| Afrique | Format lecture | ||||
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| 5. | Histoire |
| 1. | Le berceau de l’humanité |
L’Afrique a vu naître les ancêtres de l’homme moderne. Ils sont apparus il y a quelque sept millions d’années en Afrique orientale. Ce sont des outils (de simples galets utilisés comme broyeurs) qui ont été mis au jour en premier. Puis de nombreux fossiles ont été trouvés, jusqu’à la découverte dans l’Afar, en Éthiopie, du squelette d’un australopithèque appartenant à l’espèce Australopithecus afarensis, dit Lucy, un hominidé de trois millions d’années. Il y a plus de 1,5 million d’années, la région de la Rift Valley voit ensuite apparaître Homo habilis et Homo erectus, des hominidés connaissant des outils de pierre plus élaborés. Homo sapiens, le premier homme véritable, apparaît en Afrique il y a plus de deux cent mille ans, alors qu’il est déjà présent en Europe et en Asie. Voir évolution de l’homme.
L’homme préhistorique africain plus récent est moins connu, et ce n’est qu’à partir du Xe millénaire avant notre ère que l’on retrouve une continuité avec notre époque. En 1978, des fouilles dans le massif de l’Aïr, au Niger, et des datations scrupuleuses ont permis de déterminer que, dès cette époque, les Africains ont réussi à maîtriser la technique de la terre cuite de façon autonome. Ce lent processus va aboutir à la découverte des arts du feu et de la métallurgie, que nous connaissons à travers les œuvres en terre cuite de la civilisation Nok (Nigeria, ve siècle av. J.-C.), puis les masques en laiton et en bronze d’Ife et du Bénin (xe-xixe siècles).
| 2. | L’Afrique dans l’Antiquité |
La première grande civilisation d’Afrique se forme dans la vallée du Nil, vers 5000 av. J.-C. Chassés du Sahara par la désertification, les agriculteurs néolithiques s’établissent sur les bords du Nil, qui a diminué de volume, et profitent des crues du fleuve comme source d’irrigation, ainsi que des nouveaux sols dégagés par le retrait des eaux. Avec la nécessité de contrôler les crues se met en place un État complexe et organisé, doté des systèmes politique et religieux élaborés. La civilisation égyptienne rencontre les sociétés méditerranéennes, tandis que l’assèchement général du climat la coupe de plus en plus du reste du continent auquel ne la relie plus que la mince vallée du Nil. Dans la haute vallée du fleuve, en Nubie, se développe le royaume de Koush (dont les capitales successives sont Napata et Méroé).
Probablement au ier siècle apr. J.-C., l’Afrique est envahie par des populations du sud de l’Arabie (les Sabéens du royaume de Saba), qui s’installent sur le plateau abyssin et fondent le royaume d’Aksoum, embryon de la royauté éthiopienne. Intégrés, puis alliés à la population noire locale, les souverains abyssins entretiennent des relations étroites avec le sud de l’Arabie.
Du iiie siècle av. J.-C. au début du ier siècle apr. J.-C., Rome conquiert Carthage, puis l’Égypte et l’ensemble de l’Afrique du Nord, qui devient le grenier à blé de l’Empire romain (Voir province romaine d’Afrique). Lors du partage de l’Empire en 395, toute la partie à l’ouest de la Libye actuelle reste aux mains de l’Empire romain d’Occident, la partie orientale (y compris l’Égypte) étant inféodée à l’Empire romain d’Orient (futur Empire byzantin). Au ve siècle, les Vandales (une tribu germanique) conquièrent une grande partie de l’Afrique du Nord et dominent la région pendant un siècle, avant d’être vaincus par les armées byzantines.
| 3. | Les grandes civilisations historiques |
| 3.1. | Afrique du Nord : les États musulmans |
Au viie siècle, dix ans après la mort de Mahomet (lequel meurt en 632), les armées musulmanes envahissent l’Afrique et viennent à bout de la résistance byzantine.
Les Arabes soumettent ensuite les États berbères de l’ouest, atteignent l’Atlantique, puis s’établissent sur la péninsule Ibérique (viiie siècle). De nombreux groupes berbères, retranchés dans le massif de l’Atlas et au-delà du Sahara, résistent à la mainmise des conquérants musulmans. Pour leur part, les populations urbaines de la côte nord-africaine (christianisées superficiellement par les Byzantins) embrassent l’islam. Les minorités arabes, s’appuyant sur ces convertis, établissent des principautés en Algérie et au Maroc, créant de l’Indus à l’Atlantique un grand ensemble commercial dans lequel les marchands peuvent circuler et échanger leurs produits en toute liberté grâce à une monnaie d’or, le dinar. La logique pousse ces derniers à développer le commerce transsaharien pour accéder au royaume du Ghana, qui a établi sa notoriété sur l’exploitation des mines d’or du Haut-Sénégal-Niger.
Au Soudan oriental, les États chrétiens sont conquis ; seul le royaume chrétien de Nobatia est assez fort pour imposer un traité lui garantissant l’indépendance (qu’il conserve pendant six siècles). Le long de la côte orientale, les commerçants arabes de Mascate et d’Oman, prenant la suite des commerçants indiens du Gujarat, fondent des comptoirs (viiie siècle), qui connaissent la prospérité et la paix jusqu’à l’arrivée de Vasco de Gama, au début du xvie siècle.
Le commerce transsaharien s’établit à partir du viiie siècle. Les caravaniers musulmans propagent les valeurs politiques, religieuses et sociales de l’islam, mais ont peu de prise sur les populations noires animistes jusqu’à l’arrivée des Almoravides, qui entreprennent de mettre la main sur le commerce de l’or et d’islamiser la région par la force en lançant une guerre sainte contre les païens (xie siècle).
Plusieurs dynasties musulmanes se développent en Afrique du Nord (Almoravides, Almohades, Idrissides, Fatimides en Tunisie puis en Égypte). Au xive siècle, le Soudan chrétien est débordé par les armées des Mamelouks d’Égypte. Les Turcs ottomans conquièrent l’Égypte en 1517 et, en l’espace de cinquante ans, établissent un contrôle nominal sur la côte nord-africaine. Toutefois, le véritable pouvoir reste aux mains des Mamelouks, qui règnent sur l’Égypte. Les Éthiopiens sont submergés par les armées du sultan d’Adal, mais, en 1542, ils repoussent les musulmans avec l’aide des Portugais conduits par le fils de Vasco de Gama.
| 3.2. | Afrique occidentale : les grands empires |
En Afrique occidentale se forment des royaumes dont l’économie repose sur le commerce transsaharien. L’or et les esclaves sont envoyés vers le nord en échange de tissus et d’outils, tandis que se développent les échanges entre le Sahara qui fournit le sel, la savane qui donne le mil, et la forêt où pousse la noix de cola.
| 3.2.1. | Le royaume du Ghana |
Le premier de ces États, le royaume du Ghana, émerge à partir du ve siècle dans le sud-est de l’actuelle Mauritanie, sur le site de Koumbi Saleh. Vers le début du xie siècle, la cour du Ghana compte des conseillers musulmans. Les marchands musulmans vivent dans des grands quartiers réservés, d’où ils dirigent un commerce lucratif à grande échelle. À la fin du xie siècle, le Ghana est détruit par les Almoravides, une dynastie musulmanes fondée par les Berbères sanhadja. La conquête almoravide prend deux directions : vers le nord, où les musulmans s’emparent du Maroc, fondent Marrakech (vers 1062) et conquièrent l’Espagne musulmane (à partir de 1086) ; vers le sud, où ils s’emparent du Ghana (vers 1076). Au siècle suivant, les Soussou du Fouta-Djalon, anciens vassaux du Ghana, prennent le contrôle de la région, mais doivent se soumettre à l’empire du Mali dont la capitale se trouve à Niani, dans le nord-est de la Guinée actuelle (vers 1240).
| 3.2.2. | L’empire du Mali et l’Empire songhaï |
L’empire du Mali est fondé vers 1235 par Soundiata Keita, un prince semi-légendaire malien. Il se développe dans le cours supérieur du Sénégal et du Niger à partir d’un ensemble de peuples de langue mandé. L’empire connaît son apogée sous le règne du mansa (roi) Kankan Moussa, qui introduit l’islam dans son royaume. Il devient célèbre à la suite d’un fastueux pèlerinage à La Mecque (1324-1325) au cours duquel il aurait distribué des pièces d’or en telle quantité que le cours du métal se serait effondré sur les marchés du Caire. Il établit des relations diplomatiques avec la Tunisie et l’Égypte, et fait venir des enseignants et des artisans ; à cette époque, le Mali est connu en Occident comme le montre l’atlas catalan dit de Charles V.
L’empire du Mali décline à partir du xve siècle, avec la montée en puissance de son voisin le royaume de Gao qui devient, sous le règne de Sonni Ali Ber (1464-1493), l’Empire songhaï. Sous son successeur Askia Mohammed, l’Empire songhaï s’étend de l’Atlantique au lac Tchad sur 2 500 km, et donne ses heures de gloire à Tombouctou, alors terminus caravanier de la route transsaharienne. En 1591 cependant, la ville est détruite par une expédition marocaine équipée d’armes à feu (les premières à être utilisées au sud du Sahara), envoyée par le sultan Ahmad al-Mansur qui cherche à mettre la main sur le commerce de l’or.
Par la suite, des petits royaumes (Macina, Gonja, Ségou, Kaarta) tentent de dominer l’Ouest africain. Ils ne parviennent cependant pas à ranimer le commerce transsaharien, en déclin depuis l’ouverture des comptoirs commerciaux européens sur la côte de la Guinée au xvie siècle.
| 3.2.3. | Les cités-États haoussa et l’empire de Kanem-Bornou |
À l’est de l’Empire songhaï, entre le fleuve Niger et le lac Tchad, se développent les cités-États des Haoussa et l’empire de Kanem-Bornou. Les États haoussa (Biram, Daoura, Gobir, Kano, Katsina, Rano et Zaria) se forment vers le xe siècle et tirent profit de la chute de l’Empire songhaï. Le commerce transsaharien se déplace vers l’est et passe sous le contrôle de Katsina et de Kano, qui deviennent les centres d’un commerce et d’une vie urbaine florissants. L’islam est introduit au xie siècle dans les cités-États haoussa depuis le Kanem-Bornou.
Le Kanem est fondé au ixe siècle au nord et à l’est du lac Tchad, et forme un État doté d’une structure assez souple. Ses dirigeants se convertissent rapidement à l’islam. À la fin du xive siècle, poussés par les Boulalas nomades qui ont envahi leur région, les sultans du Kanem investissent la région du Bornou. Le plus célèbre des souverains bornouans est maï Idris III Alaoma (v. 1571-1603), qui introduit les armes à feu achetées aux Turcs ottomans d’Afrique du Nord. À son apogée, l’empire du Kanem-Bornou contrôle les routes du Sahara oriental, mettant l’Afrique centrale en liaison avec l’Égypte et la Libye ; il amorce un long déclin à partir du xviie siècle.
| 3.2.4. | L’expansion de l’islam |
À l’époque des grands empires sahéliens (xe-xvie siècles), la vie des agriculteurs et des pêcheurs s’améliore dans la mesure où l’islam, associé aux nouveaux centres urbains, a favorisé l’expansion économique et l’émergence d’une classe dirigeante et d’une bourgeoisie vivant du commerce de moyenne et longue distances. La conversion à l’islam est l’aboutissement de cette évolution sociale et économique. Les populations rurales, quant à elles, restent pour la plupart attachées à la religion traditionnelle, ou continuent à en perpétuer certaines pratiques.
C’est à travers les Kountas, des nomades arabo-berbères, que les confréries musulmanes commencent à s’implanter en Afrique occidentale. Ainsi, la spiritualité prêchée à partir du milieu du xvie siècle par la Qadiriyya (la plus ancienne des confréries musulmanes) trouve un terrain favorable chez les populations de la boucle du Niger. À cette période, la pratique religieuse décline au sein de la classe dirigeante et l’islam devient une religion individuelle, plutôt qu’une religion d’État.
Au début du xixe siècle, emmenés par El-Hadj Omar qui crée la confrérie Tidjaniyya, les Toucouleur relancent le mouvement d’islamisation à partir du Fouta-Toro, dans la haute vallée du Sénégal. D’autres mouvements réformateurs, agissant souvent en réaction à la poussée européenne, voient le jour chez les Peul et les Mandingues. Les anciens pouvoirs sont renversés et remplacés par des États théocratiques. Entre 1804 et 1812, le musulman Ousman dan Fodio soulève les Peul de la région pour lutter contre le retour de l’animisme chez les Haoussa du Gobir. Il renverse les dirigeants haoussa, et fonde l’empire de Sokoto (1809), dans le nord du Nigeria. Sa tentative d’investir le Bornou se heurte à la résistance des chefs religieux locaux. À sa mort en 1817, son empire est repris en main par son fils, Mohammed Bello.
Un autre État théocratique est créé dans le Macina par Cheikhou Ahmadou, un marabout peul qui lance une guerre sainte contre les Bambara animistes et se taille un royaume dans le Macina (la plaine inondable entre Tombouctou et Djenné). Il instaure une théocratie fondée sur un islam rigoriste, qui lui survit de peu, emporté en 1862 lorsqu’El-Hadj Omar s’empare de la région. Ce dernier ne profite toutefois guère de sa victoire car les populations se soulèvent, et El-Hadj Omar meurt en 1864.
| 3.3. | Afrique orientale |
Texte grec anonyme, le Périple de la mer Érythrée (ier ou iiie siècle apr. J.-C.) évoque les échanges commerciaux à travers l’océan Indien entre le continent africain, la péninsule Arabique et le sous-continent indien. Il fait également pour la première fois état de l’existence des vents de mousson, qui permettent l’essor du commerce maritime dans la région. Ainsi, les historiens avancent l’idée qu’Africains et Indonésiens ont atteint Madagascar concomitamment, au cours du Ier millénaire apr. J.-C., apportant avec eux de nouvelles denrées alimentaires (notamment la banane) et de nouvelles méthodes de cultures (comme l’irrigation).
Les Arabes ont établi des comptoirs sur la côte dès le viiie siècle (Sofala au Mozambique), probablement à l’emplacement de comptoirs plus anciens, mis en place par les premiers navigateurs indiens. L’ivoire, l’or, le minerai de fer et les esclaves constituent les principales exportations. Vers le xiiie siècle, il existe plusieurs cités-États le long de la côte est-africaine — qui est connue comme le pays des Zenj —, telles que Mogadicio, Malindi, Lamu, Mombasa, Zanzibar, Kilwa, Pate et Sofala. Une civilisation urbaine apparaît. Elle s’appuie sur le swahili, une langue à structure bantoue dont le vocabulaire fait appel à des langues parlées par les commerçants (arabe, persan, gujarati, bantou, puis portugais, anglais et français). Les classes dirigeantes sont des métis arabo-indo-africains ; les populations sont bantoues. Les esclaves, porteurs des marchandises et vendus à l’arrivée avec leur charge, sont nombreux. Ces cités-États vouées au commerce maritime n’établissent des relations suivies avec la région des Grands Lacs, au centre de l’Afrique, qu’à partir du milieu du xixe siècle (comptoirs de Tabora et d’Oujiji sur le lac Tanganyika).
La région des Grands Lacs pratique déjà la métallurgie du fer à la veille de notre ère, comme le montrent les découvertes faites au Rwanda et au Burundi. Les États de la région émergent vers le xive siècle, et prennent la forme d’une monarchie sacrée dont le symbole politique est le tambour, transmetteur des ordres royaux. On sait peu de choses sur cette première période historique, sinon que les traditions orales évoquent l’existence d’un grand empire, dit de Kitara ou de Chwezi, qui se serait développé sur le Rwanda et le sud de l’Ouganda actuels. D’autres royaumes sont supplantés par les Luos, venus du Soudan, lesquels poursuivent leur migration vers le sud. Parmi ces États des Grands Lacs, le Bunyoro est le plus puissant jusqu’à la seconde moitié du xviiie siècle. Puis le Buganda, à l’est du lac Victoria, commence son expansion. Une administration centralisée se développe, dont les chefs et sous-chefs de districts sont nommés par le kabaka (le roi).
Au sud, au Rwanda puis au Burundi, une aristocratie pastorale, établie sur l’élevage des bovins et fondée par les Himas ou Tutsi, contrôle les peuples bantous défricheurs de clairières installés de longue date dans la région, et s’oppose fermement à l’action des négriers arabes. De tous les États d’Afrique, le Rwanda est celui dont la formation est la plus ancienne.
| 3.4. | Afrique centrale : royaume du Kongo, Empires luba et lunda |
Les États d’Afrique centrale sont encore moins bien connus. Dans les savanes de l’actuelle République démocratique du Congo, au sud des forêts pluviales, les peuples de langue bantoue fondent des communautés agricoles dès le Ier millénaire. Dans la région des savanes centrales correspondant approximativement au Katanga actuel se développe un commerce entre l’Atlantique et l’océan Indien, fondé sur l’exportation du cuivre fondu en croisettes de différentes dimensions utilisées comme monnaie. Le royaume de Kongo, fondé vers le xive siècle, contrôle le nord de l’Angola actuel, jusqu’à l’embouchure du fleuve Congo. Il tient sa richesse de sa connaissance de la métallurgie du fer et des échanges qu’il pratique avec les populations de la forêt. Son fondateur est vénéré comme un roi-forgeron qui a apporté la civilisation (les outils de fer pour défricher la terre, les lances pour la défendre). En 1482, les Portugais entrent en contact avec les Kongo, et entretiennent avec eux des relations commerciales relativement égalitaires jusqu’à ce qu’ils mettent en place une politique de stricte domination au xvie siècle.
Dans la région située entre la rivière Kasaï et le lac Tanganyika, de nombreux petits royaumes s’organisent au xvie siècle pour former l’Empire luba sous l’autorité de Kongolo, son fondateur mythique. Au siècle suivant, Mwata Yamvo (1660-1675) — un descendant cadet de la famille régnante — fonde à l’est des territoires luba un nouvel empire, l’Empire lunda. Par la suite, Mwata Yamvo devient le titre porté par tous les souverains lunda. Comme tous les royaumes de la forêt soumis à la croissance démographique, l’Empire lunda se disloque, et les héritiers fondent de nouveaux royaumes comme le Bemba, le Kasanje et le Kazembe. Entre 1750 et 1850, ce dernier domine le sud du Katanga et les régions méridionales.
| 3.5. | Afrique australe |
La tradition orale et l’archéologie ne permettent pas de se faire une idée précise du peuplement de l’Afrique australe au Ier millénaire. Les Karangas — immigrants bantous et ancêtres des Shonas de l’actuel Zimbabwe — semblent être les édificateurs des étonnantes structures de pierres qui couvrent la région. Au Moyen Âge, ce royaume zimbabwéen exporte son minerai de fer et de cuivre jusqu’aux Indes par le port de Sofala, près de l’embouchure du Zambèze. La prospérité du royaume de Monomotapa, qui lui succède au xve siècle, repose également sur l’exploitation des mines d’or. À son apogée, la sphère d’influence du royaume de Monomotapa (dont la capitale est alors Zimbabwe) s’étend du fleuve Zambèze au Kalahari, à l’océan Indien et au fleuve Limpopo.
À la fin du xviiie siècle, les peuples de langue bantoue ont repoussé vers le désert ou assimilé leurs prédécesseurs bochimans dans le sud de l’Afrique. Au début du siècle suivant, les pressions démographiques et la famine entraînent une succession de guerres et des mouvements migratoires importants, appelés Mfecane. Vers 1816, Chaka, le chef d’un clan des Ngounis, entreprend d’éliminer le système de clan et de le fondre en un seul peuple, ama zoulou (« ceux du ciel »), en forçant les clans annexés et les prisonniers ennemis à changer de nom et à adopter une langue unique. Fuyant devant les Zoulous, les tribus vaincues écrasent ou repoussent les peuples plus éloignés. Les Ndwandwes, dirigés par Sobhuza, fondent le royaume de Swazi (1820). Les Ngounis forment cinq royaumes et effectuent de nombreuses incursions militaires entre le lac Victoria et le Zambèze (1848). Soshangane émigre vers le sud du Mozambique et fonde l’État de Gaza vers 1830. Dans le Nord, les Kololos se heurtent aux Lozis pour la domination de la région. Les Ndebele émigrent vers l’est (1824-1834) puis vers le nord (1837) jusque dans l’actuel Zimbabwe, où ils fondent le Matabélé.
| 4. | La colonisation de l’Afrique et l’impérialisme européen |
| 4.1. | L’établissement des zones d’influence |
Henri le Navigateur, prince de Portugal, est l’initiateur des premières expéditions autour de l’Afrique, qui débutent en 1434 et aboutissent au doublement du cap de Bonne-Espérance par Bartolomeu Dias en 1488 et à la découverte de la route des épices (l’océan Indien) par Vasco de Gama (1497-1498). Les Portugais établissent des comptoirs (fort d’Elmina sur la Côte-de-l’Or en 1481) et sont bientôt suivis par les Français, les Hollandais et les Anglais. Les nouveaux venus négocient avec les peuples côtiers les produits africains locaux (or, ivoire, gomme, peaux d’animaux) et les esclaves contre de la verroterie, des objets de mauvaise qualité et des fusils sommaires. Partout où ils accostent, les ensembles commerciaux et politiques existants ou en cours de formation sont perturbés (disparition du grand commerce transsaharien et des grands empires), et les systèmes économiques et religieux modifiés (économie de traite, introduction du christianisme) au profit d’un commerce inégal ou « honteux » (traite négrière).
| 4.1.1. | En Afrique occidentale et centrale |
Lorsque l’importance économique des États de la savane décline, les États de la côte prospèrent et augmentent leur puissance. Des conflits surgissent bientôt entre les peuples côtiers pour le contrôle des routes commerciales. Les expéditions pratiquent le commerce triangulaire : elles ramènent sur la côte encore plus d’esclaves pour les marchands européens qui les négocient en Amérique contre des produits locaux (coton, peaux) qu’ils rapportent en Europe avant de repartir sur les côtes d’Afrique remplir leurs navires de nouveaux esclaves.
Au cours des quatre siècles du commerce des esclaves, des millions d’Africains sont victimes de ce trafic de vies humaines. La plupart sont capturés par d’autres Africains et échangés contre différents biens de consommation. Le premier grand royaume à tirer profit du commerce des esclaves est celui du Bénin, dans l’actuel Nigeria, fondé au xiie siècle. Vers la fin du xviie siècle, le royaume du Bénin est supplanté par les royaumes du Dahomey et d’Oyo. Au milieu du xviiie siècle, les Ashanti de l’actuel Ghana commencent leur ascension. Sous l’asantehene (roi) Osei Kojo (qui règne de 1764 à 1777), ils s’approchent des comptoirs commerciaux européens établis le long de la Côte-de-l’Or. Plus à l’est, le royaume yoruba d’Oyo décline à la fin du xviiie siècle, entraînant l’intervention des Peul du nord. Vers 1835, Oyo est abandonnée, mais les Peul sont repoussés à la bataille d’Oshogbo (vers 1840).
À la fin du xviiie siècle, les sociétés philanthropiques britanniques s’opposent au commerce des esclaves. À la suite de la décision Mansfield —qui a libéré les esclaves au Royaume-Uni en 1772 —, des projets sont établis pour la création d’une colonie d’esclaves libérés en Afrique occidentale. La première tentative (1787-1790) dans la baie de Saint-Georges (aujourd’hui en Sierra Leone) est un échec. Une deuxième tentative, lancée par les abolitionnistes, aboutit à la fondation de Freetown, dans la même région (1788-1792). L’exemple de la Sierra Leone attise l’intérêt des libéraux américains et, en 1821, une société philanthropique américaine, l’American Colonization Society, fonde sa propre colonie du Liberia.
| 4.1.2. | En Afrique orientale |
Lorsque les Portugais prennent contact avec le royaume de Kongo dans les années 1480, ils s’allient avec le souverain qui se convertit au christianisme. Toutefois, le commerce des esclaves, introduit de force par les Portugais, attise les conflits locaux (à cette époque, près de la moitié des esclaves envoyés vers les Amériques sont originaires de cette région).
À partir du milieu du xvie siècle, les colons portugais profitent de l’éloignement de Lisbonne pour imposer leur loi aux souverains kongo dont le royaume finit par s’effondrer. Dans le sud, ils fondent Luanda (en 1575) pour servir de base arrière à leur expansion vers l’arrière-pays (qu’ils ne soumettent réellement que vers 1920). Sur la côte d’Afrique orientale, ils soumettent le Monomotapa et isolent le Mozambique du commerce arabe. Les expéditions de Vasco de Gama puis d’Afonso de Albuquerque entraînent la destruction de nombreuses cités-États (Kilwa, Ormuz à l’entrée du golfe Arabo-Persique).
La côte d’Afrique de l’Est retombe aux mains de gouvernements locaux ou des marchands musulmans en 1698. Au xviiie siècle, elle passe sous le contrôle des sultans d’Oman qui finissent par s’installer à Zanzibar où le sultan Sayyid Saïd transfère le siège du sultanat (début du xixe siècle). Il pousse les commerçants swahili à nouer des liens commerciaux avec la région des Grands Lacs et à y établir des comptoirs. C’est avec leur aide que les explorateurs britanniques Richard Francis Burton et John Hanning Speke cherchent les sources du Nil en 1858. Lié à celui de l’ivoire, le commerce d’esclaves est actif dans la région, de nombreux Africains étant capturés pour travailler dans les plantations de clous de girofle à Zanzibar et pour les marchés d’esclaves du Proche-Orient.
En Éthiopie, l’arrivée des Portugais a permis de repousser une invasion musulmane en 1542. Toutefois, à la suite de querelles doctrinales entre coptes orthodoxes et jésuites portugais catholiques, les Portugais sont expulsés en 1632. L’Éthiopie entre alors dans une période d’isolement et, au xviiie siècle, la monarchie est au bord de l’effondrement. Elle s’ouvre de nouveau au monde occidental après la chute du négus Kassa (Théodoros II) et l’accession au pouvoir de ses successeurs, dont Ménélik II qui s’appuie sur les Européens pour moderniser son pays.
| 4.1.3. | En Afrique australe |
En 1652, les Hollandais, qui ont besoin d’une escale sur la route des Indes orientales (Indonésie), s’établissent autour de la ville du Cap. Ils sont suivis par des fermiers adeptes d’une interprétation rigoriste de la religion, les Boers (« fermiers », en néerlandais). En 1795, les Britanniques occupent l’Afrique du Sud, mais ne peuvent retenir les Boers, qui émigrent vers les riches vallées du Vaal où ils rencontrent les Zoulous et d’autres peuples bantous se dirigeant vers le sud. Il s’ensuit une succession de « guerres cafres » où les Africains, moins bien armés, subissent de lourdes pertes (bataille de Blood River, 1840). Les Boers fondent d’éphémères républiques boers (Transvaal, État libre d’Orange) mais se heurtent aux Britanniques qui ont mesuré l’importance de la région après la découverte du diamant à Kimberley en 1867.
| 4.2. | Le partage du continent |
À la fin du xviiie siècle, l’intérêt scientifique et la recherche de nouveaux marchés stimulent une période d’exploration des Européens. L’explorateur britannique James Bruce atteint la source du Nil Bleu en 1770 ; son compatriote Mungo Park visite Ségou sur le Niger (1796) ; le Français René Caillié atteint Tombouctou en 1828, et l’Allemand Heinrich Barth visite la même cité quelque temps plus tard à partir de Tripoli et du lac Tchad ; le missionnaire britannique David Livingstone explore le Zambèze et, en 1855, découvre les chutes Victoria ; en 1863, les explorateurs britanniques John Hanning Speke, venant du sud, et Samuel Baker, venu du nord, résolvent en partie le mystère des sources du Nil. À la suite de ces explorateurs arrivent les missionnaires chrétiens, puis les marchands européens.
Avec le développement des intérêts privés en Afrique, l’engagement européen s’intensifie. Les Français entament la conquête de l’Algérie et du Sénégal dans les années 1830. L’occupation systématique de l’Afrique tropicale commence au cours de la seconde moitié du xixe siècle, dans le sillage des explorations. Les premières missions européennes qui pénètrent à l’intérieur se heurtent aux États en voie de constitution, mais le continent a été ravagé par la traite des Noirs et l’importation de fusils. Les chefs africains ne peuvent s’opposer à la pénétration européenne, qui a abandonné l’économie de traite (échange des produits de la cueillette contre des biens manufacturés sans valeur), pour la recherche de matières premières destinées à alimenter les usines européennes.
En 1876, le roi des Belges Léopold II fonde l’Association internationale africaine, une société privée chargée de l’exploration et de la colonisation au Congo à son seul profit. Son principal agent est l’explorateur et journaliste américain Henry Stanley. En 1884, la rivalité entre les puissances européennes à la recherche de nouveaux territoires aux frontières inexistantes menace les relations internationales. Voir aussi Empire colonial britannique ; Empire colonial français.
À la conférence de Berlin (1884-1885), les puissances occidentales et l’Empire ottoman définissent leurs sphères d’influence respectives, laissant la délimitation des frontières encore inconnues à une date indéterminée. L’accord principal concerne surtout la liberté de navigation sur les fleuves Congo et Niger. En fait, sans le formuler explicitement, les puissances de l’époque se partagent ce que le roi Léopold II a appelé le « gâteau africain ». Au cours des quinze années suivantes, de nombreux traités sont négociés entre les nations européennes, appliquant ou modifiant les clauses de la conférence. La crise de Fachoda, en 1899, marque le renoncement de la France aux territoires faisant partie de la vallée du Nil, et le triomphe de la politique impérialiste britannique dite « du Cap au Caire ».
Aucun État africain n’a été invité à la conférence de Berlin. Les décisions prises se heurtent à une résistance lors de leur application partout où la situation le permet. Les Français font face à une révolte en Algérie (1870) et mettent longtemps à contrôler le Sahara (1881-1905 ; 1920 en Mauritanie). Dans l’ouest du Soudan, Samory Touré et Ahmadou, fils et successeur d’El-Hadj Omar, tentent, en vain, de garder leur indépendance. Le Dahomey est occupé par les forces françaises en 1892, et le Ouaddaï (au Tchad) est la dernière région à tomber aux mains des Français (bataille de Kousséri contre Rabah, 1900).
Les Britanniques connaissent une résistance similaire avec les Boers d’Afrique du Sud au cours des périodes 1880-1881 et 1899-1902 (voir guerre des Boers). Des émeutes se déclarent dans le pays ashanti (Côte-de-l’Or) entre 1893 et 1900, ainsi qu’en Sierra Leone (1897). La conquête des États haoussa dans le nord du Nigeria se heurte à une forte résistance (1901-1903, révolte de Sokoto en 1906).
Les Allemands — qui ont colonisé, dans les années 1880, les actuels États de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda sous l’appellation d’Afrique-Orientale allemande — tentent d’exterminer les Hereros de Namibie (1904-1908) et, dans l’actuelle Tanzanie, doivent faire face à la révolte des Maji-Maji (1905-1906). Seule l’Éthiopie de l’empereur Ménélik II (qui règne de 1889 à 1909) résiste à la conquête européenne (victoire d’Adoua sur l’Italie, 1896).
| 5. | L’Afrique depuis le xxe siècle |
| 5.1. | La période coloniale |
Une fois les territoires pacifiés, les Européens construisent des routes et des chemins de fer afin de faciliter l’acheminement des matières premières vers les ports. Ils font entrer les populations dans leur système économique, en instaurant un système d’impôts payables en numéraire grâce à l’introduction de cultures industrielles, dites de « rente » (arachide, coton, huile de palme, sisal), ou sous la forme de travail non rémunéré (le « travail forcé ») pour la construction des infrastructures (routes, barrages). Au cours de la Première Guerre mondiale, les territoires africains allemands sont conquis, et la Société des Nations (SDN) en fait des territoires sous mandat des puissances alliées. Des dizaines de milliers d’Africains sont réquisitionnés pour combattre dans les armées alliées sur les champs de bataille européens. La résistance à la guerre se limite à la courte rébellion de 1915 au Nyasaland (Malawi) conduite par John Chilembwe, homme d’église africain.
Après la Première Guerre mondiale, les colonisateurs accordent une plus grande attention à l’enseignement, aux services médicaux et à l’aide au développement, ainsi qu’à la sauvegarde des droits fonciers des Africains dont on voulait faire de futurs consommateurs. Néanmoins, les colonies blanches, comme l’Algérie, la Rhodésie du Sud (aujourd’hui le Zimbabwe) et le Kenya, obtiennent une certaine autonomie interne. Entre les deux guerres, différentes formes de mouvements nationaux et de protestations africains émergent. Mais leurs activités se limitent aux Africains d’éducation occidentale. Des partis de masse se forment uniquement en Égypte et en Algérie. L’Éthiopie est envahie par les Italiens en 1936 et ne regagne son indépendance qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pendant ce conflit, les Africains sont encore plus nombreux à servir dans les armées alliées, et constituent même la majeure partie des troupes qui remportent les premières victoires de la France libre (prise de Koufra, sous les ordres du général Leclerc, en 1941).
| 5.2. | L’accession à l’indépendance |
Après la Seconde Guerre mondiale, les puissances coloniales européennes sont physiquement et psychologiquement affaiblies, et la balance penche vers les États-Unis et l’URSS, deux nations dépourvues de colonies africaines.
En Afrique du Nord, la France se heurte dès 1947 à des revendications nationalistes violentes, auxquelles répond son refus de voir appliquer des réformes en faveur des populations locales. La guerre d’Algérie, conduite par des dirigeants comme Ferhat Abbas et Ahmed Ben Bella, commence en 1954 et se poursuit jusqu’à l’indépendance du pays en 1962, six ans après l’indépendance du Maroc et de la Tunisie. En Afrique noire, après avoir mis en place l’Union française, la France prépare ses colonies à l’autonomie par le vote de la loi-cadre Defferre (1956), puis instaure la Communauté française (1958). Dans les années 1960, la décolonisation devient effective avec l’arrivée au pouvoir d’anciens représentants africains à l’Assemblée nationale (Léopold Sédar Senghor au Sénégal, Modibo Keita au Mali, Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire, Sékou Touré en Guinée).
Dans les territoires britanniques, le changement s’accélère également. Les partis nationalistes, qui recrutent dans des groupes sociaux, ethniques et économiques aussi larges que possible, commencent à se former. Le Soudan accède à l’indépendance en 1956. Pendant les années 1950, les activités du mouvement terroriste Mau-Mau au Kenya et le charisme de dirigeants populaires, comme Kwame Nkrumah (au Ghana) ou Julius Nyerere (en Tanzanie), accélèrent le processus. L’indépendance du Ghana, en 1957, déclenche une réaction en chaîne de revendications nationalistes.
À la fin des années 1970, pratiquement toute l’Afrique est indépendante, sauf les possessions portugaises d’Angola, du Cap-Vert, de Guinée-Bissau, de São Tomé et du Mozambique, qui, après des années de luttes violentes, accèdent finalement à l’indépendance en 1974-1975, à la faveur de la révolution portugaise. La France donne l’indépendance aux Comores en 1975 (exception faite de l’île de Mayotte, qui a voté contre), Djibouti l’obtient en 1977. Le Zimbabwe accède légalement à sa seconde indépendance en 1980, après des années de lutte.
| 5.3. | L’Afrique contemporaine |
Les nouveaux États africains sont confrontés au problème de l’État-nation. Les membres fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) établissent le principe de l’intangibilité des frontières, pour éviter les conflits territoriaux nés du découpage arbitraire des pays à la conférence de Berlin (1884-1885).
À l’indépendance, les mouvements nationalistes dominants s’installent de manière permanente au pouvoir. Les jeunes pays africains sont confrontés à la manifestation de divisions ethniques, dont la guerre du Biafra, opposant à la fin des années 1960 le Nigeria au peuple des Ibo (avec pour enjeu la richesse pétrolière de la région), est l’un des exemples les plus sanglants. Au nom de l’unité nationale et de la lutte contre le tribalisme et le vote ethnique, le multipartisme est souvent remplacé par des régimes de parti unique. Lorsque les gouvernements issus de l’indépendance se révèlent incapables de répondre aux attentes des peuples, l’armée occupe le devant de la scène, promettant de « remettre le pouvoir aux civils » dans un délai déterminé. Ces militaires, souvent issus des classes populaires et parfois aidés par les Occidentaux (que ce soit par des armées régulières ou par des mercenaires), se posent en gardiens efficaces et sincères des intérêts du peuple. Le goût du pouvoir fait son œuvre, et les régimes militaires se révèlent aussi corrompus que leurs prédécesseurs, voire sanguinaires (comme en Ouganda, sous Idi Amin Dada, ou en République centrafricaine, avec Jean-Bedel Bokassa). Jusqu’à la fin des années 1980, de nombreux dictateurs africains autoritaires et corrompus conservent ainsi le pouvoir en bénéficiant du soutien des grandes puissances pour des raisons stratégiques liées à la guerre froide.
Au tournant des années 1980-1990, la chute du communisme induit un mouvement de démocratisation en Afrique, avec l’établissement de systèmes multipartites dans plusieurs pays (Niger, Mali, Malawi, Zambie par exemple), et un début de règlement des grands conflits qui ensanglantent le continent, en particulier en Érythrée (qui accède à l’indépendance en 1993) et en Angola (la Namibie voisine s’étant libérée de l’emprise sud-africaine en 1990). Le démantèlement pacifique de l’apartheid en Afrique du Sud, avec la tenue d’élections multiraciales en 1994 et l’élection de Nelson Mandela à la présidence de la République, résonne comme la renaissance démocratique de l’Afrique. Ce processus tend à provoquer la résurgence des questions régionalistes (comme au Sénégal, avec la crise casamançaise) et l’éclosion d’affrontements internes dégénérant en guerres civiles sanglantes : la région des Grands Lacs est ainsi le théâtre, en avril 1994, du génocide perpétré au Rwanda contre les Tutsi et les Hutu modérés, puis de la guerre civile en République démocratique du Congo (ex-Zaïre) après le renversement du régime du maréchal Mobutu en 1997, avec une régionalisation du conflit sur fond de lutte pour l’appropriation des ressources minières ; de même, en Afrique de l’Ouest, la guerre civile au Liberia se propage au Sierra Leone voisin. Modèle de stabilité sous le régime autoritaire de Félix Houphouët-Boigny, la Côte d’Ivoire, en 2002, plonge aussi dans une guerre civile née de divisions ethniques et religieuses, exaspérées par les pressions démographiques et les difficultés économiques et sociales. Au milieu des années 2000, plusieurs conflits perdurent, en particulier en Somalie et au Soudan, déchiré par les guerres civiles depuis son indépendance en 1956 et jusqu’à nos jours, avec l’explosion en 2003 d’une guerre civile au Darfour. Ces conflits s’inscrivent dans le nouveau contexte international issu des attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis et de la guerre contre le terrorisme islamiste.
Si, de manière générale, les principes démocratiques se diffusent, l’Afrique ne connaît pas de réel développement économique et peine à briser le cercle vicieux qu’alimentent l’instabilité politique, la corruption, la pauvreté et l’endettement. À ces fléaux est en outre venue s’ajouter, à partir des années 1990, la pandémie de sida. Dans le cadre de la mondialisation, les raisons pour lesquelles le continent africain peine à se moderniser (contrairement à l’Asie) s’expliquent en partie par sa place, extrêmement faible, dans les échanges internationaux : une position héritée de son passé colonial, puis du système mis en place par les puissances industrielles occidentales, qui ont « spécialisé » l’Afrique dans l’exportation de matières premières (avec des revenus soumis aux fluctuations des cours mondiaux) et l’importation de produits manufacturés. Les solutions proposées par les institutions financières internationales (Fonds monétaire international et Banque mondiale), sans prendre en compte les besoins spécifiques des pays en développement, ont contribué à alourdir le service de la dette publique et entravé l’amélioration des conditions de vie des populations, en matière de santé et d’éducation notamment.
Au tournant des années 2000, cependant, plusieurs chefs d’État africains prennent conscience de la nécessité de développer le commerce régional afin de renforcer la place de l’Afrique dans l’économie mondialisée. La transformation de l’OUA en Union africaine (UA), en 2002, témoigne de cette dynamique. De même, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), adopté en 2001, est conçu comme un « contrat » avec les pays développés, proposant d’échanger bonne gouvernance et libéralisme contre investissements massifs et aide au développement. Ces initiatives sont aussi le signe de l’émergence d’une responsabilité collective à dimension régionale susceptible de s’interposer en cas de conflit.