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Cameron, Julia Margaret
1. Présentation

Cameron, Julia Margaret (1815-1879), photographe britannique.

Photographe célèbre pour ses portraits et ses allégories, Julia Margaret Cameron a proposé à la société victorienne une œuvre marginale et novatrice, empreinte de l’esthétique des peintres préraphaélites et annonciatrice du pictorialisme.

2. Une passion tardive

Née à Calcutta (Inde), dans une famille aristocratique, Julia Margaret Cameron est élevée à Paris et en Grande-Bretagne. En 1834, elle retourne en Inde où elle rencontre Charles Hay Cameron, un diplomate britannique avec lequel elle se marie en 1838. Ils rentrent dix ans plus tard en métropole. En Angleterre, Julia Margaret côtoie la communauté artistique londonienne, notamment le peintre George Frederic Watts (qui lui transmet son admiration pour l’art de la Renaissance) et le poète Alfred Tennyson (dont elle apprécie particulièrement la production). En 1860, la famille Cameron s’installe dans l’île de Wight — dans la propriété voisine de celle de Tennyson — et Julia Margaret crée son propre salon littéraire et artistique. Trois ans plus tard, sa fille lui offre un appareil photographique ; c’est le début d’une passion tardive (elle a alors quarante-huit ans), qu’elle va conserver jusqu’à la fin de sa vie.

3. Des portraits volontairement flous et mélancoliques

Julia M. Cameron commence une série de portraits de ses enfants et nièces, de son mari, du personnel de la propriété (Adriana, v. 1864), de voisins, et de grandes figures de l’époque victorienne, telles le peintre George Frederic Watts, les poètes Alfred Tennyson et Robert Browning, l’astronome John Herschel, le biologiste Charles Darwin, l’essayiste Thomas Carlyle et le compositeur Joseph Joachim. Dès 1865-1866, elle présente ses photographies chez Colnaghi’s, à Londres, puis expose à la French Gallery (1866-1867) et à la German Gallery (1868). En tant que femme photographe, elle a du mal à se faire respecter par les sociétés de photographes et d’artistes de l’époque, essentiellement masculines. Elle devient néanmoins membre de la Photographic Society de Londres.

À la différence de la plupart des portraitistes de l’époque victorienne, Julia M. Cameron ne se soucie pas d’obtenir un excellent rendu du détail, mais cherche à saisir la véritable personnalité de ses modèles. Elle joue de l’éclairage pour estomper les détails et obtenir des effets de clair-obscur conférant à ses images une dimension mélancolique. Elle travaille en plans rapprochés, avec une faible profondeur de champ et des poses longues qui favorisent le flou artistique. Elle réussit ainsi à créer une intimité, une forte intensité psychologique. Elle célèbre la beauté féminine, à travers un thème, un sentiment, une idée (Sadness, 1864 ; The Wild Flower, 1867), mais aussi la beauté masculine (Iago, Study for an Italian, 1867).

4. Des thèmes « préraphaélites »

Marquée par l’esthétique de l’école britannique des préraphaélites — Dante G. Rossetti, John E. Millais, William H. Hunt, Burne-Jones, etc. (inspirés par l’art des primitifs italiens) —, Julia M. Cameron réalise à partir de 1865 nombre de compositions mettant en scène des épisodes historiques ou des allégories symboliques, d’inspiration mystique (Lumière et Amour, 1865) ou religieuse (A Holy Family, 1872), faisant intervenir des personnages mythiques ou légendaires (Vénus, Cupidon, Circé, etc.). Dans I Wait (1872) apparaît un petit ange, la tête posée sur ses bras, ses ailes entourant délicatement ses épaules.

Julia M. Cameron réalise également des illustrations de livres, notamment du recueil de poèmes d’Alfred Tennyson The Idylls of the King (1875). Parmi les autres poèmes et pièces de théâtre qu’elle choisit d’illustrer, plein de rêves chevaleresques et de beautés féminines, figurent Paul and Virginia (1864), King Arthur (1874) ou Sir Lancelot and Queen Guinevere (1874).

En 1875, Julia M. Cameron part pour Ceylan (aujourd’hui le Sri Lanka). Là-bas, elle réalise des images proches du travail documentaire et ethnologique, telles que Woman (v. 1875-1879, une femme indienne aux longs cheveux noirs en costume traditionnel), ou A Group of Kalutara Peasants (1878).

5. Un art précurseur

Le travail de Julia M. Cameron, très novateur, a été redécouvert à la fin du xixe siècle par les pictorialistes, dont les travaux portent également sur le rendu artistique de la photographie. Ceux-ci ont présenté ses photographies aux expositions du Camera Club à Londres (1890), et du Photo Club à Paris (1894). Une grande rétrospective de son œuvre a été organisée à Londres en 1927. La Royal Photographic Society conserve une partie de ses archives, et son journal a été édité dix ans après sa mort (Annals of My Glass House, 1889).