| Wilde, Oscar | Format lecture | ||||
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| 3. | Itinéraire d’un esthète |
Ses premiers Poèmes (Poems, 1881) reçoivent un accueil enthousiaste ; l’un d’eux, « Ravenne », a d’ailleurs déjà été distingué trois ans plus tôt par le Newdigate Prize. Théoricien de l’esthétisme, Wilde est invité à faire une série de conférences sur le continent américain (1882). Il s’installe ensuite à Paris où il écrit deux pièces de théâtre — la Duchesse de Padoue (The Duchess of Padua, 1883) et Véra ou les Nihilistes (Vera, or the Nihilists, 1882) — et lie connaissance avec Paul Bourget, Catulle Mendès et Edmond de Goncourt.
De retour à Londres (1884), il épouse Constance Lloyd, une jeune Irlandaise fortunée dont il a deux fils (1885 et 1886). Mais son homosexualité l’éloigne rapidement de ce mariage de convenance. Rédacteur en chef du magazine The Woman’s World de 1887 à 1889, il emploie son goût du paradoxe et ses talents de pamphlétaire à défendre la cause féministe. Il publie, par ailleurs, des contes — le Prince heureux et autres contes (The Happy Prince, 1888) —, des nouvelles — le Crime de lord Arthur Saville et autres histoires (Lord Arthur Savile’s Crime, 1891) — et des essais (Intentions, 1891), dans lesquels il expose sa théorie de l’art, qui met en lumière le rôle fondamental du masque comme révélateur du vrai et explicite les rapports de l’auteur avec les notions de vérité et de dissimulation.
Son unique roman, le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray, 1891), demeure sans doute son œuvre majeure. Dans ce récit du dédoublement et du masque, thèmes chers à l’auteur, Wilde s’érige en maître du fantastique et défend, dans la préface, une littérature en marge des conventions sociales et morales. Ce texte révèle toute la dualité d’un artiste dont l’œuvre, aussi bien que l’existence, oscille perpétuellement entre le raffinement le plus extrême et un goût profond du morbide. Cette œuvre, influencée par Walter Pater, soulève de nombreuses polémiques qui ne font qu’accroître le succès de Wilde.
Au cours d’un nouveau séjour à Paris en 1891, il fait la connaissance de Mallarmé, de Gide et de Pierre Louÿs, qui deviennent de proches amis. Peu de temps après, il compose Salomé (1891), drame écrit en français et dédié à Sarah Bernhardt, qu’il monte au théâtre en 1893 à Paris. Le caractère paroxystique et provocateur de cette pièce proclamant la supériorité absolue du désir amoureux sur la mort est renforcé par les illustrations d’Aubrey Beardsley qui en accompagnent l’édition (1894).