Baudelaire, Charles
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Baudelaire, Charles
2. Baudelaire et la modernité poétique

Charles Baudelaire est né à Paris. Son père, François Baudelaire, peintre à ses heures, décède alors que Charles n’a que six ans. Sa mère, Caroline Dufaÿs, se remarie en 1828 avec le général Aupick, au grand désespoir de l’enfant. Placé d’abord en pension à Lyon, il étudie ensuite au lycée Louis-le-Grand à Paris, où il se signale par son indiscipline et d’où il est exclu en avril 1839. Après avoir néanmoins obtenu son baccalauréat, résolu à se consacrer à l’écriture, Baudelaire entame dans le Quartier latin une vie d’insouciance et de bohème, tout au moins jusqu’en 1841, date à laquelle son beau-père, soucieux de mettre le holà à ses fredaines, le fait embarquer quasi de force sur le Paquebot-des-Mers-du-Sud, pour un long voyage à destination des Indes. De ce périple, quoiqu’écourté — il s’arrête à l’île Bourbon (aujourd’hui la Réunion) —, il ramène les premiers poèmes de son principal recueil, les Fleurs du mal, notamment le sonnet « À une dame créole », ainsi qu’un certain goût pour l’exotisme, thème prégnant dans son œuvre, et une attirance pour les femmes « typées ».

Ainsi, de retour en France, Baudelaire s’éprend de Jeanne Duval en 1842, une mulâtresse dont il partagera jusqu’à la fin la vie erratique et qu’il érigera comme la « Vénus noire » de son œuvre, comme l’incarnation de la femme exotique et sensuelle. Cette liaison n’empêche pourtant pas le poète de poursuivre de ses assiduités Marie Daubrun en 1847 et Mme Sabatier en 1852. À cette dernière, il envoie d’anonymes poèmes : amour éthéré qui prend brutalement fin lorsque l’idole succombe et s’abandonne.

Installé sur l’île Saint-Louis, le jeune poète tire profit de l’héritage paternel que, sa majorité venue, il commence à toucher (1842), vivant profusément, à la manière des dandys, dépensant des sommes indécentes pour ses tenues excentriques ou l’acquisition de coûteuses œuvres d’art. Esthète oisif, il continue à écrire de la poésie en dilettante, se met à fréquenter Théophile Gautier — avec lequel il partage notamment un attrait marqué pour le haschich et l’opium ; voir les Paradis artificiels — et Théodore de Banville. Son train de vie ne tarde pas à écorner son héritage : pour éviter la dilapidation de sa fortune, son beau-père et sa mère le placent sous tutelle judiciaire. Baudelaire, souffrant dès lors de ne pouvoir disposer librement de son bien, se met en tête de vivre de sa plume.

C’est poussé par le besoin d’argent qu’il se lance dans la critique d’art (Salon de 1845, Salon de 1846, Salon de 1859), et qu’il fait paraître dans diverses revues, sous le nom de Baudelaire-Dufaÿs, des poèmes comme des essais littéraires et esthétiques, ainsi qu’une nouvelle, la Fanfarlo (1847). En 1848, mû par une troublante sympathie, il entreprend de traduire les œuvres de l’auteur américain Edgar Poe, convaincu d’avoir trouvé le parfait reflet de son âme tourmentée. Il fait ainsi paraître successivement Contes extraordinaires (1854), Histoires extraordinaires (1856), Nouvelles Histoires extraordinaires (1857), les Aventures d’Arthur Gordon Pym (1858), et achève la traduction des Histoires grotesques et sérieuses en 1865.

En juin 1857, Baudelaire donne à publier à son ami et éditeur Poulet-Malassis le recueil les Fleurs du mal, regroupant des poèmes déjà parus en revue et cinquante-deux inédits. Mais, dès le mois d’août, il se voit intenter un procès pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs » (la même année, Madame Bovary, de Flaubert, connaît un sort identique). Condamné à une forte amende, le poète, très abattu par la sentence, doit en outre retrancher six poèmes de son recueil.

Après l’esclandre des Fleurs du mal, Baudelaire, toujours criblé de dettes, continue de publier en revue ses textes critiques et ses traductions de Poe, auxquels viennent s’ajouter bientôt les poèmes en prose qui seront regroupés et publiés dans leur forme définitive après sa mort, sous le titre Petits Poèmes en prose (posthume, 1869 ; le titre actuel, le Spleen de Paris, est celui qu’avait choisi Baudelaire). Les Petits Poèmes en prose sont le pendant des Fleurs du mal, dont ils reprennent la thématique, mais cette fois dans une prose poétique, sensuelle, étonnamment musicale (certains poèmes des Fleurs du mal y sont même repris en écho, sous un titre identique). Le poème en prose était alors un genre nouveau, et Baudelaire avait pris pour modèle Aloysius Bertrand, précurseur du genre avec Gaspard de la nuit (posthume, 1842).

Au printemps 1866, pendant un séjour en Belgique, où il est venu faire un cycle de conférences qui se révèle décevant, Baudelaire, déjà très malade, a un grave malaise à Namur. Les conséquences sont irrémédiables : atteint de paralysie et d’aphasie, le poète est ramené à Paris en juillet. Il y meurt un an plus tard.

Voir les Fleurs du mal.