| Kleist, Heinrich von | Format lecture | ||||
| Dans le menu Fichier, cliquez sur Imprimer. | |||||
| 2. | La grâce de l’absolu |
Né à Francfort-sur-l'Oder, Heinrich von Kleist est issu d’une famille de l'aristocratie militaire prussienne qui a donné vingt maréchaux et généraux au royaume. Voué à la carrière des armes, il entre à quinze ans au régiment de gardes de Potsdam. Bravant l’indignation des siens, il quitte l’armée en 1799, préférant se consacrer à des « actions plus philantropiques » et espérant trouver dans une vie entièrement consacrée à l'étude et à la recherche de l'absolu « le sûr chemin du bonheur ».
Heinrich von Kleist entreprend des études de philosophie et de mathématiques et se fiance en 1800 avec Wilhelmine von Zenge pour rompre dès 1801, convaincu de son inaptitude au mariage et de l'inanité des sentiments. Sa lecture et son interprétation pessimiste de l'œuvre de Kant le convainquent également de la vanité de tout savoir. Commence alors une longue errance à travers l'Europe. Un temps séduit par Rousseau, il décide de vivre à la campagne, puis se rend à Paris (avril 1801) qui le déçoit vite. En proie à une extrême déréliction, il s'exile dans une île du lac de Thoune, en Suisse, où il écrit ses premières œuvres.
Cherchant à rejoindre les troupes de Napoléon qui rassemble une armée à Boulogne pour la conquête de l’Angleterre, il est arrêté comme espion puis libéré. On retrouve sa trace à Mayence en 1804, puis il rentre en Prusse où il occupe un poste de fonctionnaire à Königsberg. Après l’invasion de la Prusse par Napoléon en 1807, il est arrêté et emprisonné à nouveau. Il s’installe ensuite à Dresde.
Sa production littéraire se fait dès lors plus régulière, mais il va au devant de nouvelles déceptions : sa revue littéraire Phöbus, fondée avec Adam Müller, cesse de paraître au douzième numéro. Son enthousiasme pour la cause allemande, qui se traduit par la publication en 1809 de violents pamphlets antinapoléoniens — la Germanie à ses enfants (Germania an ihre Kinder), Chant de guerre des Allemands, le Catéchisme des Allemands (Katechismus der Deutschen) — est anéanti par la victoire de l’empereur à Wagram. Ses projets de journalisme, avec la création en 1810 d’un quotidien défendant les thèses nationalistes — les Feuilles berlinoises du soir (Berliner Abendblätter) — subissent la censure prussienne. Ses pièces ne sont pas jouées, la publication de ses nouvelles le déçoit, ses finances sont désastreuses.
Désespérant du monde, mais ne désespérant jamais de l'absolu (« nous ne rêvons que de campagnes célestes et de soleils sous lesquels nous allons errer, avec de longues ailes aux épaules »), Kleist se suicide avec son amie Henriette Vogel le 21 novembre 1811 au bord du lac de Wannsee, près de Berlin.