| Kleist, Heinrich von | Format lecture | ||||
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| 4. | L’innocence perdue |
Quel que soit le sujet de ses pièces et de ses récits, Kleist peint toujours le même univers vicié, où tout ordre institué par la raison, la langue, la loi, n'est qu'apparence. Livré à cet univers, l'homme est coupable quoi qu'il fasse, ses élans les plus purs sont déviés : la folie du combat pousse un officier russe, par ailleurs irréprochable, à déshonorer la femme qu'il aime (la Marquise d'O.) ; pendant la révolte de Toussaint Louverture, un Blanc, sauvé par la jeune fille qui l'aime et qui s'efforce de le soustraire à la vengeance des Noirs, la tue et se donne la mort en apprenant la vérité (les Fiancés de Saint-Domingue).
Troublé par une force intérieure ou extérieure, devenu une énigme pour lui-même, l'homme ne parvient à la vérité, à l'innocence première, qu'au terme d'un cheminement douloureux ; le plus souvent, il reste condamné à l'erreur, à la chute. Le salut réside dans l'innocence des bêtes ou, pour ceux qui y ont été arrachés par la morale, la civilisation ou la loi, dans une répétition de la faute originelle, qui leur permet de recouvrer l'innocence primitive.