| bande dessinée | Format lecture | ||||
| Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer. | |||||
| 3. | La bande dessinée américaine |
| 1. | Les pionniers |
Nombreux en Grande-Bretagne, les illustrés humoristiques sont également légion aux États-Unis, avec des titres comme Puck, Judge ou Life. Cependant, dès les années 1890, ces hebdomadaires doivent faire face à la concurrence des grands quotidiens d’information, qui débauchent leurs meilleurs dessinateurs pour leur confier l’illustration de leurs suppléments dominicaux en couleurs. Ces nouvelles rubriques sont en effet des armes de poids dans la guerre des tirages comme celle qui oppose un moment le New York World de Joseph Pulitzer et l’Evening Journal de William Randolph Hearst.
Traitant le plus souvent de l’actualité, usant d’un humour destiné essentiellement aux adultes, les bandes dessinées sont conçues en fonction du lectorat du journal. Très vite, elles représentent le meilleur moyen d’entretenir un suspense au jour le jour, avec de nombreuses aventures à épisodes, telles Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay, Wash Tubbs de Roy Crane, The Yellow Kid de James Guilford Swinnerton, Little Orphan Annie d’Harold Gray, ou encore Thimble Theatre d’E. C. Segar, dans lequel Popeye le marin fait sa première apparition en 1929.
Cette activité se révèle rapidement une véritable manne financière. Les droits cédés à d’autres journaux, la création de jouets, de dessins animés, de spectacles radiophoniques inspirés des héros des illustrés, les licences de commercialisation de produits à leur effigie sont en effet des moyens rentables de multiplier les profits. Les distributeurs de bandes dessinées disposent ainsi de moyens financiers leur permettant de développer leur production, d’élargir leur audience et de conquérir de nouveaux débouchés. Dès les années 1920, la bande dessinée américaine commence à s’exporter en Europe et à renouveler ses thèmes.
| 2. | Les premières grandes réalisations |
Vers 1920, les éditeurs américains cherchent à diversifier les genres et à s’éloigner de la bande dessinée humoristique qui constitue jusqu’alors l’essentiel de la production. L’apparition d’un nouveau genre, le récit d’aventures, donne alors naissance à la bande dessinée réaliste. L’archétype du genre est peut-être l’adaptation d’un roman d’Edgar Rice Burroughs, Tarzan, seigneur de la jungle (Tarzan of the Apes, 1912), qui paraît en 1929 sous la forme d’un strip quotidien. Dessinée par Hal Foster, le futur créateur de Prince Valiant (1937), l’œuvre connaît un succès immédiat.
Dès lors admis, le principe de la bande dessinée d’aventures donne lieu à toutes sortes de variations, mettant en scène des détectives justiciers (Dick Tracy, créé par Chester Gould en 1931), des magiciens dotés de pouvoirs extraordinaires (Mandrake, qui voit le jour en 1934 grâce à Lee Falk et à Phil Davis), des personnages de science-fiction (Buck Rogers, créé en 1929 par Philip Nowlan et Dick Calkins ; Flash Gordon, imaginé en 1934 par Alex Raymond et Edwin Balmer ; Brick Bradford, apparu pour la première fois en 1933 sous la plume de William Ritt et de Clarence Gray) ou des super-héros (Superman, conçu en 1938 par Jerry Siegel et Joe Shuster ; The Phantom, créé en 1936 par Lee Falk et Ray Moore).
| 3. | Les premiers albums |
Avant 1933, la réédition des bandes dessinées précédemment parues dans les journaux se fait sous les formes les plus diverses : de grands recueils quadrangulaires non reliés, des compilations au format allongé, ne présentant qu’une bande par page ; parfois, même, de minuscules livres reliés, avec une image unique par page. Ce n’est qu’en mai 1934 que l’homme d’affaires américain Max Gaines conçoit le premier album moderne, appelé « comic book ». En pliant en deux un supplément dominical de huit pages, puis encore une fois en deux, le lecteur obtient un livret de trente-deux pages, au format pratique (17,5 × 26 cm environ). Il suffit alors d’y ajouter une simple couverture en papier glacé, ornée d’un dessin accrocheur. Les Famous Funnies de Max Gaines, « tout en couleurs », connaissent un succès considérable. Les premiers Action Comics mettant en scène des super-héros, publiés en 1938, sont édités suivant cette méthode.
| 4. | Les super-héros |
Certains personnages, tels Superman, Batman — créé en 1939 par Bob Kane et Bill Finger —, The Human Torch (« la Torche humaine »), Captain Marvel ou Wonder Woman, connaissent à l’approche de la Seconde Guerre mondiale une vogue sans précédent. Patriotes invincibles, les super-héros participent à leur manière à la propagande américaine. En 1943, on estime que le public américain lit 25 millions d’albums par mois. En 1950, ce chiffre atteint déjà 50 millions, pour culminer en 1954 à 150 millions d’exemplaires publiés mensuellement.
Les aventures de super-héros perdent toutefois les faveurs du public après la guerre et sont supplantées par d’autres genres : contes cocasses, mettant en scène des animaux (comme le chien Snoopy de Charles Monroe Schulz), adaptations de films ou de classiques littéraires appréciés des adolescents (Conan le Barbare, adapté du roman de Robert E. Howard, par Roy Thomas et Barry Smith), récits situés dans l’Ouest américain (Red Ryder de Fred Harman) ou dans la jungle (Tarzan, repris par le grand dessinateur Burne Hogarth en 1937), faits divers, histoires sentimentales, guerre, espionnage (Johnny Hazard de Frank Robbins ; The Spirit de Will Eisner), horreur, etc.
| 5. | Les premières législations |
L’inquiétude croissante des psychologues, des enseignants et des parents quant à l’influence éventuelle de la bande dessinée sur la délinquance juvénile, en particulier lorsqu’elle verse dans la violence et dans l’horreur, amène le Sénat américain à se pencher sur la question en 1954. Anticipant la législation, les éditeurs fondent leur propre code et leur propre autorité de contrôle afin de veiller à l’application d’une déontologie dans ce domaine : le contenu des bandes dessinées est désormais dûment vérifié. Au Royaume-Uni, des craintes de même nature entraînent le vote d’une loi au Parlement en 1955, visant à condamner toute personne responsable de l’impression, de la publication ou de la vente de bandes dessinées trop violentes.
Contraints par leur Comics Code et concurrencés par la télévision, les éditeurs rencontrent des difficultés qui les amènent, dans les années 1960, à remettre au goût du jour les aventures de super-héros. Chez Marvel Comics, le scénariste Stan Lee et les dessinateurs Jack Kirby et Steve Ditko inventent un univers hétéroclite, habité de héros au destin tragique, comme The Fantastic Four (« les Quatre Fantastiques » : Mister Fantastic, la Chose, l’Invisible et la Torche humaine) et Spider-Man (ou Spidey, alias l’Homme-araignée), et dont les pouvoirs exceptionnels n’attirent que des mésaventures à leurs détenteurs.
| 6. | La reconnaissance d’un mode d’expression |
L’adaptation au cinéma ou à la télévision des aventures des personnages les plus célèbres de la bande dessinée américaine permet à un public nouveau de mieux connaître cette forme d’expression ; Hollywood y découvre un véritable filon pour ses productions à grand spectacle et ne tarde pas à produire quantité de films au succès parfois considérable : Superman (1978) de Richard Donner, Batman (1989) de Tim Burton, Dick Tracy (1990) de Warren Beatty, Judge Dredd (1995) de Danny Cannon, le Fantôme du Bengale (1996) de Simon Wincer, les X-Men (2000) de Bryan Singer, Spider-Man (2002) de Sam Raimi, The Hulk (2003) de Ang Lee, etc.
Les années 1960 voient également l’émergence d’une multitude de « fans » de bandes dessinées, collectionneurs organisés qui montent des manifestations, publient des fanzines et établissent chaque année un argus destiné à surveiller la spirale des prix atteints par certaines éditions rares. On leur doit également l’apparition de librairies spécialisées, qui vendent aujourd’hui l’essentiel de la production du genre aux États-Unis.
| 7. | L’âge adulte |
La contre-culture de l’Amérique des années 1960 donne le jour à un style underground, destiné exclusivement aux adultes. Ce mouvement anticonformiste libère la bande dessinée d’un certain nombre de tabous (notamment sexuels) et lui ouvre de nouveaux champs d’expression. L’underground apporte en effet à la bande dessinée son psychédélisme et sa vision particulière du monde. Il favorise également les récits à la première personne de Justin Green, de Robert Crumb (créateur du célèbre Fritz the Cat, félin désinvolte à la sexualité débordante) ou d’Harvey Pekar. Dans Maus (1972, publié en album à partir de 1986), Art Spiegelman relate de façon poignante comment son père a survécu à l’Holocauste ; cette œuvre est un exemple de « roman graphique », genre aux ambitions élevées réservé à un public plus restreint.