| Maupassant, Guy de | Format lecture | ||||
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| 3. | Œuvre de Maupassant |
| 1. | L’art du conteur |
Plus qu’aucun autre écrivain français, Maupassant est un conteur. Les quelque trois cents contes et nouvelles qu’il publia sont regroupés dans des recueils comme la Maison Tellier (1881), les Contes de la bécasse (1883) et les Contes du jour et de la nuit (1885).
Dans ces récits, l’acte de la narration et l’atmosphère dans laquelle la parole du conteur s’élève ont parfois une place aussi importante que l’histoire racontée. Un conte initial peut parfois (c’est le cas dans les Contes de la bécasse) mettre en scène une société de conteurs (en l’occurrence une assemblée de chasseurs, réunie au coin du feu). Chaque nouvelle est alors narrée à tour de rôle par l’un des personnages de ce conte initial et l’organisation générale de l’ouvrage mime celle d’une soirée entre amis.
| 2. | Une vision pessimiste |
Inspiré par Flaubert et, comme d’autres écrivains contemporains, par la pensée de Schopenhauer, Maupassant dépeint un monde profondément désespérant. L’inconscience, l’égoïsme, la cruauté y règnent en maîtres, et l’homme n’y est, pour reprendre ses propres termes, qu’« une bête à peine supérieure aux autres ». Des paysans âpres au gain aux grands bourgeois insensibles, l’inhumanité et la bêtise sont omniprésentes.
Le style des nouvelles de Maupassant reprend quelques-uns des traits typiques de l’écriture réaliste et de l’école naturaliste. Ses récits comportent en outre des mots empruntés au patois normand (comme c’est le cas aussi dans les romans de Barbey d’Aurevilly) ; les propos et les pensées des personnages sont d’ailleurs souvent rapportés au style indirect libre, ce qui permet de mêler étroitement leurs idiolectes (langages spécifiques) à la narration.
| 3. | Du réalisme au fantastique |
Digne élève de Flaubert, Maupassant se montre dans ses récits un observateur très fin. Lorsqu’il met en scène des univers et des personnages qui lui sont familiers, il n’a pas d’égal pour en rendre le trait caractéristique, l’aspect le plus frappant ou le plus signifiant.
Cependant — s’éloignant en cela de la leçon du réalisme —, il s’attache aussi à rendre compte de la vérité intime et cachée d’un milieu, d’un trait de caractère, d’un personnage ou d’une histoire en fixant son attention de façon soutenue sur un détail en apparence anodin. Certains de ses récits sont donc construits autour d’un objet pour ainsi dire focal (la Ficelle, la Chevelure, la Parure, la Main gauche) ou d’une obsession (la Folle, le Horla) : le réalisme y rejoint alors le fantastique en ce que la réalité se charge d’une dimension expressionniste et presque magique.
Les thèmes de la peur, du double et de la folie sont également privilégiés dans cet univers où choses et êtres, par leur fixité et leur évidence même, finissent, à force d’être contemplés, par ouvrir des abîmes d’inconnu. En outre, les notations énigmatiques d’un narrateur en proie au doute, puis à une terreur panique font insensiblement basculer des récits comme le Horla et la Chevelure dans le plus pur registre fantastique.
| 4. | Les œuvres romanesques |
Parallèlement à ses récits courts, Maupassant écrivit également des romans, notamment Une vie (1883), qui décrit la triste existence d’une jeune femme mal mariée et malmenée impitoyablement par le sort et Bel-Ami (1885), histoire de l’irrésistible ascension sociale d’un journaliste cynique et beau garçon, auquel une série de succès féminins permettent de réaliser ses ambitions sociales. Citons aussi Pierre et Jean (1888), Fort comme la mort (1889) et Notre cœur (1890).