Apollinaire, Guillaume
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Apollinaire, Guillaume
4. Alcools et la modernité poétique

Dès sa parution en 1913, Alcools devient le manifeste de la poésie moderne. Ce recueil de poèmes rédigés entre 1898 et 1912 capitalise plus de dix années d’expérience. Dominé par les fantômes d’Annie Playden (« la Chanson du mal-aimé ») et de Marie Laurencin (« Zone »), par les souvenirs, aussi, de son voyage en Allemagne (les neuf « Rhénanes »), composé à la manière d’une toile cubiste (juxtaposant des évocations et des sensations relevant de registres temporels et culturels différents), écrit en vers libres (où sont toutefois préservées la rime et l’assonance), sans aucune ponctuation (que le poète a supprimée lors des corrections d’épreuves), il renouvelle en profondeur la poésie française, conduite pour la première fois « aux frontières de l’illimité et de l’avenir ». Par la diversité de son inspiration, qui associe strophes bouffonnes et pathétiques, pages épiques exhumant de vieilles légendes rhénanes et chansons issues de la tradition populaire, portant l’empreinte de François Villon ou des romantiques, Alcools inaugure une perception nouvelle du monde et annonce par certains de ses accents le proche avènement du surréalisme.