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Tanguy, Yves
1. Présentation

Tanguy, Yves (1900-1955), peintre américain d’origine française, l’un des plus fidèles représentants du mouvement surréaliste.

2. Un peintre breton autodidacte

Né à Paris (au ministère de la Marine où travaille son père), Yves Tanguy est le dernier enfant d’une famille bretonne. À la mort de son père en 1908, sa mère gère un bureau de tabac et envoie Yves chez une tante à Pont-Rousseau, près de Nantes, puis chez d’autres parents dans les Côtes-du-Nord (actuelles Côtes-d’Armor). De retour à Paris, il se fait renvoyer du Lycée Montaigne en 1913 mais continue ses études au lycée Saint-Louis, où il rencontre le fils d’Henri Matisse, Pierre. Il habite alors avec sa sœur institutrice et passe ses vacances dans le Finistère, où sa mère est retournée vivre après la mort au front de son fils aîné. Après la Première Guerre mondiale, il s’engage comme officier de la marine marchande française et, en 1920, pendant son service militaire près de Lunéville, rencontre Jacques Prévert, un compagnon de chambrée. Il s’engage dans les Chasseurs d’Afrique en 1921 mais revient à Paris l’année suivante. Sa vocation de peintre s’impose lorsqu’il découvre, en 1923, une œuvre de Giorgio De Chirico, le Cerveau de l’enfant, dans la vitrine d’un marchand d’art parisien.

3. Un homme surréaliste

Avec son inséparable ami poète Jacques Prévert, et Marcel Duhamel qui les héberge, Yves Tanguy découvre Lautréamont, le travail de Max Ernst, les numéros de la revue la Révolution surréaliste et le premier Manifeste du surréalisme édité par André Breton. Après une rencontre avec ce dernier (chez lequel il retrouve le Cerveau de l’enfant de Chirico), il décide d’adhérer au mouvement surréaliste. Reniant la « naïveté » de ses premières œuvres, il les détruit en grande partie. L’Anneau d’invisibilité est sa première toile surréaliste à être imprimée dans la Révolution surréaliste, en 1926. Il développe son propre style, avec une première exposition personnelle en 1927 à la Galerie surréaliste à Paris. Cette particularité, il l’entretient notamment en se considérant plus comme un surréaliste que comme un peintre surréaliste. Après avoir peint suivant les procédés de l’automatisme chers à André Breton, il commence à représenter des paysages imaginaires, baignés d’une lumière laiteuse à la ligne d’horizon basse : un espace mou avec d’étranges et fantastiques ossements, posés sur des fonds sableux rappelant les profondeurs marines. L’œuvre d’Yves Tanguy est immédiatement appréciée, mais il n’en vit pas encore. Il épouse sa première femme, Jeannette, mais la vie bohème qu’il mène pendant les années 1930 conduit à l’échec de cette relation. Il vend peu, malgré le soutien de Paul Éluard, et illustre des ouvrages de Benjamin Péret ou de Louis Aragon. Il s’échappe régulièrement du tumulte parisien pour se retrouver seul en Bretagne.

4. Un artiste en exil

En 1929, Yves Tanguy expose avec Salvador Dalí, René Magritte et Jean Arp, tandis qu’il se brouille avec Prévert qui a composé un pamphlet anti-André Breton, Un cadavre. Il soutient en effet Breton et cosigne le texte de soutien au Second Manifeste du surréalisme. Certaines de ses toiles, ainsi que celles d’autres surréalistes sont lacérées par des jeunes de la Ligue des patriotes et les Jeunesses anti-juives. En 1931, il cosigne, avec notamment Breton et Péret, une lettre pour exclure Salvador Dalí du mouvement en raison de ses positions jugées pro-hitlériennes. Engagé dans une lutte antifasciste, il se rapproche de Marcel Duchamp, alors installé aux États-Unis, qui lui permet d’exposer trente-deux de ses œuvres à Hollywood. Fort d’un certain succès outre-Atlantique, il obtient plusieurs autres expositions, à New York, San Francisco, mais aussi Bruxelles (où il rencontre Man Ray), ou encore Londres. À Paris, il fait la connaissance de l’artiste américaine Kay Sage (dont il a découvert l’œuvre quelques années plus tôt). Jugé inapte au combat au début de la Seconde Guerre mondiale, il la suit aux États-Unis. Il est alors sous contrat avec son ami d’enfance Pierre Matisse, qui tient désormais une galerie à New York. Il épouse Kay Sage à Reno (Nevada) en août 1940. Parallèlement, avec son ami Roberto Matta, il permet à plusieurs artistes et écrivains français, notamment André Breton, de s’exiler en Amérique le temps de la guerre, grâce à des invitations officielles. Il participe d’ailleurs, en 1942, à l’exposition Artistes en exil et à l’exposition Reid Madison organisée par Breton et Duchamp, puis en 1944 à Art in Progress présenté au MoMA. Après la guerre, le couple déménage dans le Connecticut, où il transforme une ancienne ferme en atelier d’artistes. En 1948, Yves Tanguy prend la nationalité américaine. Reconnu aux États-Unis, il vit confortablement de son art et connaît un succès grandissant. En 1950, le Whitney Museum of American Art de New York lui achète The Wish et, en 1955, juste après sa mort, le MoMA lui consacre une rétrospective.

5. Le paysagiste d’un monde surréel

Les peintures d’Yves Tanguy se caractérisent par un style unique, légèrement en marge du surréalisme. Inspiré par l’œuvre de Jérôme Bosch ou de Salvador Dalí, il s’éloigne du réel pour créer un univers surréel, mettant en scène des paysages intérieurs à l’architecture très précise et totalement onirique à la fois. Explorant l’inconscient, il use des trois principes du surréalisme que sont l’automatisme des images, le réalisme magique et l’assemblage par juxtaposition d’objets hétéroclites. Il crée ainsi un monde surréel, organique, archéologique, fantomatique, dans lequel les espaces abstraits sont peuplés de créatures « extra-réelles », telle des amibes géantes (les Transparents, 1951). Bien qu’appartenant au monde du rêve et du fantastique, ses paysages sont peints avec délicatesse, en une palette limitée et claire, avec un sens aigu du détail et de la lumière. À son propos, le poète Alain Bosquet a écrit : « Yves Tanguy est un paysagiste de l’introuvable bonheur de la nature. Il y met une sérénité étrange. On a envie d’aller en ce paradis des choses interstellaires, tant y règne le plaisir solitaire des objets et des formes ». Ses toiles Maman ! Papa est blessé (1927), Jours de paresse (1937), le Palais aux rochers de fenêtres (1942), et Multiplication des arcs (1954) sont très représentatives de sa production.