (loi sur le timbre) |
Avec la guerre de Sept Ans, les autorités britanniques ont réalisé que les colons d’Amérique ne respectaient ni les Navigation Acts (lois sur la navigation), ni l’autorité impériale : pendant le conflit, les colons ont continué à commercer avec l’ennemi français et à passer des marchandises en contrebande ; les assemblées coloniales ont pour leur part constamment refusé de procurer hommes et ravitaillement. Après la guerre, le Royaume-Uni se trouve fortement endetté. Il doit également faire face à de nouveaux engagements financiers pour administrer les tout nouveaux territoires d’Amérique du Nord.
En mars 1765, exigeant que les lois sur la navigation soient désormais scrupuleusement respectées et que les colons participent au coût de la défense de l’empire, le Parlement de Londres adopte le Stamp Act (loi sur le timbre) afin d’augmenter les revenus du Trésor. Aux yeux des colons, la loi sur le timbre viole le droit des sujets britanniques de ne pas être taxés sans consentement de leurs représentants (or, les colons ne sont pas représentés au Parlement) ; elle touche ainsi à l’indépendance des assemblées coloniales et semble être la première étape d’un complot visant à les priver de leur liberté.
Organisées par les Fils de la Liberté (une société secrète), des émeutes éclatent dans les cités portuaires des colonies. Le boycott colonial décidé par les assemblées coloniales, parallèlement aux marchands, est si efficace que le commerce entre le Royaume-Uni et l’Amérique est paralysé. En octobre 1765, des délégués venus de neuf colonies se rencontrent à New York lors du congrès contre le Stamp Act, et adressent des motions au Parlement et au roi expliquant les doléances coloniales. Le Parlement abroge la loi sur le timbre en mars 1766, cédant non pas aux objections constitutionnelles des colons à l’égard des taxations mais à la demande des marchands britanniques, touchés par la crise économique.
| 1.2. | Les lois Townshend |
L’abrogation du Stamp Act ne résout pas les problèmes financiers de l’empire. C’est pourquoi le Parlement — qui n’a pas abandonné l’idée de taxer les colonies — adopte en 1767 les lois Townshend, du nom du chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances) Charles Townshend. Ces lois imposent une taxation sur plusieurs matières premières (plomb, verre, thé, peinture et papier) que les colons américains doivent importer d’Angleterre. Pour renforcer sa propre autorité et le pouvoir des officiers royaux coloniaux, le Parlement, toujours à la demande de Townshend, crée également l’American Board of Customs Commissioners (le bureau américain des commissaires aux douanes), dont les membres sont chargés d’appliquer scrupuleusement les lois sur la navigation. Les revenus tirés des nouveaux tarifs douaniers doivent permettre aux officiers royaux de ne plus dépendre financièrement des assemblées coloniales, ce qui empiète encore sur l’autonomie de celles-ci.
Une nouvelle fois, les colons protestent violemment. Les Fils de la Liberté organisent des protestations contre les officiers des douanes, les marchands signent des accords de non importation des produits britanniques, et les Filles de la Liberté prônent la non consommation des produits taxés par les lois Townshend. La législature du Massachusetts fait parvenir aux autres colonies une circulaire condamnant les lois Townshend et appelant à une résistance unie des colons américains. Les officiers britanniques ordonnent alors la dissolution du tribunal général du Massachusetts s’il ne retire pas cette circulaire. Le tribunal, qui refuse par 92 voix contre 17, est dissous. Outrées de voir les Britanniques s’immiscer dans une législature coloniale, les autres assemblées coloniales signent la circulaire, en geste de défi. En d’autres termes, les actions britanniques ne font que renforcer la contestation américaine.
| 1.3. | Du massacre au Tea Party de Boston |
La situation explose le 21 juin 1768, lorsque les officiers des douanes saisissent le bateau Liberty de John Hancock, un marchand de Boston. Des milliers de Bostoniens se rebellent. Quand la nouvelle de l’émeute du Liberty est connue à Londres, quatre régiments de l’armée britannique (soit 4 000 soldats environ) sont détachés à Boston pour protéger les commissaires aux douanes, menacés par les habitants.
Le mépris dont font preuve les troupes britanniques à l’égard des colons mène inévitablement à la violence. Le 5 mars 1770, un drame éclate entre les troupes britanniques et les citoyens de Boston, qui huent et conspuent les soldats. L’armée tire, tuant cinq personnes. Le massacre de Boston fait naître une grande rancœur dans la colonie.
Pour répondre aux boycotts économiques des colonies, le Parlement de Londres, guidé par le nouveau Premier ministre, lord Frederick North, abroge les lois Townshend en 1770, mais conserve la taxe sur le thé pour favoriser la Compagnie des Indes orientales britannique. À Philadelphie et à New York, les colons interdisent aux navires britanniques de décharger le thé. Lors de la célèbre Tea Party de Boston, un groupe de citoyens, déguisés pour la plupart en Amérindiens, aborde le bateau du capitaine Hall et jette les caisses de thé à la mer.
| 1.4. | Les lois de coercition |
En représailles, le Parlement adopte, en 1774, les lois de coercition — rebaptisées par les colons « lois intolérables ». L’une des mesures consiste en la fermeture du port de Boston. Pour surveiller l’application de ces lois, le Parlement nomme, au titre de gouverneur du Massachusetts, le général de corps d’armée Thomas Gage, commandant en chef de l’armée britannique en Amérique du Nord. Bon nombre de colons pensent que les lois de coercition visent, une nouvelle fois, à bafouer leurs droits et à confondre autorités civile et militaire.
| 2. | Le premier Congrès continental |
Du fait des lois de coercition, le Massachusetts reçoit le soutien et la solidarité de toutes les autres colonies. L’assemblée de Virginie convoque une réunion des treize colonies et du Canada pour envisager une action commune contre l’immixtion du Parlement dans les droits coloniaux. Le rassemblement, connu sous le nom de premier Congrès continental, a lieu à Philadelphie en septembre 1774. Le Congrès se compose de représentants de douze des treize colonies — la Géorgie n’étant pas présente.
Le Congrès ne cherche pas la rupture avec le Royaume-Uni, mais essaie de définir les droits des colonies d’Amérique, de fixer les limites du pouvoir du Parlement, et de s’accorder sur la tactique à suivre pour résister aux lois de coercition. En octobre 1774, les délégués adoptent une Declaration of Rights and Grievances (Déclaration des droits et des doléances), qui rejette le droit du Parlement de taxer les colonies ou de légiférer à leurs propos, et affirme que seules les assemblées coloniales disposent de ce pouvoir. Ils concèdent à contrecœur au Parlement le droit de régler le commerce. Le Congrès rédige l’association continentale, accord demandant aux colonies de cesser toutes relations commerciales avec la métropole jusqu’à l’abrogation des lois de coercition par le Parlement. Le Congrès lève la séance en prévoyant un deuxième rassemblement, en mai 1775. À cette date, cependant, les hostilités ont déjà commencé entre le Royaume-Uni et ses colonies.