Baudelaire, Charles
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Baudelaire, Charles
3. Mode et modernité dans l’art

Les textes de critique d’art de Baudelaire ont été réunis et publiés en 1868 sous le titre de Curiosités esthétiques. Ce recueil regroupe essentiellement les comptes rendus des Salons de 1845, de 1846 et de 1859, celui de l’Exposition universelle de 1855, mais aussi un texte important sur Constantin Guys, intitulé le Peintre de la vie moderne, ainsi que diverses réflexions inspirées par la vie et l’œuvre d’Eugène Delacroix. Ce à quoi il faut ajouter des essais variés, consacrés notamment aux aquafortistes (dont Goya), à la caricature (celle de Daumier en particulier, dans laquelle Baudelaire voit une des manifestations les plus intéressantes de ce « bizarre » qui lui est cher), et plus généralement au comique dans les arts.

Il existe à cet égard une grande cohérence entre l’œuvre de Baudelaire poète et l’œuvre de Baudelaire critique d’art, l’une comme l’autre imposant leur auteur comme chantre de la modernité, approuvant les audaces picturales d’un Monet par exemple, ou chantant les beautés urbaines d’un Paris mouvant ; l’une et l’autre instituant une esthétique tout à fait personnelle, alliant le bizarre et la modernité : le « surnaturalisme ».

Dans le Peintre de la vie moderne, il écrit à propos de Constantin Guys : « Il s’agit, pour lui, de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire. […] La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. »

Par modernité, il faut donc entendre l’adéquation de l’œuvre d’art à son temps : une toile, selon lui, doit exprimer son époque, et pour ce faire la représenter dans sa particularité éphémère. C’est ce qu’il apprécie dans les lavis et les dessins à la plume de Constantin Guys, lequel croque pour la presse des silhouettes et des scènes de la vie contemporaine, célébrant ainsi l’« héroïsme de la vie moderne ».

Cette double nature du Beau, défini comme la synthèse de la modernité (du transitoire) et de l’immuable (la perfection formelle), empêche ainsi Baudelaire de se laisser séduire par les modes éphémères, mais aussi d’établir des critères purement formels, susceptibles de le conduire à célébrer un art d’une froide perfection, dénué d’émotion.

En marge de la critique d’art proprement dite, Baudelaire a consacré de nombreux textes à la vie littéraire de son temps. Ces textes, dont les plus importants sont dédiés à Edgar Poe, à Théophile Gautier, à Madame Bovary de Flaubert, aux Misérables de Victor Hugo, ont été réunis après sa mort dans le recueil l’Art romantique (1869).

Pour la nouveauté de son approche et la modernité de son esthétique, Baudelaire reste un nom capital dans l’histoire de la critique d’art et de la poésie.