| Révolution de juillet 1830 | Format lecture | ||||
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| 3. | De la crise à la Révolution |
| 1. | Les ordonnances de Saint-Cloud |
Avec l’ouverture de la session parlementaire, en mars 1830, la crise s’emballe. Le 18 mars, 221 députés signent une adresse au roi pour dénoncer sa politique (voir adresse des 221). On y lit notamment que « le concours du gouvernement avec les vœux du peuple constitue la condition indispensable de la marche des affaires [et que] ce concours n’existe pas ». Plutôt que d’affronter l’opposition, le roi dissout la Chambre le 16 mai. Mais sa stratégie échoue : le 13 juillet, l’opposition remporte les élections.
Refusant de s’incliner devant ce verdict, Charles X fait promulguer les ordonnances dites de « Saint-Cloud » le 25 juillet. Ces quatre textes décrètent d’une part une nouvelle dissolution, mais aussi la suppression complète de la liberté de la presse, une réforme électorale favorable aux gros propriétaires fonciers — et défavorable à la bourgeoisie industrielle et des métiers libéraux —, et enfin une nouvelle échéance électorale.
Le décret sur la presse — symbolique du refus d’ouvrir le dialogue et du choix de gérer la crise par un coup de force — met le feu aux poudres.
| 2. | Les Trois Glorieuses |
Le 26 juillet 1830, l’indignation agite les milieux journalistiques. À l’initiative des rédacteurs du National, une pétition est lancée et paraphée par quarante-quatre journalistes. Ce défi fait également des émules parmi les typographes. À leur tour, ils influencent le milieu ouvrier parisien, excédé par le manque de libertés et l’absence de représentativité politique du régime. Dans le même temps, industriels et patrons d’ateliers pactisent avec leurs employés. Eux aussi souhaitent obtenir une existence dans l’échiquier politique. Libérés et encouragés, les ouvriers se joignent alors à la foule des émeutiers, menée par les imprimeurs. Des étudiants, lassés du carcan moral et religieux dans lequel l’enseignement supérieur est enfermé, les rejoignent.
En réponse, les autorités nomment l’impopulaire maréchal Marmont au commandement des troupes militaires de Paris. L’insatisfaction qui s’ensuit favorise l’extension de l’émeute qui, le 27 juillet, devient une réelle insurrection, avec la levée en masse des quartiers populaires de l’Est et du Nord-Est parisiens.
Dans la nuit du 27 au 28 juillet, les barricades s’érigent. Le lendemain, les insurgés prennent l’Hôtel de Ville et les troupes de Marmont subissent une débandade. Le 29 juillet, maîtres des Tuileries et du Louvre, les émeutiers dominent la capitale. Un groupe de députés nomment La Fayette commandant de la Garde nationale. C’est un choix emblématique et réfléchi ; La Fayette a traversé les différents régimes — Révolution, Empire, Restauration — et, derrière son nom, l’unanimité peut se faire, une unanimité renvoyant aux cris de la foule célébrant à la fois la République et Napoléon.
Au terme des Trois Glorieuses, le peuple est maître de Paris. La bataille a fait 1 000 morts (dont 800 chez les insurgés) et les partisans d’une rupture radicale avec la monarchie peuvent croire en une vraie révolution. Mais déjà, en coulisses, les partisans d’un réformisme timide et favorable au duc d’Orléans, futur Louis-Philippe, agissent dans le cadre de la Commission municipale fondée le 29 juillet.
| 3. | Une révolution confisquée par la bourgeoisie libérale |
Lorsque la Révolution éclate, la bourgeoisie d’affaires et les orléanistes qui ont souhaité le renversement des Bourbons nourrissent en effet la plus grande méfiance à l’égard d’une solution républicaine. Leur alliance tacite avec les insurgés est simplement conjoncturelle. Pour eux, l’idéal républicain et ses principaux corollaires (abaissement du cens et suffrage universel) présentent plus d’inconvénients que d’avantages. Aussi s’emploient-ils à prendre de vitesse les insurgés : la solution orléaniste semble la meilleure. Le duc est susceptible de garantir au mieux un compromis écartant aussi bien le spectre de la monarchie d’Ancien Régime que l’ombre sanglante des excès révolutionnaires de 1793-1794. Il profite en outre d’une réelle popularité liée à son passé. Il apparaît donc comme un roi-citoyen libéral, ni rétrograde ni révolutionnaire.
Dès le départ précipité du roi Charles X et à l’instigation d’Adolphe Thiers, de La Fayette, de Jacques Laffitte et de Casimir Perier, la lieutenance générale du royaume lui est proposée (30 juillet). Pour l’avoir acceptée, le 31 juillet, Louis-Philippe est solennellement présenté au peuple de Paris depuis le balcon de l’Hôtel de Ville. Ce « couronnement populaire », judicieuse mise en scène dans une ville encore hérissée de barricades, ne suscite pas l’engouement populaire. Il doit éviter les risques de dérapage en dédiant cette nomination au peuple lui-même. Et cependant, à l’instant même où La Fayette embrasse le duc sous les ovations du peuple, il « étouffe la République ».
Le 9 août 1830, Louis-Philippe, qui prête serment à une Charte révisée, est déclaré « roi des Français » par les députés. L’abaissement du cens, la liberté de la presse et la réintroduction du drapeau tricolore sont trois de ses dispositions importantes et / ou symboliques. Toutefois, la Révolution est rapidement confisquée par le roi-citoyen. À son tour, il entre dans une logique conservatrice qui mène à la désagrégation de la « monarchie de Juillet » et à la Révolution de février 1848.