Format recherche Tourgueniev, Ivan

Pour rechercher un mot ou une expression dans cet article, sélectionnez dans votre navigateur Internet l'option qui vous permet de faire des recherches dans une page. Dans Internet Explorer, cette option se trouve sous le menu Edition.

Étant donné que la recherche s'effectue exactement sur le mot ou l'expression que vous avez tapés, essayez, si la recherche n'aboutit pas, de vérifier l'orthographe du mot tapé ou de trouver un autre mot clé pour le sujet concerné.

Tourgueniev, Ivan
1. Présentation

Tourgueniev, Ivan (1818-1883), écrivain russe, dont les romans, les poèmes et les pièces de théâtre se caractérisent par l’observation minutieuse de la nature et des milieux russes, et par leur humanisme.

2. Une formation européenne

Né à Orel (Russie centrale), dans une famille de l’aristocratie, Ivan Sergueïevitch Tourgueniev grandit entre une mère dominatrice et un père trop faible qui finira par s’enfuir. Enfant, il est témoin des mauvais traitements et des souffrances endurés par les serfs des grandes propriétés terriennes dont celle de ses parents : les horreurs du servage le marqueront à vie et inspireront son œuvre. Au cours de solides études de lettres et de philosophie à Moscou (où il rencontre Pouchkine), à Saint-Pétersbourg et à Berlin, Tourgueniev ajoute à sa connaissance du français celle de l’anglais et de l’allemand ; il se nourrit de philosophie hégélienne et s’imprègne de l’influence du philosophe Stankievitch, qu’il considère comme son père spirituel. Rentré en Russie (1841), il travaille un temps au ministère de l’Intérieur (1843) mais démissionne rapidement pour se consacrer à l’écriture. Ayant rencontré la cantatrice Pauline Viardot en tournée à Saint-Pétersbourg (1843), il en tombe éperdument amoureux et la suit en Europe en 1845. Cet amour sans doute platonique durera jusqu’à la mort de l’écrivain.

3. Les premières œuvres

La première œuvre que publie Tourgueniev, le long poème Paracha (1843), reçoit un accueil favorable de la part du critique Belinski, qui prodigue à son auteur de chaleureux encouragements. À partir de 1844, Tourgueniev collabore à la revue progressiste le Contemporain ; il y fait paraître une vingtaine d’esquisses paysannes, riches en évocations de la nature russe, en détails ethnographiques et sociologiques, et idéologiquement proches d’un libéralisme à l’occidentale. L’influence slavophile y reste néanmoins très sensible dans la manière dont il exalte un peuple russe fort et talentueux, vivant en harmonie avec la nature et aspirant, jusque dans son malheur, à une vie meilleure. Réunis en 1852, en un volume, les Mémoires d’un chasseur connaissent un succès éclatant et haussent leur auteur au rang des grands écrivains de son temps. Véritable plaidoyer en faveur de l’abolition du servage, ils impressionnent de nombreux aristocrates, y compris le futur Alexandre II.

4. Les grands romans

Après avoir encore publié (ou fait paraître en revue) quelques nouvelles (Journal d’un homme de trop, 1850 ; Deux Amis, 1854 ; Un coin tranquille, 1854 ; Jacques Pasynkov, 1855), Tourgueniev, qui rêve d’entreprendre « quelque chose de grand », compose entre 1856 et 1877 une série de romans : Roudine (1856), Nid de gentilhomme (1859), Premier Amour (1860), À la veille (1860), Pères et Fils (1862), Fumée (1867), Terres vierges (1877). Bâtis sur le schéma de l’Eugène Onéguine de Pouchkine, la plupart de ces romans ont une intrigue simple — un amour, généralement contrarié — et campent des caractères opposés : le velléitaire ou l’« homme de trop » (Roudine), le héros positif (À la veille), le « nihiliste », terme lancé par Tourgueniev (Pères et Fils). Au cœur même de l’intrigue et des descriptions psychologiques s’affrontent les tenants de deux idéologies, slavophiles et occidentalistes, idéalistes et progressistes. Les lecteurs des deux extrêmes reprochent à Tourgueniev sa tiédeur, et il se fait nombre d’ennemis, perdant le soutien de Herzen et se brouillant avec Tolstoï (qui va jusqu’à le provoquer en duel en 1861).

Fuyant la violence des polémiques, il rejoint en 1862 Pauline Viardot, auprès de laquelle il restera jusqu’à sa mort. Il vit désormais essentiellement en Europe. À Paris (1872), il devient un familier de George Sand, de Mérimée, de Maxime Du Camp, des frères Goncourt ; il se lie aussi d’amitié avec Flaubert, Daudet, Zola et Maupassant. De cette période datent ses deux derniers romans, Fumée (1867), une satire mordante des milieux russes exilés, et Terres vierges (1877). Les Eaux printanières (1872) inaugure une série de nouvelles où affleure le fantastique (le Chant de l’amour triomphant, 1881 ; Clara Militch, 1883). Une comédie de mœurs, Un mois à la campagne, composée en 1850, est triomphalement représentée à Paris en 1872, après avoir été longtemps censurée ; Tourgueniev s’y montre un précurseur du théâtre de Tchekhov.

Au cours des dernières années de sa vie, Tourgueniev renoue avec son pays où, à la faveur de deux voyages (1879 et 1880-1881), il se réconcilie avec Tolstoï. Décédé à Bougival, près de Paris, il est enterré à Saint-Pétersbourg. Écrivain complexe, à la fois profondément attaché à la Russie et tenté par l’Occident, reconnu dans son pays mais au moins autant en France, Tourgueniev est dans sa vie l’éternel protagoniste d’un amour impossible qui fait écho aux passions sans espoir qui traversent son œuvre.