| Guerre mondiale, Première | Format lecture | ||||
| Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer. | |||||
| 2. | Les causes de la guerre |
La cause directe de la guerre entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie a été l’assassinat, le 28 juin 1914, à Sarajevo (aujourd’hui en Bosnie-Herzégovine), de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, par l’étudiant bosniaque Gavrilo Princip (voir attentat de Sarajevo).
Cependant, les causes profondes du conflit remontent au siècle précédent. Les divers courants nationalistes présents en Europe avant le déclenchement des hostilités plongent en effet leurs racines dans les tensions et les conflits du xixe siècle. En outre, l’essor de l’Empire allemand (le IIe Reich) comme puissance économique et politique mondiale exacerbe les rivalités entre les grandes nations européennes. La création et le maintien, après 1871, de grandes armées et de deux alliances militaires antagonistes menacent de transformer cette rivalité en conflit armé.
| 1. | Les causes profondes |
| 1.1. | La question des nationalismes |
Au cours du xixe siècle, bien qu’elle ait été totalement ignorée par les monarchies lors du congrès de Vienne qui a redéfini la carte de l’Europe en 1815, s’est répandue l’idée démocratique issue de la Révolution française, selon laquelle les peuples partageant les mêmes origines ethniques, la même langue et les mêmes idéaux politiques ont le droit de former un État indépendant soit en se séparant d’un État dominant, soit en regroupant des populations soumises à différents dirigeants. Au cours de ce siècle, certaines dispositions du congrès ont été remises en cause par des révolutions et des mouvements nationalistes : guerre de l’indépendance grecque aboutissant à la création d’un État grec en 1829 ; Révolution belge de 1830 donnant naissance à la Belgique ; réalisation de l’unification italienne en 1861 et de l’unification allemande en 1871.
Toutefois, à la fin du xixe siècle, dans d’autres régions d’Europe, et en particulier dans les Balkans, les revendications nationalistes restent sans réponse et engendrent des tensions locales et internationales. Le panslavisme trouve un écho parmi certains peuples balkaniques qui souhaitent se libérer de la domination ottomane. Les intérêts de l’Empire austro-hongrois où vivent des populations slaves sont également directement menacés. Le panslavisme est à l’origine de plusieurs conflits régionaux au début du xxe siècle, notamment les guerres des Balkans.
Le nationalisme gagne également du terrain au sein des populations des grandes puissances européennes à la fin du xixe siècle. Dans tous les pays, la propagande patriotique attise l’idée d’un « ennemi héréditaire » aux frontières. En France, notamment, l’annexion de l’Alsace-Lorraine par le IIe Reich (au terme de la guerre franco-allemande de 1870-1871) a pour effet de nourrir un esprit « revanchard ».
| 1.2. | Les rivalités impérialistes |
Le nationalisme se manifeste également dans les rivalités coloniales et économiques entre grandes puissances européennes. La révolution industrielle, née en Grande-Bretagne à la fin du xviiie siècle, s’est étendue à la France et à la Belgique au début du siècle suivant, puis aux États-Unis et à la Russie, et enfin à l’Allemagne. Les progrès rapides de l’industrialisation dans ce pays depuis 1871 et, en conséquence, le développement plus rapide encore de son commerce menacent de plus en plus l’hégémonie britannique dans le monde.
Le Drang nach Osten (expression de l’expansionnisme économique allemand à l’est de l’Europe et au Proche-Orient) est considéré par la Russie comme une menace pour ses intérêts politiques et économiques. Les Turcs ottomans, quant à eux, s’inquiètent des ambitions tsaristes sur les détroits, qui pourraient donner aux Russes un débouché maritime sur la Méditerranée.
Hors d’Europe, à la fin du xixe siècle, la recherche de nouveaux marchés et de ressources naturelles devient le principal objet de la concurrence entre les grandes nations industrielles. En Afrique, champ d’expansion privilégié des politiques économiques européennes, les rivalités entre la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne manquent à plusieurs reprises de provoquer une guerre entre 1898 et 1914.
| 2. | La marche vers la guerre |
| 2.1. | La course aux armements |
En réponse à ces tensions, les nations européennes adoptent, entre 1871 et 1914, des politiques intérieures et extérieures qui accentuent à leur tour le risque d’embrasement. Persuadées que leurs intérêts sont menacés, elles entretiennent en temps de paix de puissantes armées permanentes.
Sur mer, la recherche de la suprématie navale suscite une concurrence acharnée. En réponse à l’expansion de la marine allemande depuis 1900, le Royaume-Uni développe sa flotte sous le commandement de l’amiral John Fisher, et construit en particulier des cuirassés. Remarquables par leur armement lourd, les Britanniques sont largement copiés.
La course à l’armement, le perfectionnement des techniques et de l’organisation militaires accroissent l’influence des états-majors sur le pouvoir politique. Pour tenter d’enrayer cette course aux armements au coût exorbitant, qui place les États dans une logique de guerre dont ils perdent le contrôle, les gouvernements font une tentative de désarmement mondial ; mais les conférences de La Haye, en 1899 et 1907, échouent.
| 2.2. | Le jeu des alliances diplomatiques |
Tout comme la militarisation aggrave le risque de guerre, la diplomatie des nations européennes menace d’étendre à tout le continent le moindre conflit local. Chaque État cherche à conclure des alliances pour ne pas se retrouver isolé en cas de guerre. Les grandes puissances européennes se regroupent en deux coalitions militaires hostiles : la Triple-Alliance de 1882 (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie) contre la Triple-Entente formée en 1893 et 1907 (France, Royaume-Uni et Russie).
| 2.3. | Des raisons de croire à la paix |
Malgré ces menaces, les raisons de croire à la paix ne sont pourtant pas négligeables. Des ruptures d’alliance sont toujours possibles entre les membres des différentes coalitions. Ainsi, en raison de liens dynastiques (l’empereur Guillaume II est le petit-fils de Victoria d’Angleterre), les Allemands restent persuadés, jusqu’à l’été 1914, que les Britanniques ne leur déclareront pas la guerre si un conflit éclate.
Majoritairement pacifistes, les forces socialistes (partis et syndicats) militent pour une solidarité internationale des ouvriers ; elles proposent d’opposer à la guerre la grève des travailleurs.
Par ailleurs, les rivalités économiques n’ont pas empêché les industriels et financiers de pays antagonistes de développer, surtout depuis 1909-1910, des opérations internationales communes. En 1913, le Français Jean Jaurès et l’Allemand R. Hasse déclarent communément : « Trois forces militent en faveur du maintien de la paix : la solidarité du prolétariat, la coopération des capitaux anglais, français et allemands, et la peur des gouvernements que, de la guerre, ne jaillisse la révolution. »
| 2.4. | Une succession d’incidents diplomatiques |
Il n’en demeure pas moins que l’Europe étant divisée en deux camps antagonistes, la moindre dégradation de la situation politique, économique ou militaire en Europe, en Afrique ou dans les autres colonies menace de provoquer un incident international. Entre 1905 et 1914, plusieurs crises et deux conflits locaux mènent l’Europe aux portes de la guerre générale.
La première crise éclate à propos du Maroc, où l’Allemagne intervient en 1905-1906 aux côtés des Marocains contre l’ingérence française. La France menace de déclarer la guerre à l’Allemagne, mais la crise est finalement résolue lors de la conférence d’Algésiras (Espagne), en avril 1906, qui reconnaît à la France des droits au Maroc.
Les Balkans sont le théâtre d’une autre crise, en 1908, quand l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine, mettant à profit la faiblesse de l’Empire ottoman secoué par la révolution des Jeunes-Turcs. Principal foyer du panslavisme, la Serbie, qui a des visées sur cette région, menace de déclarer la guerre à l’Autriche. Elle doit y renoncer faute du soutien (indispensable) de son allié russe.
Une troisième crise, à nouveau au Maroc, éclate en 1911 lorsque les Allemands envoient le navire de guerre Panther à Agadir pour protester contre l’entrée des Français à Fès et à Meknès (voir incident d’Agadir). Le conflit est résolu lors de la conférence d’Agadir, le 4 novembre. Les Allemands laissent les mains libres aux Français au Maroc, en échange d’une partie du Congo. L’Italie profite du fait que l’attention des grandes puissances est retenue par cette crise pour déclarer la guerre à l’Empire ottoman, dans l’espoir d’annexer la région de Tripoli (Libye). L’Empire ottoman étant un allié de l’Allemagne, l’agression italienne a pour effet d’affaiblir la Triple-Alliance.
Enfin, les guerres des Balkans de 1912-1913 voient le démembrement des possessions ottomanes en Europe. Au cours du premier conflit, la Russie (qui cherche à s’assurer le contrôle des détroits de la mer Noire à la Méditerranée) joue un rôle décisif ; la Serbie, quant à elle, affirme ses prétentions au détriment de la Bulgarie et des Turcs ottomans, tandis que l’Autriche-Hongrie est tenue à l’écart. Déçue par l’affaiblissement de son allié ottoman, l’Allemagne renforce son armée. La France réplique en augmentant la durée du service militaire de deux à trois ans. Suivant l’exemple de ces pays, toutes les nations européennes augmentent considérablement leurs dépenses militaires en 1913 et 1914.