| romantisme (littérature) | Format lecture | ||||
| Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer. | |||||
| 3. | Romantisme allemand |
Il y a en fait trois périodes dans le romantisme allemand, après la vague préromantique incarnée notamment par Herder, Goethe et Schiller.
La première période, la plus connue et la plus importante, est dite du « romantisme d’Iéna » (1797-1801) ; elle s’organise autour des frères Schlegel (voir Schlegel, August Wilhelm von ; Schlegel, Friedrich von) et de la revue Athenäum.
La deuxième est celle du « romantisme d’Heidelberg » (1804-1809), avec Achim von Arnim et Clemens Brentano (le Cor enchanté de l’enfant, 1806-1808). Brentano est encore l’un des représentants de la troisième période, dite du « romantisme tardif ».
À Iéna, le cercle des Schlegel — August Wilhem, Friedrich, Caroline, Dorothea — rassemble des philosophes comme Schelling et Schleiermacher, et de jeunes écrivains tels Friedrich Hölderlin, Novalis, Ludwig Tieck, Wackenroder et Jean-Paul (voir Richter, Johann Paul). Il est influencé par le kantisme, prolongé par les travaux de Fichte sur l’idéalisme.
| 1. | Poésie universelle |
Le romantisme d’Iéna est avant tout un projet, un programme tracé pour la littérature. Il est en premier lieu une affirmation de la poésie, conçue comme une exploration des territoires de l’imagination transcendantale. Novalis parle, en effet, de former un monde poétique autour de soi pour vivre dans la poésie, de produire l’extérieur à partir de l’infinité de l’intérieur, et de rêver le monde dans la totalité de ses aspects (Henri d’Ofterdingen, 1802 ; les Disciples à Saïs, 1798-1799 ; les Hymnes à la nuit, 1800). Johann Paul Richter, dit Jean-Paul, fait du récit de rêve un genre (la Loge invisible, 1793 ; Hesperus, 1795). Les romantiques allemands dans leur ensemble pensent que la nature extérieure est intimement apparentée à celle, intérieure, de l’Homme.
| 2. | Représentation théâtrale et romanesque |
Pour les auteurs d’Iéna, l’œuvre romantique mêle la représentation naïve et la représentation réfléchie. Son propre est de se représenter elle-même, d’être réflexive. Dans les comédies de Tieck (le Monde à l’envers, le prince Zerbino), les personnages sont conscients d’exister comme personnages, conscients de n’être pas réels, d’être le produit d’une imagination étrangère. C’est là plus qu’anticiper sur le théâtre de Pirandello et plus que reprendre certains des traits de la scène élisabéthaine : dans le Monde à l’envers, les personnages, en réfléchissant sur les conventions du théâtre, rendent possible l’ironie, qui est l’un des concepts forts du romantisme allemand. Reposant sur cette façon de dissiper l’illusion théâtrale, l’ironie romantique est constitutive du nouveau rapport du poète à son œuvre. Voir Drame et art dramatique.
Le projet romantique ne consiste pas à recouvrir d’un voile poétique une réalité dénuée de poésie, mais à « romantiser » le monde, à tout transformer en poésie au moyen d’une poésie d’un genre supérieur. Le roman, défini comme la forme privilégiée de l’art romantique, est conçu, dans son essence, comme réflexion et recherche. Il est illustré par Lucinde (1799) de Friedrich von Schlegel, Godwi ou la Statue de la mère (1801) de Clemens Brentano, ou encore Florentins de Dorothea Schlegel.
| 3. | Thématique |
L’âme romantique est ouverte au lointain, à l’inconnu, à l’étrange et au surnaturel. Tieck, dans ses Contes, veut montrer que le monde surnaturel, incarné par « les Elfes », est tout proche du monde qui nous est familier. Le Blond Eckbert, le Chevalier Barbe-Bleue, les Sept Femmes de Barbe-Bleue utilisent ainsi des éléments qui viennent des légendes populaires.
Il y a chez Novalis et chez Friedrich von Schlegel (Fragments critiques, Fragments de l’Athenäum) une philosophie critique qui se réalise pleinement dans l’ironie, dans le Witz (le « trait d’esprit »), dans le fragment ou l’aphorisme (dont Schlegel a pris le modèle chez le moraliste Chamfort). Les romantiques d’Iéna posent même le fragment, l’inachevé, comme la forme idéale de l’encyclopédie : la pensée est alors conçue comme un système de fragments.