| Format recherche | Brook, Peter | Format lecture |
| 1. | Présentation |
Brook, Peter (né en 1925), metteur en scène de théâtre et réalisateur de cinéma britannique, directeur du Centre international de recherche du théâtre, installé en France depuis 1970. Son travail autour de l’art de l’acteur et de ses ressources vise notamment à abolir les frontières entre les cultures.
| 2. | Premières recherches, premiers succès |
Né à Londres, Peter Brook fait ses études à l’université d’Oxford. Très jeune, il présente avec succès, dans sa ville natale, ses premières mises en scène, dirigeant déjà les plus grands acteurs anglais : Alec Guinness, dans Vicious Circle en 1946 (Huis clos de Jean-Paul Sartre), Paul Scofield et John Gielgud, dans Venice Preserved (Venise sauvée, 1682) de Thomas Otway en 1953.
Peter Brook enrichit son expérience des théories de Bertolt Brecht, Vsevolod Meyerhold, Jerzy Grotowski et Antonin Artaud. Dans cette perspective, il présente un spectacle intitulé Une saison du théâtre de la cruauté, montage de textes d’Antonin Artaud et de scènes des Paravents de Jean Genet. Il exprime ces diverses influences dans les mises en scène de Marat / Sade de Peter Weiss (créée en 1964 et filmée en 1967), du Songe d’une nuit d’été (1970), ou encore dans son film Sa majesté des mouches (Lord of the Flies, 1963).
En 1962, Peter Brook devient directeur de la Royal Shakespeare Company, où il met en scène le Roi Lear avec Paul Scofield, qu’il présente lors d’une tournée triomphale et dans une version cinématographique en 1970. À l’occasion de ce travail, il expérimente « l’espace vide », écartant de la scène tout décor, privilégiant la présence physique du comédien, par un travail sur le corps et la voix à travers l’improvisation.
| 3. | Le temps du CIRT |
En 1970, avec Micheline Rozan qui vient du TNP (Théâtre national populaire), Peter Brook fonde à Paris le Centre international de recherche du théâtre (CIRT). L’objectif est de mener des travaux de groupe, fondés notamment sur l’improvisation, avec des acteurs venus du monde entier. Il inaugure ici son exploration des possibilités de communication et de rapprochement entre des milieux et des acteurs issus de traditions culturelles hétérogènes. La compagnie présentera dans cet esprit des « relectures » d’Ubu Roi (1977), de la Conférence des oiseaux (1979), fable persane, ou encore de la Tragédie de Carmen (1981), adaptation théâtrale de l’opéra de Bizet.
En 1974, aidé par l’État, le CIRT (qui prend alors le nom de Centre international de créations théâtrales, CICT) s’installe aux Bouffes du Nord, théâtre à l’italienne en ruine du nord de Paris. Timon d’Athènes, le premier spectacle qui y est donné en 1974 synthétise la vision brookienne de l’espace théâtral. Citons ensuite la Cerisaie (1981) où, pour la première fois, l’action scénique occupe tout l’espace. En 1985, après plusieurs années de préparation, il crée le Mahabharata, sur un texte de Jean-Claude Carrière. Le spectacle est représenté à la carrière de Boulbon près d’Avignon : commençant à la tombée de la nuit pour ne s’achever qu’au lever du soleil, le Mahabharata renoue avec la dimension sacrée du théâtre.
| 4. | Éclectisme et questionnement perpétuel |
Les explorations de Peter Brook le conduisent par la suite à s’intéresser aux travaux du neurologue Oliver Sacks. Le travail collectif d’observation qui s’ensuit donne naissance, en 1991, à l’Homme qui, adapté du livre d’Oliver Sacks l’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau. La même année, le Molière de la meilleure mise en scène et du meilleur spectacle subventionné pour la Tempête de William Shakespeare (avec le comédien Sotigui Kouyaté) est attribué à Peter Brook, lui dont l’un des axes de travail a toujours été l’exploration des œuvres dites « secondaires » de Shakespeare, comme Titus Andronicus, spectacle avec lequel il avait triomphé en 1955.
En 1995, Qui est là ?, un projet sur les metteurs en scène, dont Stanislavski, Meyerhold, Craig, Artaud et Brecht, emprunte son titre à la première réplique d’Hamlet. En 1996, Peter Brook met en scène Oh les beaux jours de Samuel Beckett, avec Natasha Parry, son épouse, dans le rôle de Winnie, puis, après une tournée triomphale, reprend en 1997 aux Bouffes du Nord l’Homme qui. En 1999, il monte aux Bouffes du Nord deux pièces sud-africaines : Sizwe Bansi est mort d’Athol Fugard, John Kani et Winston Ntshona (reprise en 2006 dans une nouvelle mise en scène), et le Costume de Motobi Mutloatse, d’après Can Themba.
En 2000, toujours aux Bouffes du Nord, Peter Brook revient au maître qui a marqué ses débuts et s’attaque enfin à Hamlet (en anglais). Le metteur en scène adapte le texte, coupe des pages entières, inverse des scènes : le fameux monologue d’Hamlet (« To be or not to be… ») est placé après la scène dans la chambre de la mère ; le personnage du spectre apparaît dès la première réplique (« Who’s there? » — « Qui est là ? ») ; le personnage de Fortinbras est supprimé (sa fonction est endossée par Horatio, l’ami d’Hamlet), etc. Ce redécoupage propose une vision neuve d’Hamlet (interprété par Adrian Lester), considéré moins comme un personnage à problèmes psychologiques que comme un jeune homme pourvu de toutes les qualités, plongé dans une situation intolérable. La pièce se joue sans aucun autre décor que la scène des Bouffes du Nord, hormis un tapis, des coussins, deux caisses, deux crânes blancs, deux badines et une coupe. Peter Brook livre également une version française de son Hamlet (interprété cette fois par William Nadylam), qui effectue une grande tournée mondiale avant de s’installer aux Bouffes du Nord (2003).
En 2002, Peter Brook monte successivement Far Away, de l’Anglaise Caryl Churchill, puis la Mort de Krishna, écrit par Jean-Claude Carrière à partir d’un extrait du Mahabharata de Vyasa. L’année 2003 est marquée par son adaptation des Frères Karamazov de Fedor Dostoïevski, intitulée le Grand Inquisiteur (reprise en 2006), ainsi que la mise en scène d’une pièce de Carol Rocamora, Ta main dans la mienne (inspirée de la correspondance entre Anton Tchekhov et sa femme Olga Knipper), avec Michel Piccoli. Avec Tierno Bokar, d’après Vie et Enseignement de Tierno Bokar - le Sage de Bandiagara de Amadou Hampaté Bâ (2004), Peter Brook présente dans une mise en scène épurée la pensée du « vieux sage » de Bandiagara, dont Hampaté Bâ a été le disciple.
Peter Brook appréhende la mise en scène comme un questionnement de l’homme dans le monde. Au-delà de l’éclectisme de son répertoire et de ses méthodes, il est attiré par des textes où l’individualité disparaît au profit d’une voix qui transcende les limites du moi. Avec un œil de cinéaste, il défend un théâtre fondé sur le plaisir ludique et la lisibilité d’un langage juste, sans artifice — un théâtre de la nature et de l’innocence.
Peter Brook a exposé sa vision du théâtre dans l’Espace vide (1968) et Points de suspension (1990), et a également publié une autobiographie singulière et atypique, Oublier le temps (2003).