Commune de Paris (1871)
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Commune de Paris (1871)
3. Une brève expérience révolutionnaire

Dans la nuit du 17 au 18 mars 1871, Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire, décide de désarmer Paris, c’est-à-dire de récupérer les 227 canons de la Garde nationale regroupés à Montmartre et à Belleville (le même jour, il fait arrêter Blanqui qui s’est retiré à Figeac). Mais le 88e de ligne, chargé de prendre les canons de Montmartre, est encerclé par la Garde nationale et par la foule, avec laquelle la troupe commence à fraterniser. Les officiers sont désarmés. Les généraux Lecomte et Thomas sont arrêtés et fusillés à la mairie du XVIIIe arrondissement, malgré l’intervention du maire Georges Clemenceau et d’officiers proches des émeutiers. Thiers fuit Paris avec le gouvernement pour Versailles et, dès lors, refuse de négocier, posant comme préalable le désarmement de la Garde nationale.

Afin de combler le vide laissé dans la capitale par les instances gouvernementales, un gouvernement populaire appelé Comité central de la Garde nationale est constitué. Le 26 mars, les Parisiens élisent dans la légalité un conseil communal de quatre-vingt-dix membres ; ce conseil prend le nom de Commune de Paris (ses membres sont appelés les communards) lors de son entrée à l’Hôtel de Ville, le 28 mars ; recevant immédiatement ses pouvoirs du Comité central, elle est présentée comme un contre-gouvernement en rivalité avec celui réfugié à Versailles. Le mouvement communard est suivi dans certaines grandes villes de province (Lyon, Marseille, Narbonne, Toulouse, Saint-Étienne) sans toutefois gagner les campagnes.

Les soixante-dix membres de la Commune qui siègent effectivement (Clemenceau, élu, quitte Paris) sont de diverses origines sociales — on y compte vingt-cinq ouvriers — et politiques. Le Conseil se compose d’une majorité constituée de Jacobins (une vingtaine, dont Louis Delescluze, Félix Pyat, Gambon) désireux de voir Paris prendre les rênes du gouvernement de la France ; de neuf blanquistes (Ferré, Rigault), qui se rangent derrière Louis Auguste Blanqui, et qui, partisans de l’action directe, se réclament de la dictature montagnarde et de la Terreur ; et de moins d’une trentaine de révolutionnaires indépendants, ou radicaux (comme Clément), favorables à l’autonomie de la municipalité parisienne et à l’instauration d’une république démocratique et sociale. La minorité se compose essentiellement d’adhérents au socialisme communaliste et antiétatique de Pierre Joseph Proudhon, majoritaires au sein de la section française de l’Association internationale des travailleurs, qui soutient l’insurrection, et d’indépendants comme le peintre Gustave Courbet ou Jules Vallès.

Le fossé entre ces fervents républicains défenseurs de l’autonomie de la Commune de Paris se creuse rapidement : les partisans d’une dictature de la capitale sur le reste du pays s’opposent bientôt à ceux qui se prononcent en faveur d’une Fédération des communes de France dans laquelle l’État doit se dissoudre.

L’action du Conseil de la Commune est accaparée par la lutte contre les partisans de Thiers, surnommés les versaillais, autant que par la mise en place d’un programme de société. Elle est paralysée par les bavardages interminables qui reflètent les divergences idéologiques entre les insurgés. La création d’un Comité de salut public par les Jacobins et les blanquistes, le 1er mai, rencontre l’opposition des proudhoniens.

La Commune, constituée de dix sections, prend un certain nombre de mesures sociales d’urgence, comme le report du paiement des dettes et des loyers, et propose certaines réformes en faveur des ouvriers (liberté d’association). Elle vote également la séparation de l’Église et de l’État et la collectivisation des entreprises abandonnées par leurs propriétaires, mais la plupart de ces mesures ne peuvent être appliquées avant l’écrasement de la Commune. Certaines mesures prises revêtent un caractère symbolique : adoption du drapeau rouge et du calendrier révolutionnaire, destruction de la colonne Vendôme (16 mai) et de la maison de Thiers.