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Togo
1. Présentation

Togo, pays d’Afrique de l’Ouest. Sa capitale est Lomé.

Le Togo donne sur le golfe de Guinée ; le pays est bordé au nord par le Burkina, à l’est par le Bénin et à l’ouest par le Ghana.

Colonisé successivement par les Allemands, puis par les Français et les Britanniques, le Togo, indépendant depuis 1960, a entamé, depuis 1990, un lent et difficile processus de démocratisation, qui a été marqué, en 1993, par des exactions des forces armées contre la population et l’exode massif des habitants de Lomé.

2. Le pays et ses ressources
1. Relief et hydrographie

S’étirant sur 550 km du nord au sud pour une largeur n’excédant pas 130 km, le Togo couvre une superficie de 56 785 km².

La région côtière est constituée par une étroite fenêtre sur le golfe de Guinée, battue par une forte barre. Un cordon littoral sableux de quelques centaines de mètres de largeur sépare cette côte hostile, où seuls les pêcheurs viennent tirer leurs pirogues, d’une zone de lagunes où se situe le lac Togo (Miayi To Godo, « nous irons au-delà de la colline »), qui a donné son nom au pays.

C’est là que vit une population pratiquant la pêche (en mer et en lagune), l’agriculture et le commerce. Elle habite de petites villes, comme Lomé, la capitale, et Aného, traversées par la grande route côtière qui longe le golfe de Guinée entre mer et lagune. La région qui fait suite aux lagunes, de nature sédimentaire, s’élève lentement de 60 à 200 m.

C’est aussi une « terre de barre » (de barro, argile en portugais) riche et peuplée, comme au Bénin voisin. Elle vient heurter la barrière montagneuse qui traverse le pays dans le sens nord-est/sud-ouest. Ce massif ancien et érodé, d’une altitude moyenne de 600 à 800 m, culmine à 986 m au mont Agou dans le Sud-Ouest. Les monts du Togo, au centre, se prolongent vers le nord par le plateau Bassari et les hauteurs dominant Lama-Kara pour rejoindre le massif de l’Atakora au Bénin.

Ces reliefs donnent naissance aux principales rivières qui arrosent le pays, dont le fleuve Mono, qui marque la frontière avec le Bénin dans son cours inférieur, et ses affluents, l’Anié et l’Ogou. Ils constituent la ligne de partage des eaux des bassins de la Volta et de l’Oti, qui traverse la partie septentrionale du Togo et suit la frontière avec le Ghana.

2. Climat

Le Togo possède un climat subéquatorial au sud et subsahélien au nord, avec des températures annuelles moyennes comprises entre 27,2 °C et 30 °C sur le littoral.

Le Sud est soumis à deux saisons des pluies, d’avril à juillet et d’octobre à novembre, avec des précipitations annuelles peu importantes pour la région (700 à 800 mm à Lomé) en raison d’un microclimat. En revanche, le Nord est soumis à un climat presque sahélien avec une longue saison sèche marquée par l’harmattan (vent sec du nord-est chargé de poussières sahariennes) et une seule saison des pluies, d’avril à juillet, responsable de précipitations importantes sur les montagnes (1 700 mm annuels).

3. La faune et la flore

La mangrove occupe le pourtour des lagunes et les parties marécageuses du littoral infiltrées par l’eau de mer. Quelques parcelles de forêt primaire subsistent au sud-ouest dans le massif spectaculaire de l’Avatimé à la frontière du Ghana. Ici, la forêt a été exploitée par les Allemands, qui ont aménagé des plantations de cacao. Jusqu’aux monts du Togo, au centre, cette ancienne zone forestière, devenue zone de colonisation pour les populations du Nord reconverties dans la culture du café ou du cacao, a été reboisée de tecks, arbre d’origine asiatique à la pousse rapide, utilisé dans la fabrication de mobilier.

La savane arborée ou la forêt claire couvre les plateaux et la partie septentrionale où la savane s’élargit avec des baobabs, des rôniers, des fromagers et des kapokiers. Des forêts-galeries plus ou moins denses bordent le cours des rivières. Le petit gibier et les oiseaux abondent, notamment l’agouti qui vit dans le Sud. Crocodiles et hippopotames peuplent les rivières. Quant aux grands mammifères (buffles, antilopes et lions), ils occupent essentiellement les savanes du Nord (parc de la Kéran). On trouve également de nombreuses variétés de serpents et de singes.

4. Ressources naturelles

Au centre, le pays bassari, riche en fer, a fait l’objet d’une forte exploitation artisanale depuis l’époque précoloniale. Le potentiel minier est loin d’être négligeable, avec du cuivre, de la bauxite, de la chromite, du manganèse et du pétrole en mer, mais leur exploitation nécessite de lourds investissements. Les phosphates constituent la grande ressource du pays, avec le minerai de fer, la craie, le marbre, ainsi que le sel. Les minerais sont exportés par un wharf spécialement construit à cet effet.

3. Population
1. Démographie

En 2007, la population du Togo était estimée à 5,7 millions d'habitants, soit une densité moyenne de 105 habitants au km². En 2007, son taux de croissance annuelle était de 2,72 p. 100, le taux de mortalité infantile s’élevant à 59,1 p. 1 000. L’espérance de vie était de 57,9 ans.

Le pays comprend une quarantaine de communautés. Les plus importantes sont celles des Ewe et des groupes apparentés, Ouatchi et Adja (qui représentent près de la moitié de la population), et des petits groupes côtiers : Ahoulan et Peda (des pêcheurs), Mina et Guin (des commerçants) originaires du Ghana ; au nord, les Kabré (ou Kabiyè) représentent 22 p. 100 de la population ; certains ont émigré vers le sud-ouest dans les zones de colonisation agricole. Les Bassari vivent sur le plateau Bassari, au nord des monts du Togo et sont réputés pour leur connaissance de la métallurgie du fer. Ils ont pour voisins les Kokomba, des agriculteurs qui traversent la frontière ghanéenne pour un travail saisonnier ; ils s’y établissent parfois, provoquant des heurts avec les populations locales qui les emploient. Dans l’extrême-Nord, les Tamberma comptent parmi les plus anciennes populations du pays ; ils vivent dans des maisons fortifiées, souvenirs des razzias et des migrations d’avant la colonisation. Comme au Bénin, on trouve sur la côte des descendants d’anciens esclaves revenus du Brésil et portant des noms portugais.

2. Villes principales

La population, principalement composée d’agriculteurs, de pêcheurs et d’éleveurs, habite essentiellement des villages. En 2005, 36,3 p. 100 seulement des Togolais étaient des citadins. Lomé, la capitale (799 122 habitants), à la frontière avec le Ghana, est la plus grande ville du pays. Puis, par ordre décroissant, les villes de Sokodé (51 000 habitants), Lama-Kara (30 000 habitants) et Kpalimé (30 000 habitants) ; Aného est un ancien comptoir, établi près du canal permettant au lac Togo de se déverser dans la mer mais inaccessible aux navires.

La ville de Lomé a donné son nom à une série d’accords régissant les relations économiques entre la Communauté européenne (actuelle Union européenne) et des pays en cours de développement. Les premiers accords, signés à Lomé en 1975 avec quarante-six pays du tiers-monde sous le nom de conventions de Lomé et appelés plus communément Lomé I, furent suivis d’un Lomé II puis d’un Lomé III, etc., élargissant chaque fois l’éventail des pays en faisant partie et s’adaptant aux évolutions de la construction européenne et de l’économie mondiale.

3. Langues et religions

Le français, langue officielle, est utilisé dans l’administration et dans le commerce. L’ewe et le kabré, les deux principales langues nationales, sont enseignés à l’école, avec le français. Plus de la moitié de la population adhère aux croyances traditionnelles, qui imprègnent toujours les religions monothéistes (26 p. 100 de catholiques, 9 p. 100 de protestants, et 20 p. 100 de musulmans, principalement dans le Nord), les cultes syncrétiques sont nombreux sur la côte.

4. Éducation

Après l’indépendance, et surtout dans les années 1970, le gouvernement a mené une campagne de scolarisation gratuite pour tous les enfants âgés de deux à quinze ans. L’école est aujourd’hui obligatoire de 6 à 15 ans. Les écoles tenues par des missionnaires sont nombreuses. Au début des années 2000, 90 p. 100 des enfants sont scolarisés et 15 000 étudiants sont inscrits à l’Université de Lomé, fondée en 1965. En 2005, 63,5 p. 100 de la population est alphabétisée.

5. Institutions et vie politique

À l’indépendance, en 1960, le Togo se dote d’une Constitution prévoyant le multipartisme, mais une vie politique mouvementée marquée par deux coups d’État militaires ouvre la voie au régime de parti unique, consacré par la Constitution de 1980. À partir de 1990, le Togo s’achemine vers un multipartisme fortement encadré. Le 27 septembre 1992, une nouvelle Constitution, instituant la IVe République et autorisant le multipartisme, est adoptée par référendum. Le pouvoir exécutif est détenu par le président de la République et le pouvoir législatif par une Assemblée nationale composée de 81 membres. Toutefois, dès les premiers mois de 1993, le mouvement démocratique subit une répression sanglante. Le scrutin présidentiel d’août 1993, boycotté par l’opposition et marqué par une abstention de 60 p. 100, confirme à la présidence de la République togolaise le général Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis 1967.

La transition démocratique s’avère laborieuse tandis que le président Eyadéma est réélu en 1998 lors d’un scrutin entaché de nombreuses irrégularités, et que son parti, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), domine très largement la scène politique nationale. En dépit d’un accord-cadre signé à Lomé en juillet 1999 entre le gouvernement et l’opposition, la situation demeure bloquée. Après la victoire écrasante du RPT lors des élections législatives d’octobre 2002, boycottées par l’opposition traditionnelle et marquées par de nombreuses violences et irrégularités, le président Eyadéma fait amender la Constitution, qui, en l’état, ne lui permet pas de briguer un troisième mandat. Il est réélu en juin 2003 avec 57,79 p. 100 des suffrages.

4. Économie
1. Généralités

En 2005, le produit intérieur brut (PIB) était de 2,20 milliard de dollars, soit un revenu annuel de 358,50 dollars par habitant. Les deux tiers de la population vivent de l’agriculture (cultures vivrières majoritaires), secteur qui représente un tiers du PIB. Le gouvernement s’emploie à diversifier les cultures de rapport pour pallier l’instabilité des cours mondiaux, le coton représentant un quart des exportations totales du pays. Les ressources minières (phosphates) constituent l’autre pilier du commerce extérieur. Les zones franches, créées en 1989, n’ont pas généré le vingtième des emplois prévus, malgré un taux horaire comptant parmi les plus bas du monde.

Après une très longue grève générale, se prolongeant de la fin de l’année 1992 aux premiers mois de 1993, à la suite des massacres de civils par l’armée togolaise, l’aide internationale a diminué — l’aide de l’Union européenne a notamment été suspendue. La dévaluation du franc CFA, en janvier 1994, a engendré une très forte inflation (supérieure à 40 p. 100) qui a été jugulée. Le taux de croissance du PIB s’élève à 2,80 p. 100 pour la période 2005, tandis que l’économie informelle domine encore le pays.

2. Agriculture

Le quart de la superficie du Togo est cultivé. Pourtant, ce chiffre couvre des réalités très diverses ; il prend en compte aussi bien le petit champ de mil de la savane septentrionale que la parcelle de terre argileuse du Sud plantée en maïs ou en patate douce ; les statistiques oublient également que le petit fonctionnaire est souvent un agriculteur qui cultive ses ignames et pêche dans la lagune. La plus grande partie de la production agroalimentaire provient de modestes exploitations et se compose de manioc (725 000 t), d’igname, de maïs (485 000 t), de sorgho (180 000 t), de riz (68 100 t), d’arachide (33 000 t) et de plantain. Les principaux produits agricoles d’exportation, essentiellement cultivés dans le Centre et le Sud, sont le cacao (50 000 t), le café (13 500 t), le coton (185 000 t), ainsi que l’huile de palme et l’arachide.

L’élevage est prépondérant dans le Nord. En 2005, le pays comptait 1,8 million d’ovins, 1,5 million de caprins, 320 000 porcs et 280 000 bovins. Les prises de la pêche se chiffraient à 29 538 t.

3. Gisements miniers et produits manufacturés

Le Togo est l’un des premiers producteurs mondiaux de phosphates, principale ressource minière du pays (gisement de Hahoté et Akopané près du lac Togo). La production annuelle de phosphates qui s’élève à 3,5 millions de tonnes de concentré d’excellente qualité à la fin des années 1980 tombe à 400 000 t en 2004 du fait des problèmes politiques et des grèves en découlant. Une raffinerie de pétrole est installée à Lomé. Le Togo produit des diamants en petite quantité et exporte du marbre brut provenant du gisement de Gnaoulou au nord de Notsé. Les principaux produits manufacturés sont le ciment, la farine de manioc, l’huile de palme, les boissons et le savon dans la région méridionale, les textiles de coton dans le centre (usine de Dadja près d’Atakpamé).

4. Commerce extérieur

Le commerce extérieur, habituellement déficitaire, a encore pâti de l’effondrement de production des phosphates et de la dévaluation du franc CFA qui a surenchéri les importations. En 2004, les exportations annuelles se chiffrent à 384 millions de dollars, contre 548 millions pour les importations. Les phosphates (environ 50 p. 100 des recettes), le cacao, le café, le coton brut, le ciment, l’huile de palme, les noix de karité et les cœurs de palmier sont les principaux produits d’exportation. Quant à l’importation, elle consiste surtout en denrées agroalimentaires, textiles, machines, équipements électriques, matériaux de construction et équipements de transport. La France, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie et les États-Unis sont ses premiers partenaires commerciaux. Comme partout en Afrique de l’Ouest, les pays du Sahel (en l’occurrence le Burkina et le Niger) envoient du bétail sur pied destiné aux villes de la côte.

Le pays dispose d’un réseau routier de 7 520 km, dont 32 p. 100 est bitumé. Une ligne de chemin de fer nord-sud relie le port de Lomé à Atakpamé au centre du pays, la zone cotonnière. Le projet jamais réalisé de la prolonger jusqu’à Niamey date de l’époque coloniale. Le Togo est en effet l’ouverture du Niger vers la mer ; il exporte par ses ports les produits pondéreux et stratégiques nigériens comme le minerai concentré d’uranium d’Arlit dans l’Aïr. C’est à partir du port de Kpémé que sont expédiées par un wharf les cargaisons de phosphates. Un aéroport international est situé à proximité de Lomé.

5. Histoire
1. Le peuplement du Togo

Des objets lithiques (meules, broyeurs, pierres taillées) et des perles de pierre ont été découverts dans tout le pays, en particulier dans le Nord où la nature du terrain, plus sec et plus dégagé, les rendent plus visibles. L’étude préhistorique étant nouvelle dans la région, leur datation et leurs liens avec les cultures voisines n’ont pas encore été précisément établis. Les nombreux vestiges de fourneaux et de scories permettent cependant d’affirmer que l’activité métallurgique était intense dans le centre et que les forgerons exportaient le fer extrait des minerais de la région jusqu’à Kano au Nigeria. Certains de ces hauts-fourneaux de trois à quatre mètres de hauteur, qui servaient aux Bassari à réduire le minerai de fer pour fabriquer des outils et des armes, étaient encore utilisés au début de l’époque coloniale. Comme les Bassari, les Tamberma et les Kabré habitaient déjà les régions montagneuses lorsque sont arrivées des populations poussées par les événements qui déstabilisèrent durablement l’Afrique occidentale (traite négrière, introduction de fusils, puis islamisation de la savane). Dans le Nord, les Gourma islamisés et les Kotokoli se sont installés autour de Sokodé ; les Tyokossi se sont établis dans la région de Mango. Le centre et le sud du pays ont subi les contre coups de la montée en puissance des Bariba du Bénin ainsi que du royaume du Dahomey et des Ashanti du Ghana. Réfugiées dans leurs montagnes, les populations locales ont résisté cependant aux razzias de leurs voisins. Dans le Sud, les populations venues de l’Est (Bénin actuel et Nigeria) se sont installées en vagues successives à partir du xve siècle, à l’aube de l’arrivée des Portugais sur la côte. Les Ewe se sont établis autour de Tado, près de Notsé, au siècle suivant. Leur roi, Agokoli, fit édifier une enceinte faite d’argile et de sang humain (un rite de fondation) pour protéger Notsé des réfugiés affluant du Nord. Au xviie siècle, devenus trop nombreux, les Ewe se sont dispersés dans le Sud et dans l’Ouest jusqu’à la rive gauche de la Volta.

2. L’époque coloniale

Le Togo faisait partie de la côte des esclaves, l’une des premières régions où les Européens ont commencé à pratiquer la traite des Noirs. Dès le xviie siècle, quelques comptoirs sont établis dans la région, mais l’essentiel de la traite des Noirs est pratiqué au Dahomey (actuel Bénin) et dans la Côte-de-l’Or (actuel Ghana) où le littoral présente plus de facilités. En 1884, l’explorateur allemand Gustav Nachtigal signe un traité de protectorat avec le chef du lac Togo, et l’année suivante, au congrès de Berlin, durant lequel sont délimitées les zones d’influence économiques européennes en Afrique, la côte togolaise est attribuée à l’Allemagne. Comme les autres puissances, l’Allemagne s’empresse de faire valoir ses droits le plus loin possible sur l’arrière-pays. Les Allemands fondent le port de Lomé et mettent en place une économie de plantations, notamment dans la région de Kpalimé, propice à la culture du cacao et du café. En 1914, après l’éclatement de la Première Guerre mondiale, une opération conjointe franco-britannique force les Allemands, retranchés à Atakpamé, à capituler dès le mois d’août 1914.

En 1920, la France et la Grande-Bretagne procèdent au partage définitif du pays. Lomé et toute la région côtière, soit les deux tiers de la colonie allemande, deviennent le Togo français, tandis que la partie occidentale, plus petite, est administrée par la Grande-Bretagne qui l’intègre à la Côte-de-l’Or. Deux ans plus tard, la Société des Nations confie un mandat aux puissances coloniales pour l’administration de leur territoire respectif. Le 13 décembre 1946, l’Organisation des Nations unies (ONU) place ces mandats sous le régime international de la tutelle. En 1956, à l’issue d’un référendum, le Togo britannique est incorporé à la Côte-de-l’Or, qui devient le Ghana au moment de son indépendance en 1957. Les Ewe refusent ce choix qui consacre la partition de leur peuple, dont le territoire s’étendait avant la colonisation européenne de Notsé aux rives de la Volta. Cet éclatement nourrira par la suite des tensions périodiques entre Ghana et Togo.

3. L’indépendance

En 1958, un nouveau référendum, organisé sous l’égide de l’ONU, permet au Togo français d’accéder à l’autonomie en tant que république, au sein de la Communauté française. L’Union des forces du changement, qui milite pour une indépendance totale, dirige le premier gouvernement autonome. Sylvanus Olympio, leader du parti, originaire du Sud, devient chef du gouvernement. En février 1960, il refuse l’offre du président ghanéen Kwame Nkrumah d’unir les deux pays. Le Togo devient indépendant le 27 avril 1960, et obtient un siège à l’ONU en septembre.

En janvier 1963, le président Olympio est assassiné lors d’un putsch militaire. Nicolas Grunitzky est alors chargé par l’armée de former un gouvernement provisoire et assume les fonctions de président. Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum. En janvier 1967, l’armée est à l’origine d’un nouveau coup d’État et place à la tête du gouvernement le chef des armées Gnassingbé Eyadéma, un Nordiste kabré ayant participé au putsch de 1963. La Constitution est abrogée et le corps législatif dissous. En avril, Eyadéma endosse les fonctions de président et de ministre de la Défense. Le Rassemblement du peuple togolais (RPT), fondé en 1969, devient l’unique parti autorisé, et une nouvelle Constitution est promulguée en décembre 1979. L’opposition, composée surtout de « Sudistes », anciens partisans d’Olympio, ne désarme cependant pas. Après deux tentatives de complot contre le régime en 1970 et 1974, l’attentat manqué organisé en 1986 par un commando infiltré depuis le Ghana déclenche de violentes manifestations à Lomé et une intervention de la France, qui craint une déstabilisation du régime.

4. Le régime du général Eyadéma

Réélu pour un nouveau mandat de sept ans en 1986, le général Eyadéma cède à la pression populaire en 1991 et se trouve contraint de réunir une conférence nationale, laquelle met en place un gouvernement de transition, conduit par Joseph Kokou Koffigho au poste de Premier ministre. Les troupes restées fidèles au président Eyadéma, composées à 70 p. 100 de Kabré, tentent à plusieurs reprises de renverser le nouveau régime, amenant le pays au bord de la guerre civile et d’un conflit avec le Ghana, accusé de protéger les opposants. Les premiers mois de l’année 1993 sont marqués par les exactions de l’armée à l’encontre de la population de Lomé, comptant de nombreux Ewe. Elles entraînent un exode massif vers le Ghana (où auraient trouvé refuge 100 000 personnes) et le Bénin (130 000 personnes).

En août 1993, le président-général Eyadéma est réélu avec 94,6 p. 100 des voix en raison du boycottage du scrutin par l’opposition. En revanche, les élections législatives multipartites de février 1994 sont remportées par les deux principaux partis d’opposition — le Comité d’action pour le renouveau (CAR) et l’Union togolaise pour la démocratie (UTD). L’alliance entre les deux partis est toutefois rompue alors que le leader de l’UTD, Edem Kodjo, accepte de former un gouvernement avec le parti du président, qui parvient ainsi à rétablir un contrôle quasi total sur le pays.

Doyen des dirigeants africains arrivés au pouvoir par un coup d’État, le général Eyadéma réussit à conforter sa position sur la scène régionale. En 1996, les présidents ghanéen et sud-africain se rendent à Lomé où ils font étape au village natal du président, Pya. Les relations avec le Ghana de Jerry Rawlings se détendent, et le Togo établit des relations diplomatiques avec l’Afrique du Sud lors de la visite de Nelson Mandela en mars 1996. En outre, à l’intérieur, les élections législatives d’octobre 1997, boycottées par l’opposition, redonnent au président une majorité absolue au Parlement. Le général Eyadéma nomme à la tête du gouvernement l’un de ses proches collaborateurs, Klutsé Kwassi.

Lors de la première élection présidentielle multipartite de l’histoire du Togo, en juin 1998, le général Eyadéma est reconduit avec 52,13 p. 100 des suffrages exprimés, face à Gilchrist Olympio, fils de l’ancien président assassiné. Entaché de nombreuses irrégularités, ce scrutin est vivement contesté par l’opposition et mis en doute par les observateurs internationaux. Il pousse l’Union européenne à suspendre son aide au Togo, ce qui entraîne l’aggravation d’une situation économique déjà très critique.

Le pays entre dans une crise politique aiguë, que les rencontres engagées à la fin de l’année 1998 entre le gouvernement et l’opposition ne parviennent pas à résoudre. Boycottées par l’opposition, les élections législatives de mars 1999 confèrent au RPT la totalité des sièges au Parlement. Grâce à la médiation de plusieurs pays africains et européens, le dialogue inter-togolais aboutit au mois de juillet à la signature d’un accord entre gouvernement et opposition. Le texte de l’accord prévoit notamment la création d’une commission électorale indépendante et d’un code de bonne conduite précisant devoirs et droits respectifs de l’opposition et de la majorité. Le président annonce qu’il dissoudra l’Assemblée nationale et organisera des élections législatives pour que d’autres formations politiques puissent entrer au Parlement. Il s’engage à respecter la Constitution et à ne pas se présenter pour un troisième mandat.

Au mois de mars 2001, les enquêtes menées par les Nations unies et l’Organisation de l’unité africaine (OUA) confirment le rapport publié en 1999 par Amnesty International (Togo : État de terreur) dénonçant de graves violations des droits de l’homme et les centaines d’assassinats perpétrés lors du scrutin présidentiel précédent de 1998. Les élections prévues pour le mois d’octobre sont repoussées, tandis que la contestation est réprimée dans le sang. Soumis à de nouvelles sanctions économiques, le pays est au bord de la banqueroute ; le paiement des fonctionnaires, régulièrement arriéré, est suspendu.

La transition démocratique apparaît de plus en plus bloquée, alors que, au mois de février 2002, le gouvernement de Lomé procède à la modification du code électoral — cette mesure entraînant la suspension de tout financement international — et que, au mois d’octobre, Messan Kodjo Agbéyomé démissionne de son poste de Premier ministre, avant de fuir le pays et de gagner le camp des opposants. Boycotté par l’opposition traditionnelle, le scrutin législatif d’octobre 2002 se déroule dans un climat de violence et avec de nombreuses irrégularités. Le parti présidentiel, le RPT, remporte 72 des 81 sièges au Parlement.

Fort de cette victoire, à l’approche de l’élection présidentielle de juin 2003, le président Eyadéma rompt son engagement à ne pas briguer un troisième mandat conformément à la Constitution, et parvient à faire voter en ce sens une révision constitutionnelle. Il réussit aussi, grâce à la loi électorale, à exclure du scrutin son principal adversaire, Gilchrist Olympio. Il est réélu avec 57,79 p. 100 de suffrages pour un nouveau mandat de cinq ans.

5. L’après Eyadéma

La mort brutale de Gnassingbé Eyadéma, qui décède d’une crise cardiaque le 5 février 2005, plonge le pays dans une grave crise de succession. Les manœuvres de l’armée et du parti au pouvoir (le RPT) pour imposer à la tête de l’État le fils du président défunt, Faure Gnassingbé, au mépris de la Constitution en vigueur, entraînent de vives contestations au sein de l’opposition togolaise et de la communauté internationale. Face aux pressions internationales et aux sanctions imposées par plusieurs organisations régionales — en particulier la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) —, Faure Gnassingbé démissionne de la présidence quelques semaines seulement après avoir succédé à son père. Le RPT le désigne cependant comme son candidat à l’élection présidentielle qui, devant avoir lieu dans un délai maximum de 60 jours, conformément à la Constitution togolaise, se déroule en avril. À la suite de la proclamation de la victoire de Faure Gnassingbé, avec 60 p. 100 des suffrages, le pays est le théâtre d’affrontements de rue violents entre l’armée et les jeunes partisans du candidat de l’opposition, Emmanuel Bob Akitani, qui s’autoproclame également élu. Au mois de juin 2005, Faure Gnassingbé nomme Edem Kodjo, opposant modéré, au poste de Premier ministre. Ayant déjà occupé ces fonctions de 1994 à 1996, il a également été gouverneur du FMI (1967-1973) et secrétaire général de l’OUA (1978-1983). Il forme un gouvernement qui comprend quelques membres de l’opposition.