| Shelley, Mary | Format lecture | ||||
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| 3. | La philosophie au crible du fantastique |
Il faut tenir compte des données biographiques pour mesurer ce qu’a de réellement exceptionnel l’accès à l’écriture de Mary Shelley. C’est une toute jeune femme, ardente et rebelle, vivant aux côtés d’un poète au génie affirmé et tourmenté dont les « strophes » sont « écrites dans le désespoir », pour reprendre le titre d’un de ses plus fameux poèmes. Elle publie en 1818, anonymement, son premier roman, aussitôt célèbre, Frankenstein ou le Prométhée moderne (Frankenstein or the Modern Prometheus) — livre sur lequel elle reviendra pour une seconde édition en 1831, publiée cette fois sous son nom, augmentée d’une introduction en même temps que profondément modifiée dans ses équilibres.
Ce récit a pour origine un défi que les membres d’une petite société (avec les amants, Byron et Polidori) se sont lancés dans l’été 1816 en Suisse, à la suite de leur lecture commune des écrivains fantastiques allemands : écrire chacun une histoire de revenants. Seule Mary ira au bout du projet, dont elle fait une véritable investigation de la rébellion, de sa grandeur et de sa pulsion de mort.
Cette histoire d’un savant de haute volée, conduit par les pouvoirs que lui donne son savoir à construire — nouveau dieu — une créature artificielle, vivante et sensible mais monstrueuse aux yeux des hommes, finissant par se révolter contre celui qui l’a conçue sans lui donner les moyens de sa liberté, est tout droit entrée dans le petit cercle des mythes littéraires. Succès qui a peut-être fait oublier la puissance du bilan des Lumières qu’elle opère, et qui devrait faire revenir le lecteur, par-delà toutes les adaptations plus ou moins réussies qui y font écran, au génie de la construction épistolaire et à l’âpreté lyrique qui sont la marque de Mary Shelley écrivain. Parmi ses autres romans, on retiendra, outre une autobiographie fictionnalisée (Lodore, 1835), le magnifique Dernier Homme (The Last Man, 1826), qui met en scène la destruction de la race humaine par la peste.