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3. Histoire de la danse

Il est impossible de préciser à quelle époque l’être humain a commencé à danser ; mais compte tenu du caractère spontané du mouvement expressif, de l’universalité de la danse et de ses liens intimes avec les autres aspects de toute culture, il est probable que son développement ai suivi l’évolution de l’espèce humaine. De nombreux animaux exécutent des mouvements évoquant une danse dans des situations de jeu ou de séduction amoureuse. Mais l’usage conscient de symboles, manifeste dans la danse humaine, est absent de ces rituels.

Des peintures rupestres datant de plus de 20 000 ans dépeignent des personnages revêtus de dépouilles animales et qui semblent danser, probablement à l’occasion de rites de fertilité ou peut-être simplement dans un but d’éducation ou pour le plaisir. Étant donné l’évolution continuelle de toute culture, il n’en existe plus, aujourd’hui, d’identique à celles de l’époque paléolithique, susceptible de pratiquer les mêmes danses. Certaines ont, toutefois, survécu jusqu’à nos jours sans contacts directs ou presque avec le monde industriel. Et, si leurs danses paraissent simples au profane, ce n’est souvent qu’une apparence. Elles font en général partie de rituels complexes, reposant sur des concepts religieux ou philosophiques extrêmement élaborés. Et, comme elles appartiennent à la catégorie des danses de participation, elles doivent pouvoir s’apprendre facilement. Certaines de ces sociétés pratiquent aussi des danses destinées à être représentées devant un public. Chez les aborigènes d’Australie et les Khoisan d’Afrique, par exemple, des danses acrobatiques et proches de la pantomime, sont données en spectacle dans un but d’éducation et d’agrément.

1. Dans les civilisations antiques

Des documents écrits et picturaux nous sont parvenus, démontrant que les civilisations antiques du pourtour méditerranéen et du Moyen-Orient pratiquent l’art de la danse. Les sépultures égyptiennes sont ornées de personnages manifestement en train de danser ou dans des postures acrobatiques comme le « pont » ; il s’agit probablement d’esclaves, que l’on affectait à ces fonctions artistiques. La danse joue alors un rôle essentiel au cours des fêtes religieuses liées à l’agriculture, comme les rituels représentant le cycle de la mort et de la renaissance du dieu Osiris (symboles des cycles saisonniers du Nil).

Les Grecs admirent la danse et l’associent aux diverses activités liées à leurs arts, leur religion et leur philosophie. La pyrrhique, danse martiale, fait partie de l’entraînement des soldats. La présence de la danse dans le théâtre grec provient sans doute des danses à caractère religieux, en particulier celles en l’honneur de Dionysos, le dieu du vin. Dans la tragédie antique, le chœur chantait ou déclamait des vers tout en exécutant des gestes symboliques et des pas de danse.

Quant aux Romains, ils ont développé l’art du mime. Des artistes itinérants le pratiquaient, ainsi que le jonglage, l’acrobatie et la danse, mais celle-ci, considérée par certains comme immorale, finit par être reléguée.

2. Dans l’Europe médiévale

Au Moyen Âge, la société européenne est dominée par l’Église chrétienne, qui désapprouve la danse. Le peuple continue tout de même à danser lors des fêtes diverses. Aujourd’hui, des variantes des danses paysannes médiévales survivent dans le folklore. Certaines d’entre elles, adoptées par l’aristocratie, ont évolué en danses de cour avant de donner naissance au ballet.

3. La danse classique et la danse moderne

Le ballet est né dans les cours de la Renaissance, avant de devenir, à la fin du xviie siècle, une discipline essentiellement professionnelle. Il est resté depuis un art de premier plan dans la culture occidentale, malgré l’évolution du style et de la thématique. Au tournant du xxe siècle, les danseuses américaines Isadora Duncan et Ruth Saint Denis se rebellent contre l’académisme. En Europe, l’éducateur suisse Émile Jaques-Dalcroze, le danseur hongrois Rudolf von Laban, ainsi que la danseuse allemande Mary Wigman expérimentent eux aussi de nouvelles formes d’expression. Ces pionniers de la danse moderne ouvrent la voie à un important développement de la danse.

4. Les danses folkloriques

Les danses folkloriques font appel à la participation des membres d’une communauté ; elles ont, en général, un caractère traditionnel. Bien que difficile à définir précisément, ce terme désigne essentiellement des danses nées dans des sociétés agricoles, aux fonctions laïques mais aussi parfois rituelles ; il arrive qu’elles coexistent chez le même peuple avec une autre forme de danse, artistique. Ce sont par exemple le kolo, dansé dans les Balkans, la morris dance britannique, la square dance américaine (sorte de quadrille), la danse du sabre et ses diverses variantes, ou encore les danses tournoyant autour d’un arbre de mai. Les danses folkloriques sont habituellement collectives et se transmettent de génération en génération. Pourtant, certaines ne sont pas traditionnelles : il en existe ainsi, en Israël, qui ont été chorégraphiées au xxe siècle, dans le style des danses folkloriques européennes et avec les mêmes fonctions (voir Hora). Aujourd’hui, des danses folkloriques, dites aussi « de caractère », sont souvent adaptées pour être présentées en spectacles.

5. Les danses de société

Les danses de société sont des danses récréatives surtout répandues dans les sociétés industrialisées. Lorsqu’elles font partie des danses de participation, elles sont relativement faciles à apprendre. Créées par une culture populaire et non par un chorégraphe, elles demeurent proches des danses folkloriques. Elles s’en différencient, en revanche, par leur caractère éphémère et par le fait que nombre d’entre elles se dansent en couple.

Les danses que pratique la noblesse au Moyen Âge, à la Renaissance et à l’époque baroque dérivent de danses populaires. À la fin du xviiie et au xixe siècle, avec l’ascendance de la bourgeoisie, elles sortent de ce cadre aristocratique pour devenir danses de bal, répandues tant en Europe qu’en Amérique du Nord. La valse et la polka par exemple, d’origine paysanne, deviennent comme d’autres des danses de salon.

Aux États-Unis, les apports des populations immigrées de diverses origines donnent naissance, en se conjuguant, à de nouvelles formes de danses populaires, comme la square dance et les claquettes. Des danses de bal inédites, popularisées par les danseurs américains Irene et Vernon Castle à la veille de la Première Guerre mondiale, déferlent à travers l’Amérique et l’Europe. Le fox-trot, et des rythmes latino-américains comme le tango, la rumba et le cha-cha-cha connaissent une grande popularité. Les mouvements et rythmes syncopés des danses afro-américaines font aussi leur entrée dans les bals populaires, avec, autour de 1900, le cakewalk puis le charleston dans les années 1920. Dans les années 1950, le rock and roll, issu du be-bop, conquiert la première place. À partir des années 1960 et à la suite du twist, de nouvelles danses caractérisées par une absence de contact entre partenaires appaissent. Le milieu des années 1980 voit naître parmi les jeunes des quartiers populaires la break-dance. Ce style extrêmement acrobatique, pratiqué en solo au sein d’un groupe, se danse au son du hip-hop, musique électronique à la lourde cadence.

6. Les comédies musicales

L’invention au xxe siècle de nouvelles danses de salon ainsi que l’évolution du ballet et de la danse moderne stimulent le développement des comédies musicales, sur scène comme au cinéma. À Hollywood, le chorégraphe américain Busby Berkeley crée des numéros de danse de groupe très élaborés, tandis que les danseurs Fred Astaire et Ginger Rogers marient danses de salon et claquettes. L’exemple des danses effrénées d’Oklahoma ! (1943), de la chorégraphe américaine Agnes de Mille, encourage d’autres créateurs à donner une plus large place à la danse dans leurs comédies musicales. Ainsi, dans West Side Story (1957), chorégraphié par l’Américain Jerome Robbins, c’est la danse qui, pour la première fois, exprime une partie majeure de l’argument. Au cours des années 1970, elle prend encore plus d’importance dans les spectacles joués à Broadway, tels que A chorus line (1975) et Dancin’ (1978). Voir aussi jazz (danse).

7. Les danses traditionnelles d’Asie

En Asie, art dramatique, musique et danse demeurent étroitement liés. Les danses asiatiques s’appuient généralement sur une gestuelle symbolique ; elles utilisent également des masques, des maquillages sophistiqués et des costumes somptueux, pour relater des histoires souvent fondées sur des événements historiques, des mythes ou des légendes. Il n’est pas rare que les représentations durent plusieurs heures. Voir aussi théâtre d’Asie du Sud-Est.

En Inde, les danses traditionnelles, qui avaient presque disparu avec la colonisation, ont été ressuscitées à l’aide de manuscrits anciens et grâce aux sculptures des temples représentant les différentes positions. Le théâtre dansé et les danses en solo s’inspirent de récits épiques hindous, traduits par un ensemble de gestes symboliques appelés mudra. De nombreuses danses populaires indiennes présentent des traits communs avec leurs sœurs classiques, plus raffinées. Voir aussi danses traditionnelles indiennes.

Le Japon est riche en danses folkloriques, souvent de caractère religieux. Il existe dans ce pays deux genres majeurs de théâtre dansé, le nô et le kabuki. Le nō, né il y a environ six cents ans, est un opéra-ballet au rythme très lent, profondément empreint de significations symboliques. Le kabuki, apparu au xviie siècle, est plus populaire. Voir aussi musique japonaise ; théâtre japonais.

En Chine, l’opéra de Pékin est le genre de théâtre dansé le plus célèbre. Issu, au cours du xixe siècle, de formes plus anciennes d’opéra chinois, il se caractérise par des acrobaties spectaculaires qui font partie intégrante de l’action théâtrale. Dans les années 1950, le gouvernement commença à promouvoir des spectacles inspirés du ballet européen et mettant en scène des thèmes relatifs à la situation politique et sociale de la Chine contemporaine. Voir aussi opéra chinois.

En Indonésie, surtout à Java, des danses de cour raffinées, exécutées par des danseuses particulièrement gracieuses, divertissaient les monarques. Ces artistes vivaient à la cour et ne se produisaient pas ailleurs. À Bali, des représentations masquées, où figurent des rois et des clowns, ainsi que des danses guerrières ou évoquant la possession par les esprits, animent toujours la vie des villages. Voir aussi danses indonésiennes.

8. Les danses d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique

Les danses d’Afrique subsaharienne sont généralement le fait de communautés. Les danseurs, possédés par des esprits ou les imitant, portent des masques. Ces danses sont aussi fréquemment liées à des rites de passage. Des formes urbaines modernes, conjuguant des influences africaines, européennes et américaines, sont apparues au xxe siècle. Voir aussi musiques d’Afrique noire.

L’art océanien de la danse est souvent récitatif ou poétique, comme le montre le hula hawaïen. En Nouvelle-Guinée, les danses sont principalement de nature guerrière.

Les peuples indigènes d’Amérique du Nord pratiquaient autrefois des formes complexes de rituels dansés. Ceux-ci avaient une fonction sociale, concernant par exemple la prospérité de la communauté, ou personnelle, au service d’une quête visionnaire. Nombre de ces rites survivent encore. Depuis une cinquantaine d’années, les différentes tribus ont créé des danses communes pour les powwow(cérémonies) intertribaux qu’elles organisent aux États-Unis et au Canada. En Amérique latine, certaines danses traditionnelles à caractère religieux ou laïque sont toujours pratiquées parmi les nombreuses tribus amérindiennes. D’autres danses latino-américaines se caractérisent par des mouvements directement empruntés aux danses africaines ou alliant des éléments indigènes et espagnols. D’origine africaine, la capoeira est une danse brésilienne qui puise ses racines dans les exercices militaires et les arts martiaux.

9. L’avenir de la danse

Aujourd’hui, la chorégraphie moderne intègre de façon croissante des éléments de danses originaires de divers pays au style international, faisant apparaître chaque jour de nouvelles formes et de nouveaux styles. Les peuples d’aujourd’hui ont perdu leur patrimoine du dernier millénaire, car il n’existait aucun moyen de le préserver. Mais il est désormais possible, grâce au cinéma, à la vidéo et à des systèmes de notation chorégraphique tels que la Labanotation, l’effort / shape ou la notation Benesh, de transmettre aux générations futures les danses des cultures contemporaines.