| Wordsworth, William | Format lecture | ||||
| Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer. | |||||
| 2. | De la révolution au conservatisme |
Né à Cockermouth (Cumberland, aujourd’hui Cumbria), orphelin de bonne heure, William Wordsworth est élevé avec ses frères et sa sœur par ses grands-parents. À Cambridge, il montre peu de goût pour les études, leur préférant les beautés de la nature et la poésie, pour laquelle il se sent une vocation précoce. Durant l’été 1790, il effectue un périple à travers la France et la Suisse. Diplômé l’année suivante, il retourne en France où il s’enthousiasme pour la Révolution, échappant d’ailleurs de peu à la guillotine. Sa maîtresse, Annette Vallon, rencontrée à Orléans, donne naissance à une fille en 1792. Qu’il ait eu ou non la velléité de les abandonner, Wordsworth n’a de toute façon d’autre choix que de regagner l’Angleterre, qui vient d’entrer en guerre contre la France (1793). Il ne reverra pas son enfant — qu’il a reconnu dès sa naissance — avant sa neuvième année, ce qui lui sera une grande source de tourments.
De retour en Angleterre, Wordsworth s’installe avec sa sœur Dorothy dans le Dorset, puis dans le Somerset (1797), non loin de la demeure de celui qui va devenir l’ami de toute une vie, Samuel Coleridge. Wordsworth et Coleridge voyagent beaucoup ensemble, effectuant notamment un long séjour en Allemagne. En 1799, Wordsworth s’établit définitivement dans sa région natale des Lacs (voir Lake District). Comme le poète Robert Southey et Coleridge vivent à proximité, ils se font connaître tous trois sous le nom de poètes lakistes, quoique leurs affinités littéraires ne permettent pas de parler véritablement d’école poétique. À partir de 1800, sous l’influence conjuguée de ses amis — dont Walter Scott — et des dérives de la Révolution française qui ont permis l’avènement de Napoléon, les positions de Wordsworth se transforment radicalement : en 1810, l’ancien révolutionnaire est devenu, sinon réactionnaire, du moins résolument conservateur sur les plans politique et religieux.
En 1802, il épouse son amie d’enfance Mary Hutchinson, dont il donne un portrait charmant dans le poème lyrique She Was a Phantom of Delight. En 1813, le poète, qui peine à vivre de sa plume, obtient un emploi de vendeur de timbres à Westmorland. Cette sécurité affective et matérielle lui permet de mener dès lors une vie paisible et sédentaire. Le succès, lui, mettra encore du temps à venir, la critique, comme le public, ne révisant leur jugement qu’au début des années 1830. En 1842, Wordsworth se voit accorder une rente par le gouvernement et, l’année suivante, accède enfin à la reconnaissance officielle en succédant à Robert Southey au poste de poète-lauréat.